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 repères islamiques pour la protection de l'environnement

17/8/2007

Repères islamiques pour laprotection de l’environnement

ParMohammad Younes

 

La protection de l’environnement contre les dangers de lapollution et la préservation des sources d’énergie figurent parmi les plusgrandes questions de notre temps.

Cet intérêt s’est traduit par l’établissement de nombreuseschartes et lois nationales et internationales qui se fixent pour objectif deprotéger l’environnement, de juguler le gaspillage des ressources naturelles etde lutter contre la disparition des espèces animales et végétales. En effet, lapollution et autres agressions subies par l’environnement ont atteint un degréde gravité tel que 80% de la faune et de la flore des régions tempérées sontmenacées d’extinction. De plus, la pollution de l’eau, de l’air et ladégradation du sol porte de lourds préjudices à la santé de l’être humain enprovoquant des maladies aussi graves que le cancer. Pourtant, les législationsnationales et internationales n’ont pu mettre un terme à ces pratiquesagressives. Aussi est-il nécessaire, pour traiter efficacement les problèmes del’environnement, de réfléchir sur d’autres approches fondées davantage sur laconscience et la foi de l’Homme. A cet effet, l’activation du rôle de lareligion, notamment l’islam, constitue l’une des approches primordiales.

Par conséquent, il est important de mettre en évidence le rôle del’islam dans la lutte contre les problèmes de l’environnement tant au niveau deleur diagnostic que de leur traitement.

La présente étude examine la question à travers les axessuivants :

 *  La notion d’environnement (et ses composantes) etl’évolution de sa relation avec l’Homme.

  * L’environnement dans la conception islamique.

 *  L’approche islamique de la protection del’environnement et de sa préservation contre la pollution et autres types denuisance.

Notons que, dans la présente étude, nous avons adopté uneapproche documentaire pour collecter les informations et les données relativesaux différentes dimensions que revêt la question de l’environnement et à laposition de l’islam vis-à-vis de la question.

La notion d’environnement (et ses composantes) et l’évolution desa relation avec l’Homme.

Tenue à Stockholm en 1972, la première Conférence internationalesur l’environnement a donné la définition suivante de l’environnement :"l’environnement c’est tout ce qui entoure l’Homme". Mais, on s’endoute, la notion d’environnement est tellement plus vaste qu’on ne peut ladéfinir en si peu de mots. Dans l’étymologie occidentale, le terme"écologie", science de l’environnement, provient de la racine grecque"oikos" qui signifie "habitat", alors qu’en langue arabe,le terme "Al bay’a" (environnement) procède de la racine"bawa’a" qui donne le verbe "tabawwa’a" (habiter,s’établir). Citons à titre d’illustration le verset coranique suivant :"Nous avons inspiré à Moïse et à son frère : Etablissez (tabawwa’a),pour votre peuple, des maisons en Egypte" (Younes, verset 87). Dans cetexemple, le terme arabe "tabawwa’a" est utilisé dans le sensd’établir un logement ; il peut être également utilisé dans le sens derésider, de demeurer, ainsi le verset : "Ceux qui auront cru et quiauront accompli des œuvres bonnes, Nous les ferons demeurer pour toujours, dansle Jardin, au milieu de salles sous lesquelles coulent les ruisseaux"(L’Araignée, verset 58).

Dans un hadith rapporté par Muslim, le Prophète, paix et salutsoient sur lui, dit : "Me mentir est autrement plus grave que mentirà quelqu’un d’autre ; celui qui me tient sciemment des propos mensongerssera logé dans la place qu’il mérite en Enfer". Dans cette occurrence,recouvrant le même champ sémantique, le terme "tabawwa’a" est utilisédans le sens de "loger".

Le nom dérivé de la racine arabe "bawa’a" est"bay’a" qui signifie "habitat" mais qui réfère aussi àl’espace où l’Homme s’établit ou élit domicile.

Par extension, l’écologie définit l’environnement commeétant : "le milieu où l’Homme vit et interagit avec les phénomènesnaturels et humains qui l’entourent".

Dans ce contexte, les écologistes parlent d’écosystème, unitéenvironnementale intégrée qui englobe des composantes organiques vivantes. Cescomposantes interagissent avec leur environnement naturel inanimé suivant unordre divin précis et équilibré qui leur permet de maintenir leur rôle dans lareproduction de la vie(1).

Cet écosystème se divise en quatre catégories decomposantes :

1- Catégorie des éléments abiotiques : elle se composed’éléments naturels non vivants qui renferment la totalité des ressourcesindispensables à la vie. Dans cette catégorie appelée aussi "catégorieconstante", les matières consommées par les organismes de la deuxièmecatégorie sont remplacées au niveau de la quatrième catégorie : ensembledes décomposeurs des matières organiques inanimées aussi bien animales quevégétales.

2- Catégorie des organismes producteurs : elle estreprésentée par les végétaux chlorophylliens qui synthétisent leur proprenourriture à partir des éléments de la première catégorie, d’où l’appelation“producteurs”.

3- Catégorie des organismes consommateurs : elle englobe lesespèces animales qui se nourrissent d’autres organismes vivants, d’oùl’appellation "consommateurs". en plus des espèces carnivores etherbivores, cette catégorie comprend l’être humain qui en constitue l’une descomposantes essentielles. En effet, l’Homme exerce une grande influence sur lesautres éléments de l’écosystème de par son action tantôt constructive tantôtdestructive. Cet influence est d’autant plus grande que l’environnement naturel(avec tous les êtres qu’il comprend) a été dédié à l’Homme et soumis à sonpouvoir.

4- Catégorie des organismes décomposeurs : elle comporte desorganismes microscopiques de l’ordre des bactéries et des champignons. Ils sontdits "décomposeurs" parce qu’ils décomposent les matières organiquesaussi bien animales que végétales.

Ces éléments réagissent entre eux suivant un processus bienprécis. En effet, pour préserver l’équilibre de l’écosystème, chaque catégoriecomplète l’autre dans une belle et parfaite harmonie ; tant et si bien quetout dysfonctionnement ou insuffisance de l’un de ces éléments ou de l’une deces catégories fausse leur interaction et cause, par conséquent, ledéséquilibre et la perturbation qui font perdre au système sa capacité degénérer la vie : on parle alors de dysfonctionnement de l’écosystème(2).

La relation entre l’Homme etl’environnement :

L’environnement représente un domaine vital aussi bien pourl’Homme que pour les autres êtres vivants. Les éléments de cet environnementsont créés par le tout Puissant de manière à fonctionner selon un ordre précisqui aide l’Homme à s’acquitter de sa mission civilisatrice et à honorer lalieutenance de Dieu sur terre. Le Très-Haut dit : "Il vous a créés decette terre où Il vous a établis" (Houd, verset 61). Dieu a fait en sorteque les composantes de cet ordre fonctionnent de manière spontanée afin de"faciliter la vie" à l’Homme. Il dit : "De la terre, Il afait pour vous un lit de repos, et du firmament, un édifice. Il fait descendredu ciel une eau grâce à laquelle il fait surgir des fruits pour assurer votresubsistance. N’attribuez pas à Dieu des rivaux, alors que vous savez" (LaVache, verset 22).

Ainsi, toutes les composantes de l’environnement fonctionnent demanière naturelle. Si bien que tout changement de fond à l’intérieur de cescomposantes provoque un dysfonctionnement de l’écosystème qui perd sa capacitéde générer et de maintenir la vie sur terre.

Pour expliquer le processus du dysfonctionnement écologique etles effets qu’il engendre, le Dr Zineddine Abdelmaksoud, nous livre l’exemplesuivant : soit un environnement forestier qui, par l’action de l’Homme,subit un déboisement si rapide et si continu qu’il ne laisse pas à lavégétation le temps de croître. Tant et si bien que la disparition progressivedes arbres privent l’écosystème de l’une de ses composantes majeures. Lesdangers provoqués par la disparition progressive des surfaces boisées seprésentent comme suit : Le déboisement progressif débouche sur ladégradation de la faune terrestre dont l’existence dépend de la végétation entant que source de nourriture et en tant qu’abri. Le sol qui contenaitcette végétation est menacée d’un glissement massif, notamment au niveau de sacouche supérieure qui renferme généralement la plupart des matières nutritives,nécessaires à la vie végétale. Ce glissement de terrain affaiblira, parconséquent, sa capacité à synthétiser ces matières. Le cycleoxygène-dioxyde de carbone se voit perturbé. En effet, pendant laphotosynthèse, les arbres libèrent une grande quantité d’oxygène et absorbentune quantité tout aussi importante de dioxyde de carbone. Partant, lesécologistes affirment que le déboisement abusif accentue la pollution de l’airpar le dioxyde de carbone.Le cycle de l’eau est, à son tour, perturbé à causede la diminution de la quantité d’eau qui s’évapore dans l’air après avoir étéinterceptée et stockée par les arbres. En effet, des études ont montré que dansles zones forestières, 60% des précipitations sont recueillies par les arbreset redistribuées dans l’atmosphère par évaporation.

Le cycle sera, en outre, déréglé par l’augmentation de l’albédo,due à la dégradation du tapis végétal. L’albédo est le pourcentage de flux desondes solaires réfléchies (ondes courtes). L’albédo augmente à mesure que lessols se dégarnissent de leur végétation et diminue, en revanche, avec la densitéde la couverture végétale. Cela signifie que plus la végétation diminue, plusl’albédo augmente. Par conséquent, la terre ne réfléchit que la faible quantitéd’ondes de chaleur qu’elle a absorbée. Or, ces ondes calorifiques (ondeslongues) sont indispensables au réchauffement de l’atmosphère. Par la grâce deDieu tout Puissant, ces ondes solaires courtes, sans qu’elles soient absorbées,ont traversé l’atmosphère pour atteindre la surface de la terre où elles serontabsorbées et transformées en ondes solaires longues. Pourvues decaractéristiques nouvelles, ces ondes peuvent dès lors être absorbées etdiffusées par les éléments de l’atmosphère, notamment le dioxyde de carbone. Enoutre, ces ondes terrestres restent à l’intérieur de l’atmosphère contrairementaux ondes solaires qui atteignent l’espace externe. Ainsi, en raison de ladégradation des surfaces boisées, l’albédo augmente et la quantité de chaleuremmagasinée dans les hautes sphères diminue, ce qui entraîne une nettestabilité au niveau de ces sphères et, par suite, la diminution desprobabilités en matière de précipitation.Ainsi, l’intensité de l’albédo estinversement proportionnelle aux probabilités pluviométriques. Autrement dit,plus le tapis végétal est dense, plus le taux de pluviométrie augmente, d’oùl’importance de la végétation dans la stabilité du cycle hydrologique(3).

Des études ont montré que le déséquilibre écologique a commencéavec la révolution industrielle. Les nuages noirs dus à la fumée de charbon,dégagée par les usines, ont envahi le ciel d’un bon nombre de villeseuropéennes, causant une importante mortalité(4). Charles Dickens a décrit lesaffres de cette pollution qui a accompagné la Révolution industrielle enAngleterre dans son célèbre roman : Les Temps difficiles. Mais, pris dansl’engrenage de la croissance industrielle(5), l’Homme a maintenu son actionpolluante bien que, depuis le quatorzième siècle déjà, il prît conscience desdangers de la pollution.

L’augmentation des taux de pollution a entraîné la dégradation dela couche d’ozone qui s’est matérialisée par un énorme trou localisé au niveaudu pôle sud. En conséquence, les températures terrestres ont augmenté, causantla fonte des glaciers polaires. Il s’ensuivit l’augmentation du niveau d’eaudans les mers et les océans, et par ricochet, la dégradation des littoraux.

En plus, la pollution de l’environnement représente une menacedirecte pour la santé de l’Homme puisqu’elle est la cause de plusieurs maladiesgraves telles l’asthme et le cancer.

L’agression de l’environnement par l’Homme se manifeste, parailleurs, à travers l’épuisement des ressources naturelles et la destruction dela faune et de la flore. Dans ce sens, les statistiques fournies par le Fondsdes Nations Unies pour l’Environnement nous informent que 80% des espècesanimales et végétales vivant dans les régions tempérées d’Asie et d’Afriqueaustrale sont menacés d’extinction et que 90% des êtres vivants ontdéfinitivement disparu de la terre.

L’extinction des espèces vivantes est due à l’action de l’Hommequi veut dévier le cours normal de la nature. Aujourd’hui, on assiste à unevague de disparitions qui n’a pas eu son semblable dans toute l’Histoire de laTerre, c’est-à-dire pendant trois milliards d’années. Le taux d’extinction desespèces vivantes atteindra des proportions alarmantes puisqu’il sera mille foissupérieur à la moyenne naturelle(6).Les écologistes affirment que la moitié desespèces vivantes est menacée d’extinction, dont 25 mille espèces végétales,plus de mille vertébrés et une bonne partie d’invertébrés, notamment lescoraux(7).

Mais, outre la pollution et la disparition des espèces, il est untroisième problème qui menace l’environnement de manière tout aussi dangereuse.Il s’agit de la désertification, fléau aux conséquences fâcheuses surl’écosystème.En effet, les activités abusives entreprises par l’Homme ontconduit à l’élargissement des surfaces désertiques et incultes. Ainsi, lepourcentage de ce type de surface est passé de 9,4% du continent mondial en1982 à 22,2% en 1992. Le désert géologiquement naturel qui occupe unesuperficie de 48 millions de km2 (soit 37% du continent) s’est vu grossir de 10millions de kilomètres carrés supplémentaires à cause de la désertification.Malheureusement, ce phénomène est en constante évolution puisque d’après lesstatistiques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, la moyenne dedésertification annuelle est de plus de 15 millions de faddân (1 faddân=4200m2), chiffre d’autant plus alarmant qu’en parallèle la population mondialecroît à un rythme exponentielle. Ainsi, entre 1800 et 1900, la populationmondiale a doublé, mais entre 1800 et 2000, c’est-à-dire en l’espace de deuxsiècles, cette population s’est multipliée par six. Les prévisions nousinforment qu’en deux siècles et demi, c’est-à-dire de 1800 à 2050, lapopulation se sera multipliée par douze et aura atteint 11,9 milliardsd’habitants.

D’autre part, les scientifiques affirment que malgrè ledéveloppement des moyens de production, les ressources actuellement disponiblessur la terre ne garantiront pas la vie à plus de 12 milliards d’habitants,chiffre qui sera atteint au début de la deuxième moitié du XIXe siècle(8).

L’environnement dans laconception islamique

Si les scientifiques occidentaux définissent l’environnementcomme étant le milieu où l’Homme vit et interagit avec les phénomènes naturels,la conception islamique est d’autant plus profonde qu’elle considère laquestion de l’environnement sous l’angle de la foi. A cet égard, tout musulmanconçoit l’univers comme étant l’œuvre d’un Dieu Unique qui fit descendre leSaint Coran.

Dans ce sens, le Coran et la Sunna regorgent de textes quiillustrent explicitement ce que doit être la relation entre l’Homme et sonenvironnement. Ces textes montrent que Dieu créa l’univers et fit soumettre sescréatures et ses éléments à l’Homme pour que celui-ci fît œuvre de constructeursur terre et rendît grâce à Dieu pour Ses bienfaits. Le Tout Puissant envoyaitses messagers pour guider l’Homme sur le droit chemin. L’islam est ainsi ledernier des messages divins et cette ultime religion comporte les principes quiorganisent les relations entre les gens, d’une part, et la relation de l’Hommeà l’environnement, d’autre part.

Selon la conception islamique, la relation entre l’Homme etl’environnement repose sur trois principes :

1- L’assujettissement de l’environnement

Dieu a asservi les éléments de l’environnement pour aider l’Hommeà faire œuvre de construction sur terre. Le Très-Haut dit : "C’estDieu qui a créé les cieux et la terre et qui fait descendre du ciel une eaugrâce à laquelle il fait pousser des fruits pour votre subsistance. Il a mis àvotre service le vaisseau pour que celui-ci, par son ordre, vogue sur la mer.Il a mis à votre service les fleuves. Il a mis à votre service le soleil et lalune qui gravitent avec régularité. Il a mis à votre service la nuit et lejour" (Ibrahim, versets 32-33) ou encore : "C’est Lui qui a misla mer à votre service pour que vous en retiriez une chair fraîche et les joyauxdont vous vous parez. Tu vois le vaisseau fendre les vagues avec bruit pour quevous partiez à la recherche de ses bienfaits. Peut-être serez-vousreconnaissants !" (Les Abeilles, verset 14). Dans une autre sourate,Dieu dit : "Ne voyez-vous pas que Dieu a mis à votre service ce quiest dans les cieux et ce qui est sur la terre ? Il a répandu sur vous desbienfaits apparents et cachés. Certains hommes, cependant, discutent au sujetde Dieu, sans aucune science, ni direction, ni Livre lumineux" (Luqman,verset 20).

2- La modération

Le principe de modération est liée à celui de l’assujettissement.Dans ce sens, l’Homme doit faire preuve de modération dans l’exploitation deséléments de l’environnement que Dieu met à son service, sacrifiant ainsi à unprincipe qui distingue l’islam des autres religions. La modération se justifiepar le statut de l’Homme sur terre car selon la conception islamique, l’Hommeest "maître dans le monde" et non pas "maître du monde"comme le présente la pensée occidentale. Ainsi, l’activité de l’Homme et soncomportement vis-à-vis de l’environnement sont régis par les commandements, lesprincipes et les valeurs contenus dans le Coran, la Sunna et l’ensemble desrègles qui fondent la conception islamique de la vie et de l’univers.Principale caractéristique de cette conception, la modération distingue lavision de l’islam de celles des autres tendances religieuses et philosophiques.Dieu dit : "Nous avons fait de vous une communauté éloignée desextrêmes pour que vous soyez témoins contre les hommes, et que le Prophète soittémoin contre vous." (La Vache, verset 143). C’est cette modération quipréside (ou qui doit présider) à la relation entre l’Homme et l’environnement.

Le principe de modération appelle par ailleurs la proscription detoute forme de dilapidation ou de gaspillage. Dieu dit : "Mangez etbuvez, ne commettez pas d’excès. Dieu n’aime pas ceux qui commettent desexcès." (Al A’araf, verset 31).

3- Proscription des actions qui corrompent la terre

Il est indéniable que la plus grande partie des problèmesécologiques est dû au comportement abusif de l’Homme vis-à-vis de sonenvironnement. Comme nous l’avons signalé plus haut, ce comportement qui esttrès préjudiciable à l’écosystème se manifeste par la pollution du sol, del’eau et de l’air, la corruption des terres arables, le déboisement et ladécimation des espèces vivantes. Le Coran prévient expressément l’Homme contrela corruption de la terre : "Ne semez pas la corruption sur la terreaprès qu’elle a été réformée. Invoquez votre Seigneur avec crainte et désirardent. La miséricorde de Dieu est proche de ceux qui font le bien" (Al A‘araf, verset 56). On constate dès lors que, loin de se réduire à une plateénumération des éléments de l’écosystème, la conception islamique liel’environnement à l’esprit humain. L’islam ne confine pas l’être humain dansles matérialités qui ne doivent servir que comme tremplin vers un objectifsuprême : la purification de l’âme. Ainsi, la religion musulmane sedistinguera toujours des lois forgées par l’Homme car si ces lois positivescontrôlent la matière, elles ne contrôleront jamais l’esprit(9). Dieudit : "Heureux celui qui la purifie (l’âme) ! Mais celui qui lacorrompt est perdu !" (Le Soleil, versets 9-10).

En conception islamique, l’environnement représente une entitévivante où la terre ne se réduit pas à une simple planète que les êtres foulentet dont ils disposent à leur guise, et les montagnes ne sont guère des blocsinanimés mais dotées de vie et de sensibilité(10). Dieu dit à ce propos : "Lessept cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve célèbrent ses louanges ; iln’y a rien qui ne célèbre ses louanges, mais vous ne comprenez pas leurslouanges. Dieu est plein de mansuétude et Il pardonne." (Le trajetnocturne, verset 44). Il dit aussi : "Nous avons contraint lesmontagnes et les oiseaux à se joindre à David pour proclamer nos louanges,c’est nous qui avons fait cela" (Les prophètes, verset 79).

En outre, le Prophète, paix et salut soient sur Lui, dit :"Le fait qu’un être humain, un djinn, une pierre, une terre ou tout autreobjet aient entendu l’appel d’un muezzin leur sera témoigné le Jour duJugement." (rapporté par Ibn Maja et Malek dans le Mouata).

L’islam développe une vision profonde de l’environnement en celaqu’il exhorte l’Homme à le considérer comme un bien public qu’il faut protégeret sauvegarder. Dans ce sens, Dieu dit : "Abstenez-vous de dégât surla terre, qui fut créée si bonne : cela sera par vous un bien, à conditiond’être croyants" (Al A’araf, verset 85).

Le Coran regorge de sourats qui montrent que Dieu seul créal’environnement et établit les règles qui garantissent sa proteciton. A ceporpos, Dieu dit : "De la terre, Il a fait pour vous un lit de repos,et du firmament, un édifice. Il fait descendre du ciel une eau grâce à la quelleil fait surgir des fruits pour assurer votre subsistance. N’attribuez pas àDieu des rivaux, alors que vous savez" (La Vache, verset 22). Dieu ditaussi : "Ne considèrent-ils pas, au dessus d’eux, le firmament ?Ils voient comment Nous l’avons édifié et orné, et quel est sans fissure. Laterre ? Nous l’avons étendue ; Nous y avons jeté des montagnes ;Nous y avons fait poussée toutes sortes de belles espèces comme un appel à laclairvoyance et un rappel pour tout serviteur repentant. Nous faisons descendredu ciel une eau bénie grâce à laquelle nous faisons croître des jardins ;le grain que l’on moissonne ; les palmiers élancés porteurs de régime bienordonné, pour nourrir nos serviteurs. Nous rendons ainsi la vie à une terremorte. Voilà comment se fera la résurrection ! (Qaf, versets 6-11). Dansle Coran, il est dit aussi : "Quant à la terre : Nous l’avonsétendue, Nous y avons jeté des montagnes, Nous y avons fait croître toute choseavec mesure. Nous y avons placé des aliments pour vous et pour ceux que vous nenourrissez pas. Il n’y a rien dont les trésors ne soient pas auprès deNous ; Nous ne les faisons descendre que d’après une mesure déterminée.Nous envoyons les vents chargés de lourds nuages. Nous faisons descendre duciel une eau dont nous vous abreuvons et que vous n’êtes pas capables deconserver." (Al Hijr, versets 19-22).

Dieu a créé toutes les composantes de l’environnement avec mesureet précision de manière à rendre commode la vie sur terre aussi bien pourl’Homme que pour tous les autres êtres vivants. Le verset suivant résume bience principe : "Nous avons créé toute chose avec mesure." ( LaLune, verset 49).

Ainsi, par la Grâce de Dieu, cette mesure permet à chaque élémentet à chaque composante de l’environnement de remplir avec précision et harmoniela fonction qui lui est dévolue dans ce bas-monde. Tous les éléments del’univers suivent un cycle de vie que le Créateur a voulu précis et rigoureux.Ainsi, la vie évolue selon un cycle périodique qui comprend troisopérations : la reproduction, la mort et la transformation. Quand lesanimaux meurent, leurs corps se décomposent et se dégradent dans la terre, lesvégétaux absorbent les matières nutritives de la terre et les transforment enfeuilles, fruits et graines qui servent de nourriture à l’homme et à tous lesêtres vivants. La vie, la mort et la transformation forment, par la Volonté deDieu un processus qui continue sans jamais s’interrompre(11). Le Très Hautdit : "Il (Dieu) a créé toute chose en fixant son destin d’une façonimmuable" (Al Furqan, verset 2).

En conception islamique, il existe deux grands typesd’environnement : l’environnement naturel et l’environnement humain(construit par l’Homme).

L’environnement naturel :

Par "environnement naturel", on entend tous les phénomèneset tous les éléments naturels, animés ou inanimés, qui entourent l’Homme. Ceséléments que Dieu a créés peuvent être soit des composantes de la surface de laterre comme les montagnes, les plateaux, les plaines, les fleuves, les roches,le sol, soit des différents paramètres climatologiques tels la température, lapression, les vents, les précipitations, soit la faune et la flore terrestreset marines, ou encore les ressources en eau douce et salée. Le fond, la formeet la fonction de cet environnement sont parfaitement conçus par leCréateur : "C’est une œuvre de Dieu qui fait bien toute chose"(Les fourmis, verset 88). Cet environnement a été mis au service de l’Homme quifait office de lieutenant de Dieu sur terre. Dans le Coran, Allah dit :"C’est Lui qui a fait pour vous la terre très soumise. Parcourez donc sesgrandes étendues ; mangez de ce que Dieu vous accorde pour votresubsistance. La Résurrection se fera vers Lui" (Al Mulk, verset 15).

De par leurs dénominations, les éléments de l’environnementdonnent l’impression qu’ils sont indépendants les uns des autres. Mais s’il estvrai que ces éléments se suffisent à eux-mêmes à la faveur d’une dynamiqueintrinsèque, il n’en est pas moins vrai qu’ils s’inscrivent dans un systèmegénéral où ils entrent harmonieusement en interaction selon un ordre régi pardes lois universelles établies par Dieu. C’est cet ensemble de lois que lesécologistes nomment "écosystème"(12).

Pour mesurer la perfection de Dieu autant que celle de la chosecréée, il n’y a qu’à considérer les grands déséquilibres qui surviennent pourpeu qu’un élément de l’écosystème subisse un changement quantitatif ouqualitatif.

Afin d’illustrer cette réalité, le Dr Zineddine Abdelmaksoud nouscite l’exemple suivant : "la composition de l’air, dit-il, reflète laperfection du Créateur. En effet, l’air est constitué d’une centaine d’élémentsdont les deux plus importants représentent 99% de sa masse totale. Ces deuxéléments sont l’azote, gaz inerte qui représente 78,7%, et l’oxygène, gaz actifqui représente, lui, 20,95% de la masse de l’air. La quantité restante (1%) estconstitué d’un grand nombre de gaz tels l’argon (0,94%), le dioxyde de carbone(0,03%), l’hydrogène (0,01%), l’oxyde de carbone, le dioxyde de soufre,l’hélium, l’ozone, le krypton, le néon, le xénon, d’autres encore. Dans legrand taux alloué à l’azote, ce gaz qui allége l’air à hauteur de 78%, il fautvoir l’œuvre parfaite du Créateur. Car si ce taux baisse, il suffit qu’unéclair traverse l’atmosphère terrestre (comme cela arrive parfois) pour quetoute la surface de la terre prenne feu(13).

L’environnement humain ou civilisationnel

Cet environnement est le fait de l’Homme qui, voulant subvenir àses besoins fondamentaux et accessoires, a engendré toutes sortes de phénomènesécologiques. A cet égard, il est utile de rappeler que Dieu n’a pas créél’Homme absurdement. Dieu a fait de l’homme son tenant-lieu sur terre, Il l’adoté d’aptitudes et l’a exhorté, à l’exclusion des autres créatures, à jouirdes biens d’ici-bas. Dieu dit : "Nous avons ennobli les fils d’Adam.Nous les avons portés sur la terre ferme et sur la mer. Nous leur avonsaccordés d’excellentes nourritures. Nous leur avons donnés la préférence surbeaucoup de ceux que Nous avons créés." (Le trajet nocturne, verset 70).

Le Tout Puissant a honoré l’Homme en le dotant de raison et enl’exhortant à l’utiliser à bon escient. Aussi, s’adresse-t-Il à l’être humainsur cette base coranique(14) : "Il donne la sagesse à qui il veut.Celui à qui la sagesse a été donnée bénéficie d’un grand bien. Ceux qui sontdoués d’intelligence sont les seuls à s’en souvenir" (La Vache, verset269).

A l’intérieur de ce grand système, Dieu a assigné à l’Homme lesfonctions qu’il doit accomplir. Citons parmi ces fonctions :

1- La lieutenance (Al istikhlaf) :

Dieu a fait de l’Homme son lieutenant ici-bas et Il a fait de laterre son lieu de séjour et de jouissance provisoire. L’Eternel dit :"vous trouverez sur la terre un lieu de séjour et de jouissanceéphémère" (la Vache, verset 36). Et dans un hadith rapporté par Muslim etAl Nasa’i, le Prophète Mohammad, paix et salut soient sur Lui, dit :"Dans cette vie belle et douce, Dieu a fait de vous ses lieutenants".L’Homme s’est donc vu assigner un rôle dans son environnement car l’idéecentrale de la notion de lieutenance de Dieu est que l’Homme est non paspropriétaire mais responsable de cet environnement, il en est à la foisl’usufruitier et le gardien. A l’image d’un locataire, l’Homme ne peut disposerde son environnement que dans la limite de son contrat de bail. La propriétéabsolue n’existant pas en islam, l’Homme ne peut disposer de ses biens endehors de certaines règles. En effet, la propriété est régie par des normes etdes conditions établies par Dieu. L’être humain doit, entre autres, exploitersa propriété à bon escient, veiller à son développement et à sa protectioncontre tout ce qui peut lui nuire ou la détruire(15).

Et parce que la lieutenance de Dieu sur terre n’est queprovisoire, l’environnement n’appartient pas à une génération humaine àl’exclusion d’une autre. Il constitue le patrimoine que les différentesgénérations se transmettent. Partant, l’Homme, de par sa lieutenance, se doitde conserver son environnement pour le léguer aux générations futures dans unétat sain, c’est-à-dire tel que Dieu l’a conçu. De ce fait, la mauvaiseexploitation et la dilapidation des ressources naturelles par une génération audétriment d’une autre sont des attitudes répréhensibles que l’islam ne manquepas de condamner dans la mesure où elles enfreignent le principe delieutenance.

2- L’adoration de Dieu

Le Très Haut dit : "Je n’ai créé les Djinns et leshommes que pour qu’ils m’adorent" (Al Dhariyat, verset 56). L’adoration deDieu est un acte spirituel et temporel accompli par l’Homme pour assurer sonbien-être ici-bas et dans l’au-delà. Le Musulman qui est conscient del’importance essentielle que revêt l’adoration se fait une obligation d’adopterune attitude saine vis-à-vis de son environnement, une attitude fondée sur unerelation équilibrée qui répond à ses besoins vitaux tout en protégeant sonenvironnement et en garantissant le bien-être humain dans ce bas-monde autantque dans la vie de l’au-delà(16).

Traitement islamique de laquestion de l’environnement :

Pour traiter la question de l’environnement, l’islam propose uneapproche globale qui repose sur la cohabitation pacifique entre l’être humainet son environnement, l’incitation des gens à la préservation de la nature àtravers l’usage rationnel des ressources naturelles et la prévention de toutesorte de gaspillage ou de corruption de l’environnement. Cette approche déploiedes mécanismes permettant à l’environnement de s’auto-protéger et s’inspire dela conception islamique de l’Homme, de l’univers et de la vie. Elle constitue,en outre, une motivation pour le musulman afin de préserver son environnementet le protéger des dangers de la pollution.

Pour cerner la question de l’environnement, l’approche islamiquedéploie trois moyens principaux qui visent la protection contre la pollution,la préservation des êtres vivants et les ressources naturelles. Pour atteindrecette fin, l’approche islamique se déploie sur trois niveaux : le premiera trait à la conscience religieuse de l’Homme, le deuxième légifère sur laprotection de l’environnement, quant au dernier, il consiste en la présentationd’un modèle pratique pour une protection durable de l’environnement et de lavie terrestre. Ces moyens sont les suivants :

1- Le lien entre la religion islamique et la préservation del’environnement :

La question environnementale en général et sa protection contrela pollution en particulier est liée à la religion islamique et fait partie dela foi du Musulman. En effet, l’islam considère la protection del’environnement contre la pollution comme une branche de la foi ; lehadith suivant l’illustre bien : Abu Hurayra rapporte que le Prophète,paix et salut soient sur Lui, a dit : "la foi compte un peu plus desoixante dix ou un peu plus de soixante branches dont la première est de professerqu’il n’y a de Dieu qu’Allah et la dernière est d’écarter le danger de laroute… Et la pudeur est une branche de la foi" (rapporté par Muslim).

Il ne fait pas de doute que la lutte contre les différents typesde pollution et la purification de l’environnement où vit l’être musulman sontdes actes qui correspondent par analogie au fait d’écarter le danger de laroute.

Si les religions sont conçues dans le but d’assurer le bonheurdes gens, on peut dire que vivre dans un environnement sain fait partie de cebonheur. L’islam incite ses fidèles à la propreté parce qu’elle constitue unebranche de la foi et l’islam incite à la protection de l’environnement contrela pollution en vertu de cette foi (17).

Cette propreté est liée à l’ensemble des valeurs religieuses etesthétiques citées par le Coran à travers plusieurs versets. Dans ce cadre, leDr Mohammad Sayed Tantaoui, Cheikh d’Al Azhar, dit : "celui qui aimeles valeurs esthétiques et l’environnement sain trouvera dans la religionislamique un terreau fertile qui aiguise son sens de l’esthétique, de lapropreté et du bon goût. Dieu a parlé de la beauté du ciel dans plusieursversets coraniques. Le Tout Puissant dit par exemple : "Nous avonsembelli le ciel le plus proche de luminaires dont Nous avons fait des projectilespour lapider les démons" (Al Mulk, verset 5). Dieu a attribué une certainebeauté à la terre quand Il dit : "Et la terre ? nous l’avonsétendue comme un tapis, et nous l’avons parfaitement étendue." ( AlDhariyat, verset 48). Il n’est pas jusqu’à la moindre composante de la naturequi ne soit pas dotée de beauté : "Ne considèrent-ils pas, au dessusd’eux, le firmament ? ils voient comment nous l’avons édifié et orné, etqu’il est sans fissures. La terre ! Nous l’avons étendue ; nous yavons jeté des montagnes ; nous y avons fait pousser toutes sortes debelles espèces comme un appel à la clairvoyance et un rappel pour toutserviteur repentant." (Qaf, versets 6-8).

Dieu Tout Puissant a décrit dans de nombreux versets coraniquesla beauté, la perfection et l’organisation rigoureuse de l’univers :"Telle est l’œuvre de Dieu qui a tout façonné à la perfection"(18).

Pour prévenir la pollution de l’environnement , l’islam adéveloppé le principe de purification qui comporte, en plus des besoins depropreté, d’autres paramètres permettant à l’environnement et à toutes sescomposantes de remplir des fonctions précises rendant saine la vie temporelleet spirituelle de l’Homme. En religion musulmane, la purification revêt uneimportance primordiale parce qu’elle est intimement liée à la prière, laquelleconstitue l’un des devoirs religieux fondamentaux de tout Musulman. Dans leSaint Coran, la purification et les thèmes sous-jacents qu’elle développeapparaissent dans 31 occurrences dont plus de la moitié(19) traite de la préventioncontre les impuretés. Dieu dit par exemple : "Dieu aime ceux quireviennent sans cesse vers Lui et Il aime ceux qui se purifient" (LaVache, verset 222) ou encore : "Purifie tes vêtements, fuisl’abomination" (Al Mudhattir, versets 4-5). La place de la purification enislam est importante au point de compter pour la moitié de la foi dans lamesure où elle représente une condition nécessaire à la validité de la prière,pilier de la religion musulmane. Le Prophète dit à ce sujet : "la purificationreprésente la moitié de la foi" (rapporté par Muslim).Moitié, de la foi,la purification est, de ce fait, un principe fondamental qui accompagne l’êtremusulman tout au long de sa vie et occupe une importante place dans son espritet dans son environnement. Partant, la purification est, à tous les niveaux,l’antithèse de la pollution. Si Dieu a créé l’univers et lui a imprimé sabeauté, c’est à l’être humain de faire honneur à cette beauté à travers lapurification de son environnement et la lutte contre la pollution. Le Prophète,paix et salut soient sur lui, a dit : "Dieu est Beau et aime laBeauté" (relaté par Al Tarmidi qui le tient d’Ibn Massaoud)

En islam, la lutte contre la pollution passe d’abord par la lutteindividuelle contre les impuretés du corps ; le Prophète dit à cepropos : "Purifiez-vous car l’islam est une religion pure"(rapporté par Ahmed, Abu Daoud et Al Tarmidi). Sur ce chapitre, les hadiths duprophète font souvent le lien entre la propreté et la foi. "la propreté,dit le Prophète, procède de la foi. La propreté et la foi conduisent auParadis" (rapporté par Al Tabari).Pour inciter à la propreté du corps, lasharia a obligé l’individu à faire les ablutions rituelles avant chaque prière.Dieu dit : "Ô vous qui croyez ! Lorsque vous vous disposez à laprière : lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes ; passez lesmains sur vos têtes et sur vos pieds, jusqu’aux chevilles." (Al Ma’ida,verset 6).La propreté de l’individu musulman est une obligation permanente enislam. Nombreux sont les textes qui abondent dans ce sens. Citons ce hadith quiappelle les Musulmans à s’acquitter d’une série de purificationsrituelles : "les purifications rituelles sont au nombre decinq : "la circoncision, les ablutions, la cure des ongles,l’épilation des aisselles et la taille de la moustache " (rapporté par AbuHurayra).

En islam, la propreté de l’environnement englobe la propreté duvêtement et la bonne présentation : "Ô fils d’Adam ! Portez vosparures en tout lieu de prière." (Al A’araf, verset 31). L’islam incite,en outre, à la propreté du lieu : "Dieu, dit le Prophète, est Bon etaime les bonnes choses, Il est généreux et aime la générosité, Propre et aimela propreté, alors purifiez les lieux où vous vivez et ne faites pas comme lesJuifs" (rapporté par Al Tarmidi). La propreté des lieux concerne leslogis, les marchés, les lieux de rencontre et tous les endroits fréquentés parl’Homme. De même, l’islam exhorte à la propreté de la terre et à sa protectioncontre la pollution car la propreté du lieu est une condition nécessaire àl’accomplissement de la prière.

2- Les dispositions juridico-religieuses sanctionnant l’abuscontre l’environnement.

Dans le cadre de l’approche islamique visant à protégerl’environnement, le volet juridico-religieux constitue le deuxième niveaud’intervention. La doctrine islamique s’est inspiré des textes du Coran et dela Sunna pour établir une série de dispositions qui visent à sauvegarder, àpromouvoir et à exploiter l’environnement de la meilleure façon qui soit. La loiislamique proscrit, par exemple, le gaspillage de l’eau même pendant lesablutions qui précédent la prière. Ainsi, l’islam sensibilise de manière claireet précise à la nécessité de conserver l’eau, cet élément vital de notreenvironnement (20).

C’est là le premier degré d’intervention juridico-religieuse dansle domaine de l’environnement. Ce niveau d’intervention peut être considérécomme une phase préventive qui amène l’individu musulman à s’empêcher degaspiller les ressources naturelles et de les surconsommer. Ce niveau préventifprécède l’étape des sanctions juridico-religieuses dont est passible quiconqueabuse de l’environnement. Les sanctions prises pour protéger l’environnement dela pollution peuvent atteindre un plus haut degré de sévérité qui peut setraduire par l’interdiction, voire la suppression de toutes les matièrespolluantes quand bien même elles émaneraient d’une mosquée (21).

L’appréciation de l’ampleur du préjudice subi à la suite d’unepollution par la fumée dépend de sa source. Les docteurs religieux de l’écolemalékite soutiennent qu’il existe deux catégories de préjudice : lepréjudice permanent et le préjudice temporaire.

Le préjudice permanent se subdivise en deux types :

1- le préjudice résultant de l’activité d’une structure industriellequi s’est installée dans les lieux longtemps avant l’avènement des partieslésées. Les docteurs religieux s’accordent pour donner la priorité à laditestructure industrielle car son installation sur les lieux a devancé celle de lapartie lésée.

2- le préjudice occasionnée par des structures polluantes qui sesont installées sur le tard dans une agglomération et dont l’activité s’estlongtemps poursuivie avant que les habitants ne s’en plaignent.

Deux cas de figures se présentent en l’espèce :

a- Mettre fin à toutes les activités polluantes si la pollutionqui en émane est fortement préjudiciable à la population. Les exemplesd’émanations cités par les docteurs de droit islamique sont les fumées desbains et les fours publics.

b- Maintenir les sources polluantes si la pollution qui en émanen’est que légèrement préjudiciable à la population qui peut, au demeurant, s’yadapter. Les fumées émanant des cuisines en sont un exemple(22).

Le droit islamique a prévu des dispositions pour enrayer lescauses de la pollution. Un jour, on a demandé son avis au juge Ibn Al Kacem(mort en 191 H) sur un homme qui fut empêché par ses voisins de construire unbain maure, un four et un moulin sur un terrain attenant. Le juge a donnéraison aux voisins puisque ces constructions leur seront gravementpréjudiciables. En effet, selon l’école malékite, il faut sauvegarder lasécurité du voisin.

On a également consulté le juge Ibn Al Kacem sur le cas d’unhomme qui voulait construire une forge, un four pour la fusion de l’or et del’argent ou creuser un puits ou un lieu d’aisance, ou construire un moulinadjacent au mur des voisins, le juge a encore une fois donné raison aux voisinsétant donné les dommages que l’entreprise de l’homme peut leur causer (23).

Les docteurs de droit musulman considèrent le bruit comme unesource de pollution qu’il faut conjurer. Pour justifier la position de lasharia vis-à-vis du bruit, ils se sont appuyés sur les deux règlesjuridico-religieuses suivantes : "ni léser ni être lésé" et"la sécurité avant l’intérêt".

Selon les docteurs de droit musulman, le préjudice causé par lebruit est de deux types : un préjudice qu’il faut absolument éviter et unpréjudice que l’on peut supporter. Pour le premier type, citons l’exemplesuivant : les décibels résultant du mouvement des portes qui, parailleurs, mettent en danger la sécurité des bâtiments voisins.

Dans son ouvrage intitulé : Al i’lam bi ahkam al bayane, IbnAl Rami, mort en 179 H, raconte qu’un groupe d’habitants a monté un portail surle mur d’un voisin pour protéger leur quartier. Mais au bout d’un certaintemps, ce voisin n’en pouvait plus d’entendre le bruit de ce portail quis’ouvrait et se fermait sans cesse. Il s’en plaignit au juge qui au cours deson investigation constata que le mur basculait à force d’ouvrir et de fermerle portail. Du coup, la décision rendue fut d’ordonner le démontage du portail.

Le deuxième type de nuisance résulte des bruits qui causent undésagrément sans pour autant provoquer de préjudice. Devant ce genre de nuisance,les avis des docteurs de droit islamique sont mitigés (24). A cet égard, lemuhtasib (fonctionnaire chargé de la police des marchés) faisait en sorte quefussent interdites les causes de la pollution par la poussière, la fumée ou lesmauvaises odeurs (25).

La législation islamique prévoit, en outre, des degrés depénalisations plus élevés envers ceux qui abusent de l’environnement. La fuméedes cigarettes, les émanations d’usines et toutes les autres formes depollution impliquent une pénalisation, en vertu du principe selon lequel"il ne faut ni léser ni être lésé".

Le Dr Nasr Farid Wassil, ancien mufti d’Egypte, a conseilléd’appliquer des sanctions à l’encontre des fumeurs, après avoir affirmé quefumer est illicite en islam. Il a, en outre, appelé à inscrire sur les paquetsde cigarettes la formule suivante : "la cigarette est illicite"au lieu de la formule habituelle : "la cigarette nuit à lasanté"(26). Prévoir des sanctions contre quiconque pollue l’environnementconstitue une priorité dans la mesure où la santé de l’Homme est en jeu.

Les graves préjudices subis par l’Homme à cause de cettepollution justifient pleinement l’application de sanctions qui s’imposent àl’encontre de ceux qui corrompent la nature. Sur ce chapitre, le Coran a mis engarde quiconque porterait atteinte à la faune terrestre : "Ô vous quicroyez ! Ne tuez pas le gibier lorsque vous êtes en état de sacralisation.Celui qui parmi vous en tuerait intentionnellement enverra en offrande à laKa’ba, comme compensation, un animal de son troupeau, équivalant au gibier tué,d’après la décision de deux hommes intègres d’entre vous. Une réparationéquivalente consistera encore à nourrir un pauvre ou à jeûner afin que celuiqui est fautif goûte les conséquences de son acte" (Al Ma’ida, verset 95).

L’aréopage des docteurs de droit musulman établissent une nuanceentre tuer le gibier de façon intentionnelle et le tuer par mégarde. Selon AlZouhari, les dispositions du Coran sont claires envers celui qui tue du gibierintentionnellement, quant aux dispositions de la Sunna, elle s’appliquent àcelui qui le fait par inadvertance. Est dans l’erreur celui qui chasse avecl’intention réfléchie de donner la mort alors qu’on ne peut condamner celui quil’a fait par mégarde.

L’interprétation que donne Ibn Hanifa du verset coraniqueprécédent est la suivante : celui qui tue un gibier alors qu’il est enétat de sacralisation doit réparer son acte par une compensation équivalant augibier tué. Cette réparation consiste à donner en offrande à la Ka’aba une bêtede son cheptel ou à nourrir des pauvres (27).

Rapportée par Said Ibn Mansour, l’interprétation que donne IbnAbbas de ce même verset est la suivante : si quelqu’un tue illicitement dugibier, il est contraint de réparer son forfait en sacrifiant une bêteéquivalente et en donnant sa chair en aumône, s’il n’en possède pas, il doitoffrir de la nourriture avec son équivalent d’argent, s’il n’en a pas, il doitconsacrer un jour de jeune pour chaque demi boisseau. Si, à titre d’exemple, lecontrevenant tue une gazelle ou un gibier similaire, il doit sacrifier unmouton à la Mecque, s’il n’en possède pas, il doit nourrir vingt pauvres, sinonil est tenu de jeûner vingt jours (28).

Le premier tribunal qui statuait sur les problèmes del’environnement fut créé sous le règne du deuxième calife bien guidé Omar IbnAl Khattab. Se référant à Mohammad Ibn Syrine, Abdelmalek Ibn Qarir rapporte lefait suivant : "un jour, un homme se présente devant le calife Omaret lui dit : "Alors que je faisais courir mes deux chevaux encompagnie de mon ami, nous avons tué une gazelle sur le talus de"Thinia" alors que nous étions en état de sacralisation ; qu’enpensez-vous ? Le calife Omar s’adressa à un homme qui était à ses côtés etl’invita à statuer avec lui. L’homme qui a tué la gazelle fut condamné àsacrifier une chèvre. Ce dernier s’en alla en s’indignant : "l’Emirdes croyants ne pouvait rendre son jugement sans l’aide dequelqu’un !". Ayant entendu cette réflexion, le calife Omar lerappela en lui demandant : "Avez-vous l’habitude de lire la sourated’Al Ma’ida ?" "Non", répondit-il. "Et connais-tul’homme qui a rendu le jugement avec moi" demanda le calife"non" répliqua l’homme. Et le calife de rétorquer : "si vousm’aviez répondu par l’affirmative, je vous aurais rossé car, poursuivit-il,dans Son Saint Livre Dieu dit : Celui qui parmi vous en tueraitintentionnellement (du gibier) enverra en offrande à la Ka’ba, commecompensation, un animal de son troupeau équivalant au gibier tué, d’après ladécision de deux hommes intègres d’entre vous" et d’ajouter "l’hommequi a jugé à mes côtés n’est autre que Abdurrahmane Ibn Aouf" (29).

Cette épisode montre de manière on ne peut plus claire quel’islam fut la première religion à avoir institué un tribunal qui statuait surles problèmes de l’environnement, et ses premiers magistrats furent le califeOmar et Abdurrahmane Ibn Aouf que Dieu les bénisse.

3- L’idée des réserves naturelles

L’établissement de réserves naturelles modèles destinées àpréserver la faune et la flore terrestre constitue le troisième moyen quel’approche islamique invite à mettre en œuvre pour préserver l’environnement etle protéger des agressions externes.

Dans les parages de la Mecque, Dieu interdit tout abus contre lanature terrestre : "Le gibier de la mer et la nourriture qui s’ytrouve vous sont permis : c’est une jouissance pour vous et pour lesvoyageurs. Le gibier de la terre vous est interdit aussi longtemps que vousêtes en état de sacralisation" (Al Ma’ida, verset 96). Dans toute l’histoirede l’humanité, l’islam fut le premier à établir des réserves naturelles endéclarant comme telles les régions de la Mecque et de Médine. Pour préserver lavie terrestre de la région mecquoise, l’islam a établi une législation adéquatequ’illustre le verset suivant : "Ô vous qui croyez ! Ne tuez pasle gibier lorsque vous êtes en état de sacralisation. Celui qui parmi vous entuerait intentionnellement enverra à la Ka’ba, comme compensation, un animal deson troupeau, équivalant au gibier tué, d’après la décision de deux hommesintègres d’entre vous. Une réparation équivalente consistera encore à nourrirun pauvre ou à jeûner afin que celui qui est fautif goûte les conséquences deson acte. Dieu pardonne ce qui appartient au passé, mais Dieu tirera vengeancede celui qui récidive. Dieu est puissant, il est le Maître de lavengeance." (Al Ma’ida, verset 95).

Dans un hadith rapporté par Al Boukhari, selon Abu Abbass, leProphète, paix et salut soient sur lui, a dit le jour de la conquête de laMecque : "Dans cette terre sacrée, il est interdit d’arracher lesbroussailles, de couper la végétation, de courir le gibier ou de cueillir desplantes sans raison valable" Sur ce, Abu Abbass dit : "sauf lejonc fleuri car les foyers et les échoppes d’artisans ne sauraient se passer desa fragrance" "Sauf le jonc fleuri" confirma le Prophète.D’ailleurs, il est illicite de courir ou de chasser le gibier interdit oud’abuser de son environnement végétal.

Ces deux réserves naturelles que sont la Mecque et Médines’étendent sur un périmètre bien délimité. Le bornage de la réserve mecquoise aété effectuée sur cinq côtés grâce à des jalons de pierre qu’on a érigés lelong de son périmètre. Elle est limitée au nord par Al Tana’im à 6 kilomètresde la Mecque, au sud par Adah à une distance de 12 kilomètres, à l’est par AlJa’arana, à 16 kilomètres, au nord-est par Wadi Al Nakhlah, à 14 kilomètres età l’ouest par Al Shoumaïs ou Al Houdaybia, à une distance de 15 kilomètes de laMecque.

Quant au périmètre sacrée de Médine, il est délimité par lehadith suivant : "Médine s’étend du mont Abir (près de Miqat)jusqu’au mont Thaour (près de Uhud)". A ce même sujet, Abou Hurayrarapporte le hadith suivant : "le prophète, paix et salut soient surlui, a sacralisé la région de Médine qui se situe entre les deux blocs deroches noires, soit sur une distance de seize miles "La région sacrée deMédine se situe entre un bloc rocheux du côté sud et un autre du côténord ; elle s’étend, en effet, sur une distance de douze miles entre lesmonts Abir et Thour (30).

Ainsi, l’islam fut le premier à avoir établi ce genre de réservesnaturelles comme s’il voulait en faire un modèle pour les autres réserves quivisent la préservation de la nature terrestre.

Conclusion :

La présente étude a abouti aux résultats suivants :

 L’environnement n’en finit pas de subir l’agression del’Homme sous forme de pollution de l’eau, de l’air et du sol sans oublierd’autres formes de nuisances telles le bruit.

 Les agressions que subit l’environnement portent de gravespréjudices à la santé humaine dont les plus sérieux sont le cancer, labronchite et la surdité.

 A cause de la pollution, 80% d’espèces animales etvégétales des régions tempérées sont menacées d’extinction et ladésertification progresse avec une moyenne de 15 millions de faddans par an (1faddan=4200m2).

 L’Homme est le premier responsable de la pollution del’environnement.

Ni les conventions internationales ni les législations localesn’ont pu ni juguler cette pollution ni mettre un terme à l’usage abusif desressources naturelles.

Les deux principales sources de l’islam (le Coran et la Sunna)ont prévenu contre la pollution et la corruption de l’environnement parl’Homme.

L’islam attire l’attention sur l’importance que revêt l’équilibrede l’écosystème et appelle l’Homme à sauvegarder cet équilibre.

En matière de comportement envers l’environnement, le Coran et laSunna prévoient des règles de conduite qui s’organisent autour de troisaxes :

 le premier appelle l’Homme à la modération et àl’équilibre.

le deuxième consiste en la proscription de toutes les formes degaspillage.

 le troisième prévient contre la corruption de la nature.

Pour protéger l’environnement contre la pollution, l’islampropose une approche intégrée qui met en œuvre trois types de moyens :

a- Lier la protection de l’environnement à la foi islamique pure.

b- Intervenir légalement afin de sanctionner toute agressioncontre l’environnement. Le règne du deuxièmecalife Omar connut la fondation dupremier tribunal écologique de l’histoire humaine.

c- Établir des réserves naturelles modèles afin de protéger lesespèces vivantes.

(1) Zineddine Abdelmaksoud, l’environnement et l’Homme : unevision islamique, Koweït, Centre de Recherches scientifiques, sans date, p. 26.(2) Ibid, pp. 27-28.

(3) Ibid, pp.29-31.

(4) AmericanLung Association : Health Effects of Air Pollution, New-York, 1989, p. 23.

(5) Cinciachi : Préservation de la vie sur terre, traduitpar Anwar Abdelwahed, le Caire, AD Dar Al Dawlia, sans date, p.10.

(6) U.SEnvironment Agency, The toxics-release immunity : A National Perspective,Washington D.C, Environment Printing Office, 1989, p. 18.

(7) Ibid, p. 22.

(8) Le quotidien londonien Al Hayat du 1-9-95.

(9) Abdelhakim Abdellatif Al Sa’idi, L’environnement entre penséehumaine et réalité religieuse, le Caire, Addar Al Misriya Allobnaniya, sansdate, p. 103.

(10) Ibid, p. 104.

(11) Mohammad Abdelkader Al Faki, L’environnement : sesproblèmes et sa protection contre la pollution, le Caire, Dar Ibn Sina, sansdate, pp. 20-21.

(12) Zineddine Abdelmaksoud, l’Homme et l’environnement :une vision islamique, Koweït, Centre de Recherches scientifiques, sans date, p.13.

(13) Ibid, p. 14

(14) Ibid, p. 15

(15) Ibid,

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