Futurs du monde islamique:nécessités,réalités et horizons » Paix et Amour entre les peuples

 Futurs du monde islamique:nécessités,réalités et horizons

23/7/2007


 Futurs du monde islamique. Etude du futur : nécessités, réalités et horizons



              C’est un grand honneur pour moi de me trouver au milieu d’une telle assemblée d’hommes et de femmes distingués qui ont tant contribué à la clarification des problèmes que le monde islamique confronte. Notre sujet est très stratégique pour l’avenir du monde musulman surtout à un moment où toute la planète est secouée par des ruptures et des mutations que ceux qui font de la prospective prévoyaient depuis quelques années. Je suis donc très conscient de la difficulté de notre tâche collective et encore plus conscient de mes limites face à la complexité du thème qui nous concerne à cette réunion.

Cela fait vingt cinq ans que je mène des recherches dans le domaine de la prospective. Je pense avoir participé à plus de deux cents conférences et séminaires internationaux traitant du futur, mais c’est la premièrefois, à ma connaissance, que se tient un colloque international exclusivement consacré à la prospective des problèmes concernant l’Islam et aux méthodes de recherche à envisager dans ce domaine. C’est un signe de maturité, espérons qu’il sera suivi d’autres initiatives de ce genre et de programmes de recherches concrets avec des moyens adéquats.

J’espère que l’origine géographique des participants dépassera, lors des prochaines activités du Centre, l’espace du Monde arabe qui, après tout, ne représente que 20% des musulmans qui se trouvent aux cinq coins de la terre. Il faut éviter tout risque d’éthnocentrisme lorsqu’il s’agit d’Islam car il est contraire à son esprit qui ne nie pas l’importance de la diversité -mais une diversité qui mène à l’unité. "O vous, les constitués en peuples et en tribus pour que vous connaissez entre vous. le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux d’entre vous". (Al Hojorate : 13).

Le symposium est donc à mes yeux comme une répétition pour d’autres rencontres beaucoup plus représentatives des réalités et des potentialités du Monde musulman. Évitons donc de généraliser, comme le font consciemment les occidentaux, à l’ensemble des pays musulmans la problématique spécifique du Monde arabe. Ceci n’est pas une critique mais une simple réserve quant à la validité universelle de nos propos et conclusions éventuelles.

Mon exposé comprendra trois parties :

I. - Importance des études du futur

II. - Les réalités : a) du monde ; b) du monde islamique

III. - Les horizons futurs du monde islamique

I. Importance des études du futur

Permettez-moi, puisque notre sujet concerne le futur de l’Islam de clarifier quelques concepts islamiques. En Islam il y a une très nette distinction entre "El-ghaib" qui est du ressort de Dieu qui seul connaît l’inconnu, et le "mystère", d’une part, et la notion du futur dans le sens où nous l’utilisons dans la prospective, c’est-à-dire une projection dans le temps des conséquences de nos actions et inactions d’aujourd’hui. Il ne s’agit ni de prophétie ni de divinations.

Le mot "mustaqbal" (futur) ne se trouve pas dans le Coran mais on trouve le mot "mustaqbil" un de ses dérivés :

"Puis, voyant cela comme un nuage se diriger vers leurs vallées, ils dirent : "Voici un nuage, il va pleuvoir". "Au contraire ! c’est cela même que vous cherchez à hâter : un vent, et défend, un châtiment douloureux" (Al-Ahcâf, 24).

Le Coran est plein de références aux notions qui ont trait à la vision et à l’avenir ("rou’iya", "ennadra"...)

"Ho, les croyants ! Craignez Dieu. Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain !" (Al-Hachr-18).

"N’ont-ils pas considéré le super-royaume des cieux et de terre et toute la chose que Dieu a créée et que peut-être leur terme est déjà proche ? Par quel discours croiront-ils donc, après cela ?" (Al-Aaraf-185).

"Et de ce qu’ils prévariquaient, la Parole leur tombera dessus. Ils ne parleront donc point. N’ont-ils pas vu qu’en vérité Nous avons désigné la nuit pour qu’ils aient repos, et le jour pour voir ? Voilà bien là les signes, vraiment, pour des gens qui croient ! Et le jour où l’on soufflera dans la Trompe ! Puis ils seront effrayés, tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, -sauf qui Dieu veut ! Et tous viendront à lui en s’humiliant.

Et tu verras les montagnes ! Tu les compteras pour figées, alors qu’elles marcheront de la démarche du nuage. Fabrication de Dieu, Lequel perfectionne toute chose. Il est bien informé, vraiment, de ce que vous faites". (Les fourmis, 86-88).

Toutes ces Sourates lancent des appels pour profiter du présent tout en oeuvrant avec perspicacité pour l’avenir, cet avenir est à la fois l’au-delà et la vie ici bas.

Quant au mot "el-ghad" (demain), il est cité cinq fois dans le Coran et l’utilisation de la forme du futur dans les verbes y est assez fréquente :

"Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain". (Al-Hachr-18). "Envoie-le demain avec nous faire une promenade au pâturage, et jouer, cependant que nous serons pour lui des gardiens" (Youssouf-12). "Et ne dis jamais, à propos d’une chose : oui, je vais faire cela demain". (El-Kahf-23).

"Et personne sait ce qu’il s’acquerra demain, et personne ne sait dans quelle terre il mourra" (Lucman-34).

"Demain, ils sauront qui est le grand menteur, l’insolent". (La Lune-26).

Il y a lieu de constater qu’au moment où le premier verset, comporte un appel clair à l’exploration du futur pour consolider la foi du croyant et lui éviter toute surprise, le troisième et le quatrième versets rejettent toute forme de prophétie ou de divination.

Si l’on se penche sur les versets du Coran précités, on comprendra qu’ils appellent à éviter de prophétiser une image unique de l’avenir et de prétendre le connaître d’avance. Quant au fait de projeter une multitude de conceptions du futur, c’est ce à quoi nous sommes appelés à oeuvrer afin de prévenir le mal et d’arriver au bien-être auquel nous aspirons ; le futur est donc pluriel et ouvert.

Je pense que l’Islam est en soi une "vision" à la fois de ce monde et de l’autre monde. Il comporte un message dynamique basé sur le changement (ettaghiyir) -un changement dont l’initiative, dans les domaines politique, économique, social et culturel, revient à l’homme qui est maître de son devenir. Le changement est en effet une nécessité pour un avenir meilleur et la parole de Dieu est claire à ce sujet : "En vérité, Dieu ne change rien en un peuple, tant qu’ils n’ont rien changé en eux-mêmes" (Ar-ra’d-13 : verset II).

Il y a donc lieu d’éviter une autre confusion concernant le concept de "bid’a" (hérésie) signifiant une transformation et une violation des fondements spirituels de l’Islam, d’une part et le changement en tant que facteur dynamique de toute société vivante qui ne saurait se faire sans innovation (ibda’). Toute matière vivante qui ne change pas meurt, il en est ainsi de l’être humain et de la société. Ceux qui craignent le changement, le font, non pas pour des raisons de culte, mais pour des motifs d’ordre social car ils ont des privilèges à conserver. Ceux-ci ont toujours tendance à s’opposer au changement en invoquant l’hérésie.

La régression du Monde islamique et tous les malheurs qui en découlent peuvent être attribués à ce conservatisme qui a étouffé l’innovation, l’imagination et la créativité à partir du Xème et XIème siècle quand des soi-disant doctes ont "fermé" la "porte" de l’Ijtihad (recherche).

Comment rattraper ce retard ? C’est en cherchant à répondre à une pareille question que l’on découvre toute l’importance de l’étude du futur qui nous force à lire les "horizons". Dieu n’a-t-il pas dit :

"Nous leur montrerons bientôt nos signes, dans l’Univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils voient clairement que ceci est la vérité. Ne suffit-il pas que ton Seigneur soit témoin de toute chose ?" (Fuçaylat-41 : Verset 53).

Le Prophète Sidna Mohammed regardait toujours devant lui et ne se retournait jamais en arrière. l’Islam en tant que religion et société est avant tout un regard porté sur l’horizon, pour les questions de ce monde et de celles de l’au-delà. Car c’est de ces regards que dépendent les actions pour lesquelles nous sommes responsables auprès de nous-mêmes, de la société et de Dieu. Toute l’action humaine sur le plan religieux et social, en Islam, est guidée par les conséquences de cette action à la fois sur terre et lors du jugement dernier. Elle implique une intégration du futur dans l’acte quotidien.

Un hadith du Prophète dit : "L’Islam efface ce qui précède", c’est-à-dire le fait qu’un individu embrasse la religion musulmane lui donne deux particularités : la première c’est que l’Islam lui efface tous les pêchés précédents parce qu’il n’y a plus besoin d’y revenir afin de s’intéresser à l’avenir. La deuxième c’est la responsabilité que l’Islam fait assumer à l’individu ce qui va advenir, c’est-à-dire l’encourager à s’intéresser à son avenir et à ses aspirations futures. Le verset coranique qui dit : "Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain" est à cet égard édifiant.

Ces remarques préliminaires ne visaient qu’à dissiper tout malentendu et éviter toute interprétation de l’Islam qui le rejetterait dans le fatalisme où la personne et la société ne seraient plus maîtres de leurs destins. Pour que nous puissions faire face aux défis du futur, nous devrions d’abord procéder à un grand nettoyage de nos cerveaux, comme le disait, il y a 40 ans, le Cheikh Mohammed Belarbi El Alaoui : "Nos têtes ressemblent à un grand dépôt d’ordures qui a besoin d’énormes moyens de nettoyage pour devenir propre et purifié de ces déchets".

Les études du futur représentent un phénomène assez récent qui date de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Les premiers travaux de prospective étaient entrepris par la Rand Corporation pour le compte du Pentagone des années 1946. C’est pour cela que l’on trouve un lien assez étroit entre les études stratégiques et les études de prospective.

Ce n’est que vers la fin des années 1960 que les études sur le futur ont pris un véritable départ. Mais même à ce jour près des deux tiers des recherches sur le futur sont menées soit par le secteur militaire soit par les firmes multinationales. On retrouve ainsi le même phénomène que celui qui prévaut dans le domaine du financement de la recherche scientifique.

Elles ont pris un très grand essor dans les pays industrialisés, sur les plans de la formation, de la documentation, de la recherche et des applications concrètes. Près de 97% des dépenses totales sur la recherche prospective s’effectuent dans ces pays et moins de 3% dans le Tiers-Monde qui compte 80% de la population mondiale.

La sous-estimation de l’importance stratégique du futur est un des symptômes les plus aigus du sous-développement. Il est toujours difficile de faire comprendre une règle bien simple qui veut que plus un phénomène est grave, intense et urgent, plus sa solution réelle dépend d’une vision à long terme. Le développement commence lorsqu’une population se donne les moyens de réfléchir sur son futur en cherchant un consensus sur des projets de société.

Les études du futur ne constituent pas une science même si leurs méthodologies ont recours à plusieurs sciences exactes et sociales. Il s’agit d’étudier, avec une démarche ouverte, en retenant des alternatives et des choix, les diverses évolutions d’une situation donnée et les conséquences possibles de telle ou telle décision sur ces évolutions. C’est pourquoi on parle toujours des futurs et non du futur. Le but essentiel est de définir des objectifs désirables et de voir comment on peut les rendre possibles à moyen ou long terme en agissant sur le présent.

Lorsqu’on demanda à Einstein pourquoi il s’intéressait au futur, sa réponse fut bien simple, "parce que j’ai l’intention d’y passer le reste de ma vie".

Une fonction principale des études du futur a trait à leur mission pédagogique car elles transforment les structures mentales et contribuent à la réduction du décalage entre la rapidité du développement technologique et le temps nécessaire pour l’assimiler d’une façon utile en évitant ses retombées négatives.

J’ai toujours souligné la nécessité impérieuse de la culture et des valeurs dans le développement. Il est évident que l’Islam en tant que force de changement et d’innovation jouera un rôle prépondérant dans notre évolution puisqu’il existe de nos jours un retour volontaire aux valeurs spirituelles, particulièrement chez les jeunes.

Il est également évident que si la jeunesse musulmane retourne actuellement aux sources, c’est pour retrouver des valeurs endogènes pour guider ses pas. L’avenir escompté par le monde arabe et musulman passera nécessairement par un renouveau de l’Islam -un Islam de recherche (Ijtihad) et non l’Islam des imitations qui a été à l’origine de l’effondrement de notre civilisation et qui s’est progressivement éloignée de sa mission d’innovation et de créativité. Si le Prophète Sidna Mohammed et ses Compagnons n’avaient projeté l’avenir, il n’y aurait peut-être pas actuellement 1 milliard 200 millions de musulmans dans le monde.

II. Réalités contemporaines

A. Réalités mondiales

De nos jours, plusieurs phénomènes caractérisent le monde dont les plus importants sont :

1. L’accélération de l’histoire -la connaissance totale mondiale double actuellement tous les 7 ou 8 ans. Un article scientifique est publié toutes les deux minutes quelque part dans le monde.

2. La complexité croissante que cette accélération engendre.

3. Le rétrécissement du temps et de l’espace.

4. La transition d’une société de production à une société du savoir où les ressources humaines deviennent plus importantes que les matières premières (baisse de 25% en 1989) et où le capital n’est plus rentable sans ressources humaines, matière grise et innovation. Pour illustrer le principe de l’accélération de l’histoire et la rapidité du changement et ses implications au niveau des ressources humaines, par exemple, il suffit de se référer à l’étude entreprise par le Ministère de l’Enseignement de l’Espagne selon laquelle on ne trouve pas de formation correspondante dans les institutions post-secondaires pour la moitié des emplois dont on aura besoin en l’An 2000.

5. Le rôle accru de la culture -il y a 22 ans, lors de la première table ronde Nord-Sud, organisée par la Société Internationale pour le Développement (SID) à Rome en mai 1978, j’avais insisté sur le fait que l’aspect le plus politique et le plus déterminant dans les rapports Nord-Sud était d’ordre culturel car il concernait les valeurs,

"Il faut accorder une priorité aux systèmes de valeurs pour démontrer que la crise actuelle entre le Nord et le Sud ne peut être surmontée par simple adaptation. C’est une crise du système dans son ensemble. Toute solution doit passer par une nouvelle définition des objectifs, des fonctions et structures, et une redistribution du pouvoir et des ressources selon une échelle de valeur différente de celle qui a causé la crise et l’effondrement du système actuel".

7. La croissance démographique et jeunesse de la population au Sud, et stabilisation ou baisse de la population accompagnées d’un vieillissement au Nord. (Dans le monde musulman 50% de la population a moins de 16 ans et plus des deux tiers ont moins de 30 ans).

8. Le rôle des technologies avancées : informatique, télématique, robotique, intelligence artificielle, sciences de l’espace, biotechnologies, nouveaux matériaux... L’industrie dans ces secteurs consacre entre 8% et 12% de son chiffre d’affaires à la recherche et un montant presque égal à la formation de son personnel.

Il ne faut pas fonder l’espoir sur ce que l’on appelle le "transfert de technologie" -on ne transfert que des produits dépassés à des prix injustifiés. La maîtrise des technologies est le résultat d’un travail et d’une recherche endogènes. Ce processus là ne se vend pas et ne s’achète pas -il s’acquiert par le savoir et la créativité.

9. Le nouveau rôle prépondérant de l’information et de la communication -ce nouveau secteur représente maintenant 40% de la production industrielle mondiale et plus de 60% des emplois dans le monde industrialisé. Il y a un énorme déséquilibre entre le Nord et le Sud dans ce domaine car le premier contrôle près de 85% des activités concernant ce secteur avec des conséquences politiques, économiques, sociales et culturelles dont on commence à peine à mesurer l’impact.

10. L’intégration économique et la constitution de grands ensembles : aucun ensemble économique de moins de 150 millions d’habitants ne pourra faire une entrée digne dans le XXIème siècle (Grande Europe : 350 millions ; Amérique du Nord : près de 300 millions ; Sud-Est Asiatique : 350 millions).

11. La culture dans le sens large du terme est maintenant le point le plus stratégique dans les rapports entre les Etats. Les problèmes que posent la communication culturelle seront les sources possibles des conflits de l’avenir bien plus que les questions politiques ou économiques.

12. L’équation : modernité = occidentalisation s’est avérée fausse. L’expérience du Japon en est la meilleure preuve. Dans un rapport publié en 1989 par le NIRA (Nippon Institute for Research Advancement) intitulé "Ordre du jour pour le Japon des années 1990", on peut lire,

"il faut désormais voir le monde différemment, mettre de côté le vieux préjugé d’un ordre mondial stratifié sous l’Empire américain. Le nouvel ordre mondial, qu’on pourrait appeler l’âge de la diversité des civilisations repose sur la coexistence de multiples civilisations... Si l’occidentalisation a fait progresser le monde sur le plan matériel, la modernisation du Japon témoigne de la distinction entre modernisation et occidentalisation".

13. L’"immatérialisation" du matériel et la "matérialisation" de l’immatériel : les produits industriels requièrent de moins en moins de matières premières et de plus en plus de valeur ajoutée sous forme de matière grise. Un exemple de cette immatérialisation est le recours au fibre optique qui a énormément réduit la quantité de matière utilisée en comparaison avec le cuivre, miniaturisation, micro-processeurs et puces électroniques. On parle ainsi de l’immatérialisation de l’économie.

Par ailleurs, grâce au progrès dans les "nouvelles" sciences, physique des particules, biologie moléculaire, neurophysiologie,... la physique classique de Newton est remise en cause parce qu’elle est essentiellement mécanique et n’explique plus tous les phénomènes observables au niveau de l’Univers. Toujours dans la même ligne de pensée, on trouve que le rationalisme de Descartes peut être un obstacle à la compréhension scientifique de phénomènes qui échappent à la rigidité d’un tel cadre. C’est ainsi qu’on parvient à ne plus établir mécaniquement des frontières entre le monde du matériel et celui de l’immatériel dont l’appréhension scientifique se dessine dans un futur lointain.

Pour une plus ample explication de ces nouvelles tendances on pourra se référer à la "Déclaration de Vancouver sur la survie au XXIème siècle" adoptée en septembre 1989 à la suite d’un colloque interdisciplinaire organisé par l’UNESCO. En voici des extraits,

"Dans cette vision scientifique nouvelle, les valeurs humaines s’élargissent en conséquences. C’est dans le contexte des images convergentes de l’homme proposées par les progrès récents de la science et de la culture que nous cherchons les modèles d’un avenir qui permette à l’homme de survivre dans la dignité et en harmonie avec son environnement...

"Ces idées modifient la conception de la place de l’homme dans la nature et appellent une transformation radicale des modèles de développement..."

14. Le reflux du spirituel dans toutes les régions du monde était prévisible et même nécessaire compte tenu des excès du matérialisme philosophique du communisme et du matérialisme concret du capitalisme. Ce reflux a été à la base et au coeur même des mutations que vit l’Europe de l’Est. Il est également la source d’importantes secousses dans les sociétés musulmanes mais avec des populations beaucoup moins instruites et plus susceptibles d’être exploitées à d’autres fins assez éloignées de ce nouvel élan universel. Cela ne pourra pas affecter à long terme une soif pour les valeurs spirituelles à un moment où le monde entier traverse une grande crise éthique et morale.

B. Réalités du monde islamique

1. Une société sous-développée

Parlons d’abord des 43 États qui se considèrent musulmans. Le seul critère dont nous disposons objectivement est celui de l’adhésion volontaire à l’ISESCO. Les statistiques disponibles indiquent que la population du monde islamique s’élève à 700 millions d’habitants avec une moyenne de 16 millions par pays. Toutefois, 22 pays ont une population inférieure à cinq millions alors que la moyenne des États membres de l’ONU est supérieure à 30 millions d’où la balkanisation du monde islamique. Plus de 300 millions de musulmans résident dans des pays qui n’appartiennent ni à l’ISESCO, ni à l’Organisation de la Conférence Islamique. Le monde musulman représente plus du 1/5 de la population de la planète et du 1/3 de celle du Tiers-Monde. Sur le plan mondial, le monde musulman est le plus pauvre, le moins alphabétisé, le plus dépendant sur le plan alimentaire, dont le taux d’espérance de vie est le plus bas, qui investit le moins dans la recherche scientifique, qui publie le moins de livres par tête d’habitant, qui lit le moins, dont la créativité est une des plus faible, dont l’innovation est presque inexistante, où la participation de la population est plus réduite, où l’abus des libertés publiques et des droits de l’homme est des plus flagrants, où la femme dispose de moins de liberté, où la corruption est la plus répandue, qui subit le plus de pertes humaines à cause de conflits internes car il est le plus divisé, qui souffre le plus des inégalités des rapports Nord-Sud, et qui fait face à la plus grande campagne organisée par les médias occidentaux contre ses valeurs culturelles et spirituelles. C’est aussi celui qui achète le plus d’armes par tête d’habitant et en même temps celui dont les dépôts à l’étranger son supérieurs à sa dette internationale. Voici toute une réalité crue qui devrait donner à réfléchir et à se préoccuper de l’avenir.

Comment peut-on se considérer comme musulman sur terre si l’on n’est même pas capable de suivre la première directive de Dieu telle qu’elle ressort du premier verset révélé du Coran "Lis au nom de ton Seigneur..." Peut-on dire qu’il y a une société musulmane si la majorité de ses membres ne sont pas en mesure d’accéder eux-mêmes directement au Livre Saint sans passer par des intermédiaires ? La grande force de l’Islam n’est-elle pas d’avoir supprimé tout clergé en laissant l’être humain en relation directe avec Dieu ? L’analphabétisme est-il la conséquence de manque de moyens pour l’éradiquer ou n’est-il que le reflet d’un manque de volonté politique ou de la crainte de ce qu’une société musulmane instruite pourrait apporter comme changements dans la gestion de la cité musulmane ?

Sur 540 Prix Nobel décernés depuis 1901 -en dépit de nos réserves sur le mode de son octroi et du choix de ses candidats, seuls trois musulmans en ont été récompensés (Abdus Salam, Anouar Sadate et Najib Mahfouz), soit 0,05% du nombre total des lauréats alors que le monde musulman compte plus de 20% de la population mondiale. Non seulement nous ne développons pas nos ressources humaines qui représentent aujourd’hui, et encore plus demain, le capital principal de la société, mais nous nous offrons même le luxe de retarder l’émancipation de la moitié de la population musulmane, soit plus de 500 millions d’êtres humains, par une politique anti-islamique à l’égard de la femme à laquelle la religion a donné tous les droits. C’est un des problèmes les plus graves et les plus urgents auquel le monde musulman ne peut trop tarder à trouver une solution rapide et efficace.

2. Les aspects du sous-développement

La situation dans le monde musulman est caractérisée par plusieurs aspects du sous-développement qui se résument comme suit :

a) Absence de données économiques et socioculturelles sur le monde islamique. Il est surprenant de constater à ce sujet que les meilleurs centres de documentation et de données se trouvent dans les pays industrialisés dont un plus grand nombre est financé par nos pays. Il est une autre réalité amère qui prouve la gravité de notre désintéressement vis-à-vis des affaires qui nous concernent et l’intérêt que les autres leur accordent réside dans le fait que c’est au Vatican qu’on doit la première estimation du nombre de musulmans dans le monde publiée au début des années 1980 à la suite d’un travail qui a mobilisé 600 personnes dans 200 pays et territoires et qui a nécessité un travail de 10 ans.

b) L’histoire de notre récent passé est encore colonisée, notre présent nous échappe en grande partie, et même notre futur est déjà hypothéqué par les études et les scénarios des autres sur lesquels nous nous fions, lorsque nous y avons accès, sans la moindre hésitation. Notre futur risquerait à ce moment là de n’être qu’une copie non-viable du passé des autres. La seule amère réalité à l’heure actuelle est que le monde musulman n’est pas maître de sa propre destinée et que son indépendance reste formelle sur beaucoup de plans. La véritable décolonisation est devant nous. Elle prendra plusieurs décennies.

Il est une autre constatation aussi amère que les précédentes et qui témoigne de notre absence dans la prise en main de notre destinée, c’est qu’il y a 1087 ans, un orientaliste anglais, W.C Blunt publiait à Londres un livre intitulé "The future of Islam", et ce n’est que 103 ans plus tard qu’un musulman du Pakistan, Ziauddin Sardar écrivait "Islamic Futures" publié également à Londres en 1985.

c) La grande crise dont souffre le monde islamique contemporain découle de l’absence d’une vision claire sur les actions futures des élites au pouvoir et l’inexistence d’une clairvoyance en raison de leur ignorance de la réalité et de ses différents courants d’une part, et de leur crainte et leur réserve vis-à-vis de toute action engagée par les couches de la société par peur de porter atteinte à leurs privilèges et de restreindre leur autorité et leur influence, d’autre part.

Il y a donc un mimétisme aveugle de tout ce qui est dicté par l’Occident, une obéissance totale aux "conseils" des services de renseignements étrangers et aux directives des conseillers des pays protecteurs qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest, l’absence totale de toute consultation populaire ou d’expressions collectives sur les aspirations de la société et l’inexistence de toute participation effective à l’élaboration des programmes d’actions destinés à relever les défis, réaliser les objectifs possibles et réalisables et à édifier un État de Droit. En effet, les élites au pouvoir ne sont préoccupés que par les mouvements de l’opposition croyant que toute inattention serait à l’origine de leur éloignement du pouvoir. Mais quand il s’agit de résoudre les problèmes de leurs sociétés, c’est alors l’improvisation totale avec des moyens de bord évitant ainsi toute vision globale et à long terme du futur estimant que tout changement qui pourrait intervenir sera résolu en son temps et qu’elles seraient les premières à l’entrevoir.

d) Le taux très élevé des analphabètes : les taux d’analphabétisme dans le monde islamique sont les plus élevés dans le monde et dépassent 80% dans certains pays islamiques et rares sont ceux qui y disposent d’un taux d’analphabétisme au-dessous de 50%. A cette situation grave s’ajoutent l’inexistence de tout programme d’alphabétisation et l’apparition d’un nouveau genre d’analphabétisme au sein des alphabètes à savoir les lavages de cerveau et leur ignorance totale de tout ce qui se passe dans leur pays et leur environnement. Il n’y aura donc aucune perspective d’un avenir meilleur pour le monde musulman sans une lutte effective contre l’analphabétisme qui ne demande pas plus de cinq ans dans le cas d’une mobilisation des bonnes volontés et le déploiement de tous les efforts pour son éradication.

Dans une situation pareille, il est normal que les taux de scolarisation, la construction d’écoles, et d’universités, la formation de médecins et de pharmaciens, la construction d’hôpitaux, de bibliothèques et de maisons d’édition soient faibles.

e) L’absence de recherche scientifique

La recherche requiert un environnement scientifique, de solides bases éducationnelles et le droit à la libre expression des citoyens. Ces besoins sont indispensables pour l’innovation et la création -conditions essentielles pour toute recherche scientifique. Le monde islamique, malheureusement, n’accorde pas beaucoup d’intérêt à la recherche scientifique, et investit des sommes extrêmement faibles dans ce domaine. Ceci est vrai pour l’ensemble du Tiers-Monde. Il en résulte une hémorragie permanente de cerveaux créateurs attirés, d’une part, par l’importance que l’Étranger leur accorde et les possibilités qu’il leur offre, et rebutés, d’autre part, par des sociétés qui bloquent tout épanouissement scientifique.

Je me permets de préciser à ce sujet, qu’il n’y aura aucune place pour la recherche scientifique, et partant, pour le progrès tant que les portes de l’Ijtihad (effort de réflexion et d’innovation dans le droit musulman) ne seront pas totalement ouvertes et qu’on n’aura pas formulé des conceptions modernes de l’Ijtihad -conceptions qui devront sauvegarder à l’Islam sa pure essence, et se débarrasser des obstacles et des entraves dressées par la réaction et qui ont enchaîné la communauté musulmane en l’emprisonnant dans le sous-développement et en la maintenant dans la décadence. Parallèlement à cela, il est nécessaire qu’une véritable pluralité politique soit instaurée et que le droit à la différence et à la multiplicité des opinions librement exprimées devienne une réalité tangible.

f) Une crise des valeurs socioculturelles de plus en plus aiguë

La vaste majorité de nos responsables jouissent de peu de crédibilité. Leurs politiques au niveau de l’économie nationale sont entachées de népotisme, d’indifférence et de grandes carences administratives. Le transfert de montants exorbitants à l’étranger est devenu chose légitime que les accapareurs utilisent pour assurer de loin, la permanence de leur influence à l’intérieur et protéger leur avenir contre les changements imprévus qui pourraient les surprendre. Cette panoplie peut être complétée par le trafic d’influence, l’injustice sociale, l’effondrement au sein des sociétés musulmanes de l’ordre des valeurs morales.

g) Des modèles de développement importés inadaptés

Nos plans de développement ont pour point de départ l’imitation aveugle de l’Occident, ainsi que la dépendance à son égard en matière d’assistance. Il est regrettable de constater chez les planificateurs dans le monde musulman des conceptions de développement qui marginalisent le rôle de la science et de la technologie. Le développement n’est pas un programme visant seulement à répartir le revenu et assurer les services, mais le développement c’est surtout la science quand elle devient culture, comme l’a si bien fait observer René Maheu, l’ancien directeur général de l’UNESCO.

h) L’absence de l’État de Droit et des libertés publiques

Les pays musulmans, dans leur ensemble, sont caractérisés par la tyrannie et l’accaparement du pouvoir. L’opinion est muselée et la personne humaine étouffée. Comment voulez-vous disposer d’un climat propice au développement de la recherche scientifique nécessaire au progrès, et à l’édification de la civilisation dans un tel environnement chargé de répression, d’atteintes aux libertés, et d’insulte à la dignité ? Le droit à la liberté d’expression, d’innovation, de création, le droit à différence et à la liberté de diffusion des idées ne saurait être assuré que grâce au respect des droits de l’homme et au règne de l’État de Droit.

i) La médiocrité de la situation réservée à la femme dont on ne reconnaît pas le droit important et essentiel à l’édification de la société. Ce faisant nous nous sommes condamnés à paralyser la moitié de la société dans son droit à l’épanouissement et nous avons ainsi commis le crime d’immobiliser les énergies et les cerveaux de plus de 500 millions d’âmes. Le sous-développement qui règne aujourd’hui dans la société musulmane a, pour une grosse part, pour origine la marginalisation du rôle de la femme. Puisque nous parlons de l’Islam et de son avenir, nous devons préciser qu’il est honteux que certains ignorants continuent à véhiculer des mensonges concernant la femme et qui remontent à une époque révolue qui fut caractérisée par la faiblesse, l’indolence et par des luttes interminables pour le pouvoir.

N’étant pas un spécialiste de la science islamique, je me suis renseigné auprès de gens compétents en la matière sur le statut de la femme en Islam. Ils m’ont affirmé que de nombreux falsificateurs et imposteurs ont forgé des textes de hadith que certains "doctes" répètent jusqu’à nos jours défigurant ainsi le vrai visage de l’Islam et faisant obstacle par ces contrefaçons à l’avènement d’un avenir prospère de leur société.

Parmi ces mensonges, citons celui qui conseille de consulter les femmes, mais de ne pas faire cas de cette consultation. Les spécialistes de la science du hadith affirment que ce soi-disant propos attribué au prophète n’est qu’un pur mensonge. Un autre hadith forgé pour la circonstance et qui a été répandu par les tyrans et les faux savants qui voulaient tenir en laisse les énergies de la communauté musulmane prétend que la fille du prophète a consulté son père pour savoir ce qui conviendrait le mieux à la femme et que le prophète aurait répondu ceci, "qu’elle ne voit aucun homme et qu’aucun homme ne la voie !".

Il s’agit là d’un hadith fictif, forgé de toutes pièces, comme disent les spécialistes et qui ne saurait nullement être attribué au prophète, surtout qu’il est en contradiction flagrante avec les textes coraniques.

En nous référant aux ouvrages spécialisés du hadith et aux hommes de la science de la Tradition, nous remarquerons qu’un nombre important de femmes étaient des juristes du droit musulman, des transmetteuses de hadith, des combattantes de la foi ayant participé au Jihad, et assumé d’autres fonctions aux côtés des hommes. Nous pouvons en citer à titre d’exemple : Karima bint Ahmed de Merw, qui pouvait réciter tout le corpus du "Sahih d’Al Boukhari" et qui reçut pour sa connaissance par coeur de ce corpus les louanges du commentateur de Al Boukhari, Hafidh Ibn Hajar d’Askalon qui l’a citée dans son ouvrage "al Fath al Bari".

Je ne voudrais pas trop insister sur ce sujet, mais je souhaiterais cependant que les éminents savants présents ici puissent éclairer l’assistance sur les traditions prophétiques qui appellent à honorer la femme, à la considérer comme l’émule de l’homme aussi bien dans les choses de la religion que dans les rapports de la vie matérielle.

La preuve de la marginalisation de la femme, c’est sa quasi absence dans ce colloque. Je n’ai pas arrêté d’insister auprès des organisateurs de cette manifestation pour que la femme y soit qualitativement et quantitativement bien représentée, car notre sujet concerne l’avenir de l’ensemble de la communauté islamique. La vision de l’avenir est une tradition en Islam. Le prophète, avant sa mort, au cours du pèlerinage de l’Adieu, adressa ses conseils à la communauté en ces termes : "Je vous recommande de traiter convenablement les femmes". Est-il donc convenable de maintenir la femme dans l’ignorance, de minimiser son rôle, et mieux encore, d’essayer de l’éliminer presque totalement de la vie publique quotidienne. De quel droit ?

J’attire l’attention des grands savants ici présents, en proclamant tout haut qu’aucun espoir n’est possible pour les sociétés musulmanes sans la participation positive de la femme à qui la religion a assuré tous ses droits. Le problème est beaucoup plus d’ordre socioculturel que religieux. Il devrait être la priorité de nos priorités, au cas où nous voudrions sérieusement assurer l’avenir de la communauté de l’Islam, l’épanouissement de toutes nos énergies et l’encouragement de nos initiatives pour la compréhension des problèmes actuels et futurs. Il est à souligner que la situation de la femme est encore assez mauvaise dans l’ensemble du monde. Le statut de la femme dans les pays sous-développés est à la fois un indicateur est une preuve du lien intime qui existe entre le développement économique et socioculturel, d’une part, et la sauvegarde des droits et de la dignité de la personne humaine, d’autre part. Au sein du Tiers-Monde et du monde islamique, c’est le monde arabe comme je l’ai souligné plus haut qui est le plus sous-développé dans les domaines de l’alphabétisation, de l’enseignement et de la recherche scientifique.

La question du statut de la femme dans la société musulmane, et plus particulièrement dans le monde arabe, pose des défis certains qui nécessitent des analyses sociales sérieuses, une autocritique ferme et un "Ijtihad" (recherche) hardi. Nous devons revenir à la source afin de réviser, à partir d’une nouvelle lecture du Coran, nos réflexions et en comprendre sans ambiguïté les finalités, les objectifs et les priorités qui en découlent afin de pouvoir trouver, à court et à moyen terme, les solutions efficaces aux problèmes de plus en plus aigus du fait de l’accélération de l’histoire.

Je suis convaincu que le problème de la femme dans le monde musulman est un des plus importants que nous affrontons à l’heure actuelle. Nous nous devons de lui trouver des solutions rapides avec la participation des forces vives de nos sociétés et sans poser pour cela à la femme, l’égale de l’homme, une quelconque condition préalable.

3. Problèmes nécessitant une solution urgente

a) Problèmes des minorités islamiques :

Il existe des minorités islamiques qui luttent pour leur survie à l’intérieur de groupements hégémoniques. Ce sont soit des populations qui sont restées fermement sur place après la chute de la civilisation islamique et la disparition du soutien de l’Islam, soit des groupements humains ayant émigré pour gagner leur pain quotidien lorsque l’émigration hors des patries est devenue moins pénible pour ces minorités que de se retrouver étrangères dans leur propre pays.

Parmi ces minorités, citons les ouvriers ayant émigré en Europe occidentale, les populations musulmanes des Etats asiatiques de l’URSS, les millions de musulmans de l’Inde, de la Chine et des Philippines. Si réellement nous aspirons à un avenir de progrès pour le monde islamique, nous devons réfléchir sérieusement au sort et à l’avenir de ces minorités et oeuvrer pour les protéger afin qu’elles puissent ne pas se fondre dans la masse de la majorité et perdre ainsi leur identité.

b) La cause palestinienne :

Il s’agit d’une question stratégique à l’intérieur du monde islamique. Libérer la Palestine de l’emprise sioniste est une obligation plus que nécessaire. Préparer nos forces sous toutes leurs formes est inévitable, si nous voulons réellement libérer ce territoire. Je ne pense pas que la voie dite "diplomatique" du style "Camp David" permettra de chasser l’occupant . Les israéliens sèment l’effroi et pratiquent l’oppression dans les rangs du peuple de Palestine, particulièrement à Jérusalem et sur les "territoires occupés".

Israël a peur de l’avenir et ses dirigeants actuels semblent avoir opté pour des solutions dures visant à priver de leurs moyens de défense, tout Etat arabe de la région qui pourrait remettre en question la suprématie militaire d’Israël, tout en continuant leurs programmes d’expropriation et d’anéantissement des Palestiniens propriétaires légitimes de leurs terres. Israël bénéficie d’un soutien inconditionnel de l’Occident qui rend toute solution pacifique honorable fort difficile. Israël développe, avec l’aide des États-Unis et d’autres pays industrialisés, sa maîtrise des sciences atomiques et ceux de l’espace, parallèlement à notre propre défaillance dans ces domaines, alors que le monde islamique dispose de 45% des réserves en uranium dans le monde et de milliers de "cerveaux immigrés" dans ces secteurs.

III. Les perspectives

Ce qui semble caractériser l’ordre mondial actuel, c’est le déséquilibre qui existe entre le Nord et le Sud : moins de 20% des populations du globe possèdent plus de 80% des richesses matérielles qui s’y trouvent. C’est là une véritable injustice à l’égard des faibles qui ne pourra pas durer éternellement. En plus de cela, le modèle de développement industriel adopté par l’Occident ne saurait à son tour se perpétuer indépendamment de la situation du Tiers-Monde. Le Nord sera obligé de baisser son utilisation de l’énergie d’environ 20% au cours des 10 ou 15 prochaines années, car sa dilapidation de l’environnement vital (sur-utilisation de la biosphère) atteint aujourd’hui 40% et il s’agit là de la survie même de l’Humanité et de la Planète.

Bien que la session extraordinaire de l’Assemblée Générale de l’ONU sur le développement ait adopté récemment une résolution pour l’assistance au développement, n’oublions pas que la p

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