UN CAPITALISME À VISAGE HUMAIN : Le social Business de Muhammad Yunus » Paix et Amour entre les peuples

 UN CAPITALISME À VISAGE HUMAIN : Le social Business de Muhammad Yunus

9/5/2011

UN CAPITALISME À VISAGE HUMAIN Le social Business de Muhammad Yunus
09 Mai 2011

«Tous les êtres humains ont les capacités nécessaires pour changer le cours de leur vie»
Muhammad Yunus

Dans cette contribution je présente le social Business de Muhammad Yunus. Economiste de formation, il est très tôt sensibilisé au pouvoir de l’argent, Muhammad Yunus ne l’a jamais considéré comme une fatalité. Par un père négociant en or, il apprend les principes d’humilité et de réserve que recommande l’Islam. Dans son autobiographie, Yunus présente son père comme un musulman pieux, soucieux de mener une existence sobre au plan matériel. Il travaille d’abord pour le gouvernement du nouveau Bangladesh, puis prend la direction du département d’économie de l’université de Chittatong. C’est là qu’il va relancer une pratique qui assure sa renommée mondiale: celle du microcrédit. Ainsi, en 1977, le programme ‘Grameen’ est mis en oeuvre. Il s’agit de faire confiance aux plus démunis en leur accordant l’accès au crédit. La Grameen devient un établissement bancaire en 1983, et quelques années plus tard son modèle commence à s’exporter à l’étranger. En hommage à son altruisme et aux milliers de personnes auxquelles il a permis de se sortir de la misère, Muhammad Yunus reçoit le 13 octobre 2006 le prix Nobel de la paix. Début 2011, M.Yunus fait l’objet d’une série d’attaques issues du gouvernement bangladais. Déjà dans un article en 1997, Muhammed Yunus avait donné les grandes lignes de la philosophie du microcrédit. En accordant des prêts modiques, généralement aux femmes, dans les quelque 37.000 localités du Bangladesh, la Banque Grameen a permis à un grand nombre de démunis, exclus du système bancaire traditionnel, de reconquérir leur dignité et de sortir de la pauvreté. (...) Nous fûmes quelques-uns à prendre conscience du gouffre entre la condition de vie de gens tenaillés par la faim et le caractère abstrait de l’univers économique dont nous parlions. (...)Il aurait suffi à chacun d’eux de 1 dollar - et un seul - pour pouvoir s’en sortir. Mais, pour obtenir ce dollar et enrayer le processus d’aliénation dont il était victime, le demandeur devait se soumettre à une série de conditions plus injustes les unes que les autres, à commencer par la vente de ses produits à un usurier (lequel fixait ses tarifs de façon totalement arbitraire et bien en dessous du marché, cela va de soi). Tout cela était intolérable. De même qu’était dérisoire l’aisance avec laquelle nous, les universitaires, brassions des sommes astronomiques pendant nos cours, sans accorder la moindre attention aux minuscules besoins de travailleurs pauvres, pour qui la vie, la mort, les problèmes quotidiens se jouaient sur des centimes».(1)
«Je décidai alors de prêter de ma poche aux villageois l’argent dont ils avaient besoin, tout en sachant qu’il me faudrait trouver rapidement d’autres solutions. Interrogées, les banques répondirent les unes après les autres que les pauvres n’offraient pas de garantie financière. J’eus beau discuter, et leur rétorquer: «Qu’en savez-vous? Vous ne leur avez jamais prêté!», Rien n’y fit. En dernier recours, je proposai de me porter garant des emprunts effectués, ce qui fut fait. A partir de 1976, les pauvres de Jobra commencèrent à rembourser leurs emprunts sans problème. (...) Notre méthode avait beau se répandre, les banquiers s’entêtaient dans leur refus. Puisque nous ne pouvions pas les changer, eux et leurs préjugés à l’égard des plus démunis, il nous restait la possibilité de créer une banque spécialement pour les pauvres. C’est ainsi que naquit la Banque Grameen (du mot gram qui signifie «village») en 1983. (...) En mars 1995, les prêts cumulés atteignaient l’équivalent de 1 milliard de dollars. Deux ans plus tard, ils avaient doublé. Différents types de prêts sont accordés (d’une valeur moyenne de 160 dollars) pour permettre la création d’emplois, souvent dans le secteur des services, ainsi que l’achat de logements, ou encore la location de matériel ou même d’animaux.(..) Il était pourtant évident qu’en prêtant de l’argent aux femmes du Bangladesh, pays musulman, la Banque Grameen était allée à contre-courant des usages d’une société patriarcale. Beaucoup de ces femmes n’avaient même jamais touché d’argent liquide de leur vie. Or, non seulement elles se découvraient des talents grâce aux prêts consentis, mais elles permettaient à leurs familles d’en bénéficier».(1)
«On affirme parfois que les microcrédits ne contribuent pas, ou très peu, au développement économique des pays concernés. Mais que signifie «développement économique»? S’agit-il du revenu par habitant? De la consommation par habitant? C’est l’amélioration de la qualité de vie des plus pauvres qui est, ou devrait être, l’essence du développement. (...) Dans les villages du Bangladesh non reliés au réseau électrique du pays, Grameen implante des systèmes d’énergie renouvelable (solaire ou autre) afin de faire fonctionner téléphone, éclairage, ordinateurs. (...) A l’avenir, quand des écoliers viendront par cars entiers visiter la section «pauvreté» du Musée de l’homme, ils seront horrifiés de voir quelle misère et quelle indignité nous avons tolérées. Que la condition humaine soit encore ce qu’elle est, à l’aube du XXIe siècle, nos enfants ne nous le pardonneront pas!»(1)

Les préceptes de l’islam inspirateurs de Yunus
Entre le capitalisme sauvage et la finance actuelle, il n’est pas interdit de penser que Muhammed Yunus se soit inspiré des préceptes de l’Islam concernant le rapport à l’argent. Ce qu’on appelle aussi la finance islamique que Luc Delporte nous présente: «Alors que le monde occidental s’enfonce chaque jour un peu plus dans une crise économique qui est en fait avant tout une crise morale, la finance islamique attire toujours plus d’épargnants. Sens moral, rigueur, investissements socialement responsables... mais également opacité et manque d’homogénéisation, un point sur ce qu’est la finance islamique, de ses principes à quelques applications (...) Parle -t-on de «finance catholique» ou de «finance juive»? Non, et cela sonnerait tout aussi bizarrement à mes oreilles. (...) C’est surtout en comparaison avec la crise internationale que ce type de financement prend tout son sens. Car le constat côté «finance classique» est plus que simple: l’avarice, la pingrerie, et la malhonnêteté des financiers ont entraîné le monde sur une pente descendante. Faire crédit à des ménages insolvables? (...)On pourrait écrire longtemps sur ce thème, mais je crois que la finance classique a prouvé à quel point le manque, l’absence de valeurs et de normes pouvait faire mal. Et encore, on n’en est qu’au début».(2)
«Que peut apporter la finance islamique à ce sujet? Il s’agit de «respecter les principes religieux tout en assurant des rendements compétitifs». Anouar Hassoune, qui travaille chez Moody’s à la notation de ces banques islamiques, apporte sa contribution d’expert. Il décrit les 5 grands principes de la finance islamique, qui fait partie de la finance éthique (qui vise à financer des projets socialement responsables). 3 principes dits «négatifs»: Interdiction de l’intérêt (l’Eglise catholique a levé ce principe en 1830: Interdiction de financer des secteurs illicites (pour l’Islam: l’armement, le porc, la cigarette et l’alcool), interdiction de la spéculation et de l’incertitude sur les termes contractuels. On toussote un peu, c’est exactement l’origine de «notre» crise que l’on exporte par ailleurs un peu partout. 2 obligations «positives» Partage des pertes et des profits entre les parties prenantes (vous en connaissez beaucoup vous, des banques qui financeraient votre activité en période de crise?). Adosser toutes les opérations financières à des actifs réels. Là encore, la crise «occidentale» fait mal à nos consciences: pourquoi avoir spéculé sur l’argent et bâti autant de montages déconnectés de l’économie réelle?»(2) On comprend de ce fait, l’engouement de toutes les places financières à se ruer sur ce type de finance. Même Paris, qui en est au sandwich halal et au voile, s’y met malgré les laïcards dont les échos sont vite étouffés quand il s’agit de l’intérieur supérieur comme en témoigne le message de Hervé de Charette, président de l’Institut français de Finance islamique, qui signe un droit de réponse à un article incendiaire «La finance islamique menace la laïcité française». (...) Pourtant, la finance islamique ne mérite ni excès d’honneur ni excès d’indignité. Essayons de faire la part des choses en ayant pour seule boussole l’intérêt de notre pays. (...) La finance islamique est apparue dans les pays musulmans en raison de l’interdiction qui est faite dans le Coran du prêt à intérêt, le «riba». Si l’origine est religieuse, la finance islamique - comme son nom ne l’indique pas - vise précisément à contourner cet interdit pour répondre aux besoins d’une économie moderne. Ce qui a donné un système ingénieux et innovant qui repose sur quelques principes simples: l’adossement à l’économie réelle, la rémunération en fonction des flux de trésorerie, le partage des pertes et profits entre le prêteur de capitaux et son emprunteur. (...) La France doit donc prendre en marche le train de la finance islamique. Cela ne nécessitera pas de révolution juridique. (...) De telles initiatives voient le jour un peu partout, y compris au sein de l’Eglise catholique. (...) Est-ce dans l’intérêt de la France? La réponse est trois fois oui! (...) Oui, car nous devons renforcer ce qu’il est convenu d’appeler la «place de Paris», c’est-à-dire notre système financier et notre capacité à le réguler. (...)».(3) Paris vaut bien une messe!!! La philosophie du soutien à l’économie informelle à travers le succès de la Grameen Bank pourrait se réduire à cette conviction évoquée dans un entretien au Journal Le Monde du 25/04/2008: «Tout le monde espère gagner de l’argent en faisant des affaires. Mais l’homme peut réaliser tellement d’autres choses en faisant des affaires. Pourquoi ne pourrait-on pas se donner des objectifs sociaux, écologiques, humanistes? C’est ce que nous avons fait. Le problème central du capitalisme ´´unidimensionnel´´ est qu’il ne laisse place qu’à une seule manière de faire: rentrer des profits immédiats. Pourquoi n’intègre-t-on pas la dimension sociale dans la théorie économique? Pourquoi ne pas construire des entreprises ayant pour objectif de payer décemment leurs salariés et d’améliorer la situation sociale plutôt que chercher à ce que dirigeants et actionnaires réalisent des bénéfices?»

La philosophie du soutien
Celui qu’on surnomme «le banquier des pauvres» s’est fendu d’un livre, intitulé Building Social Business, manifestement adressé à tous les entrepreneurs et futurs entrepreneurs de la planète. L’objectif de Muhammad Yunus est de les convaincre de la nécessité d’intégrer une nouvelle donnée: le bénéfice social que doit apporter toute entreprise. Si l’ambition est louable, les obstacles ne manquent pas... Dans cet ouvrage, Muhammad Yunus veut montrer que des objectifs humanistes et altruistes peuvent «s’hybrider» avec une gestion du même type qu’une entreprise normale, c’est-à-dire soucieuse de viabilité financière, pour créer une structure particulière, qu’il appelle «social business». La finalité de ce business d’un nouveau genre est de résoudre des problèmes sociaux, voire des calamités comme la faim dans le monde ou la pénurie d’eau potable. «Quand le profit et les besoins humains s’opposent, c’est généralement le profit qui gagne, et les hommes qui perdent», dit-il.(4)
Monter un social-business peut aussi bien être l’affaire d’un individu, que celle d’une petite, moyenne ou grande entreprise. «Il s’agit de créer une entreprise dans le but non pas de maximiser ses profits mais de résoudre un problème de santé publique ou d’environnement», a rappelé le pionnier du microcrédit, venu à Paris pour la sortie en français de son livre «Pour une économie plus humaine. Construire le social-business». Le principe est simple: pas de perte ni de dividende. (..) Comme le résume son ami Michel Rocard, «le social business, c’est la logique d’économie marchande et capitaliste mais sans la distribution de dividendes». Pour l’ancien Premier ministre, ce modèle est la preuve que «l’on peut vivre dans une économie de marché de manière non cupide».(5)(6)
Il vient qu’une autre économie éthique est possible. Alors que le modèle économique dominant du capitalisme financier mondialisé montre ses dangers et ses limites depuis 2008, une autre économie bourgeonne sur les terrains les plus divers, en dessous des radars de l’actualité. Des milliers d’initiatives réparatrices et innovatrices tissent une nouvelle solidarité à l’échelle des territoires. Très diverses dans leurs réalités, elles partagent des caractéristiques essentielles: un projet économique au service de l’utilité sociale, une mise en oeuvre éthique, une gouvernance démocratique et une dynamique de développement fondée sur l’ancrage territorial et la mobilisation citoyenne. De façon concrète, elles apportent la preuve que des projets économiques peuvent réussir sur le marché concurrentiel, tout en étant plus respectueux des personnes, de l’environnement et des territoires. Elles ont pour noms: commerce équitable, finance solidaire, agriculture paysanne et circuits courts, insertion par l’activité économique, accès à la santé, logement social, monnaies complémentaires, éco-construction,... Mais au-delà, ses valeurs et ses pratiques peuvent inciter les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens à changer de comportements pour tendre vers une économie plus solidaire, plus équitable et plus responsable.(7)
Que nos économistes conditionnés par les théories capitalistes en prennent de la graine. Toute l’intelligence consistera à optimiser les fondamentaux de la finance en les indexant sur l’éthique de la finance islamique. S’agissant du social Business de Muhammad Yunus, peut-être qu’il faille revoir fondamentalement la distribution tous azimuts-la rente aidant pour le moment-et sans réelle maîtrise des dépenses en adossant les prêts à des créations réelles de richesses, bien loin des lignes de bus, de taxiphones voire de cybercafés qui peuvent aider mais qui sont, cependant, à des années lumière de la création de richesse. Imaginons qu’en termes de recherche, on encourage aussi de jeunes ingénieurs à créer leur propre emploi en investissant dans des secteurs pour lesquels l’Etat est dépendant de l’extérieur à 100%- je veux citer les instruments pédagogiques et de laboratoires, les produits chimiques-ce sont des dizaines de milliards de DA chaque année qui sont transférés sans aucune accumulation d’expérience. On l’aura compris, cette recherche adossée à une nouvelle vision de la formation technologique peut nous aider à fabriquer nos outils, ce qui est le b-a-ba d’une recherche en prise directe avec les préoccupations du pays. Seul un débat serein avec tous les acteurs de la communauté universitaire sur l’université et son devenir permettra de corriger le tir. En toute chose, seul le parler vrai en s’appuyant sur les compétences nationales, permettra au pays de sortir de la malédiction du pétrole.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Muhammad Yunus: Transgresser les préjugés économiques Le Monde diplomatique 12.1997
2.Luc Delporte: La finance islamique au secours de la finance classique Agoravox 18.12.2008
3.Hervé de Charrette: Non à une nouvelle diabolisation de l’Islam, oui à la finance islamique dans l’intérêt de notre pays!
http://oummatv.tv/Non-a-une-nouvelle-diabolisation 6 01 2010
4.Muhammad Yunus prône une réforme du capitalisme
http://www.performancebourse.com/ actualites/muhammad-yunus-prone-une-reforme-du-capitalisme,1933.html10/06/2010
5.David Naulin http://cdurable.info/ Muhammad-Yunus-pour-une-economie-plus-humaine-construire-le-social -business,3427. html 1 05 2011
6.Pour une économie plus humaine de Muhammad Yunus - Editeur: JC Lattès - 04/2011
7.Christian Sautter, Une autre économie est possible LeMonde.fr 02.05.11

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

Source : http://lexpressiondz.com/

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