La tolérance chez nous » Paix et Amour entre les peuples

 La tolérance chez nous

16/8/2007

La tolérance chez nous

par Mohammed Guetarni

La mission première de la politique, au sens politique du terme, est de développer le capital-décence de la vie du Citoyen, de lui garantir honneur et bonheur chez lui dans son propre pays.

C'est de cette manière que l'on veille sur la paix civile et la concorde entre les citoyens et, particulièrement, entre les différentes classes qui commencent, hélas, à émerger dans notre espace. Afin de les préserver toutes les deux (paix civile et concorde), il est impératif d'élaborer un contrat social garantissant certains principes de tolérance parmi lesquels :

1/. La liberté de penser et de s'exprimer.

2./ Une justice indépendante, équitable et impartiale, «la même pour tous» - et non à vitesses - sans discrimination de statut social ou de sexe.

3/. Le respect des Droits de l'Homme et du Citoyen.

L'application, par la pratique, de ces droits fondamentaux assure la Tolérance entre les citoyens d'un même pays, puis entre les différents groupes ethniques et enfin entre tous les peuples de la planète. La tolérance devient, dans ce cas, le fondement de la citoyenneté. Elle garantit l'équivalence dans la différence grâce à «l'indulgence.» Celle-ci est une forme d'acceptation de l'Autre dans son entité.

Cette forme de tolérance active et participative devient, ainsi, une vertu à exercer par tous et par chacun. Elle s'arroge le droit de prévoir, de prévenir et d'éduquer les peuples -à commencer par les responsables, chacun à son niveau- au moyen de la culture de l'Amour. Selon Montesquieu, Alexandre le Grand (356-323 avant J.C., roi de la Macédoine) aimait son peuple comme un père de famille aime ses enfants. Il était heureux parce que ses sujets l'étaient sous son règne. Même le Coran en parle dans la Soura «El Kahf» [«La Caverne» (XVIII ; 82)] surnommé «Dhou'l Kernaïn» (L'homme aux deux Cornes qui les porte sur son casque).

Qu'en est-il chez nous? Au lieu de la tolérance des principes humanistes au sein de notre société, il y a «une culture de la tolérance de l'absurde» telle que la mauvaise gouvernance et ce en découle : la mauvaise gestion, à la médiocratie dont les maux ont affecté profondément la société (détournement, corruption, injustice sociale), l'instauration d'une classe féodale «supériorisée» par son pouvoir et ses avoirs (souvent mal acquis) et le reste, tout le reste, du peuple «inféodé» dans son propre pays, confronté à l'abus et au mépris quasi institutionnalisés par ceux-ci.

Lorsque les lois de la République cessent d'être respectées, donc d'être exécutées, lorsque l'esprit de justice et de vérité s'éclipse du pays, l'État périclite et court, indéniablement, vers sa perte. L'intellectuel, censuré, est considéré comme un facteur criminogène qui corrompt la société, voire traité de «mercenaire de la plume» au lieu d'être élevé et honoré au rang de «chevalier de la plume». Il est, de ce fait, réduit au silence. Tolérer l'Autre, c'est l'accepter et le respecter, c'est renoncer à une part de son pouvoir pour le partager avec lui. Si le citoyen a assez de force pour endurer «les maux» du Pouvoir, ce dernier doit avoir suffisamment d'esprit pour accepter les mots de l'intellectuel car selon le sage adage : «aime ceux qui te blâment et écoute ceux qui te critiquent». Telle est la pratique de la tolérance en tant que principe de coexistence et de respect mutuel entre les hommes, notamment entre gouvernants/gouvernés. C'est là où la concorde trouve son sens et le pacte social sa place. Cependant, la seule forme d'intolérance à combattre est celle dirigée contre les ennemis de la tolérance car, selon J. Rawls, «L'incitation à l'intolérance est criminelle au même titre que l'incitation au meurtre». C'est cette intolérance entre groupes ethniques qui à provoqué les génocides au Rwanda et en ex-Yougoslavie ainsi que dans certains pays totalitaires dont les doctrines sont prétendument prouvées scientifiquement.

Tout totalitarisme est intolérant parce que la parole du Chef ne se discute pas. Elle est vérité axiomatique. «C'est la tyrannie du vrai» (faux-vrai). Dans ces régimes, la communication est à sens unique: pouvoir-peuple. La force prime l'intellectualisme. C'est le Pouvoir de la force ( et non de la loi), de la fourberie et de la corruption dans toutes les relations sociales au lieu d'être le pouvoir des idées.

Lorsque l'intolérance est institutionnalisée, un Pouvoir policier s'installe. Il peut être à l'origine de l'instabilité sociale.

L'intellectuel, vers lequel se tourne la société dans ses moments difficiles, est lui-même pris en otage entre son devoir d'informer objectivement ses compatriotes et l'épée de Damoclès qui pèse sur lui par l'intégrisme de tous horizons.

Pourtant, la tolérance est prônée par l'Islam orthodoxe - qui n'a aucun lien avec les islams politiques. Le Prophète disait : «Tous les hommes sont égaux entre eux comme les dents d'un peigne». Notons qu'Il a dit les «hommes « et non les «Musulmans». Un article des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1948 stipule que «Les Hommes sont nés égaux en droits». L'affinité entre les deux citations prônant la tolérance, en tant que facteur de paix et de stabilité sociales, n'est pas à démontrer.

Ce qui suppose qu'il n'y a pas de divergences de vue en matière de tolérance entre le religieux et le séculier, c'est-à-dire entre une foi pensante et la raison qui organisent la société. Ce sont deux notions de tolérance importantes en Islam et selon l'Islam parce qu'elles assurent l'équilibre entre les membres d'une même société, entre les communautés, voire même entre les peuples.

Voltaire, de son temps disait : «Nous devons nous tolérer mutuellement, parce que nous sommes faibles, inconséquents, sujets à la mutabilité, à l'erreur». L'intolérance des régimes arabes est proverbiale. Ils réprouvent la démocratie jugée comme une faiblesse du Pouvoir et le noyau de l'anarchie.

De même qu'ils refusent le multipartisme qu'ils considèrent comme une atteinte à l'entité du Pouvoir. En réalité, ce sont des régimes qui se trouvent à la tête de leurs peuples respectifs suite à des coups de force (renversement des régimes précédents). Ils ne sont pas élus démocratiquement au suffrage universel. Ils n'ont, par conséquent, aucune assise populaire à l'instar des régimes démocratiques. La parole du Chef est «la voix du vrai, la voie du bien». Toute déviation de cette voie (voix) n'est pas tolérée. Lors du dernier congrès international des Droits de l'Homme, les chefs arabes ont brillé par leur absence légendaire. Pourtant, un Chef musulman qu'il soit Mollah, Émir, Roi ou Chef d'État doit être imprégné d'une éthique politique animée par une bonne foi religieuse sincère.

Mohammed Iqbal, penseur musulman, considère que les deux démocraties religieuse et politique peuvent faire bon ménage aussi bien dans le Machrek (Orient) que dans le Maghreb (Occident arabe).

La première (démocratie religieuse) loue les vertus de la tolérance à partir des gens du Livre (Juifs et Chrétiens). Elle les considère comme des Croyants par la pratique de leur foi.

La seconde ne doit exclure aucune frange de la population ni les femmes, ni les pauvres, ni les minorités (ethnique ou religieuse), ni même les déshérités.... La tolérance, dans ce cas, est le respect de la dignité humaine qui est «la valeur suprême de toute tolérance» car notre vie est greffée à celle des autres, de tous les autres sans aucune distinction fondée sur la race, le sexe, le statut social, la langue, l'origine ethnique, la culture, la religion ou même le handicap.

En conclusion, la tolérance relève de l'humanisme. Chaque homme a ses qualités et ses défauts, sa culture et sa (ses) croyance(s). Aucun homme n'est foncièrement bon, ni foncièrement mauvais.

La tolérance consiste à rapprocher davantage les hommes pour se connaître, communiquer, s'ouvrir, se comprendre, s'aider et, peut-être, s'aimer. Son rôle est vital dans la vie sociale de tous les jours comme la politesse dans les rapports interpersonnels. Les âmes nobles oeuvrent pour le bien-être de leurs prochains, pas seulement de leurs proches. Avec une certaine largesse d'esprit -qui ne signifie pas faiblesse d'esprit-, essayons de tolérer ceux-là même qu'on n'aime pas, voire qu'on ne respecte pas. Certes, c'est une petite vertu mais... d'une grande importance.

*Docteur ès lettres Université de Chlef

 


1.      J. Rawls. Théorie de la justice. Ed. du Seuil. P. 93. 1987.

2. André Comtesponville. Le Petit traité des grandes vertus. P.U.F. 1995. P. 216.

3. Dictionnaire philosophique. P. 368.

4.L'oeuvre de Abdelkader khatibi. Ed. Marsam. Rabat. 1997.

 

 

Extrait du journal : le quotidien d’Oran (http://www.lequotidien-oran.com)

 

 

 

 

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