Contrairement
aux fausses idées qui sont véhiculées depuis un certain nombre d'années, le
voile de la femme en Islam (appelé communément "Hidjâb" ou
"Khimâr" dans le vocabulaire juridique) n'est en aucun cas le
symbole d'une revendication politique ou idéologique, ni une marque de
soumission et d'infériorité quelconque par rapport aux hommes (comme c'était
le cas dans certaines religions) et encore moins un simple vêtement
traditionnel, lié à certaines cultures.
En réalité, le
"Hidjâb" possède une double dimension : en portant le voile, la femme
musulmane fait acte de soumission et d'obéissance envers Allah, mais agit également
pour sa protection morale, en préservant sa pudeur et sa chasteté. Comme on va
le voir par la suite, InchaAllah, une bonne compréhension de ces deux aspects
que l'on retrouve dans le"Hidjâb" permet déjà d'éloigner un certain
nombre d'objections superficielles qui sont très souvent soulevées à son
encontre. Mais d'abord, on essaiera, dans les lignes suivantes, de passer en
revue deux ou trois références du Qour'aane et de la Sounnah qui mettent en
valeur cette double dimension du "Hidjâb".
Allah, dans le
Qour'aane, après avoir ordonné aux hommes de garder le regard baissé, demande
au Prophète Mouhammad (sallâllâhou alayhi wasallam) de s'adresser aux croyantes
en ces termes :
"Et dis aux croyantes de baisser leurs regards,
de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en
paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu'elles ne montrent
leurs atours qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris,
ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de
leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux
esclaves qu'elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux
garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes...."
Quand on lit ce
passage coranique, on se rend compte qu'il ne laisse place à aucune ambiguïté :
C'est Allah Lui-même qui ordonne, par le biais de Son Messager (sallâllâhou
alayhi wa sallam), aux femmes de ne montrer de leurs atours, en présence
d'hommes étrangers, que la partie qui en paraît. Il s'agit là de
la première dimension que l'on avait évoquée :Le respect d'une tenue
vestimentaire bien particulière pour la femme relève de ses devoirs envers
Allah. Mais en même temps, comme on l'a rappelé en introduction, quand on prend
en considération le début du passage coranique, on comprend aussi que cette
prescription divine est liée à la protection de la chasteté et, par extension,
de la dignité de la femme. Prise sous cette perspective, on se rend compte que
le fait de couvrir ces parties du corps déterminées constitue un bienfait
indéniable pour la femme ; c'est justement ce que relève avec beaucoup
d'intelligence et de clairvoyance Fatima Naseef, dans son ouvrage intitulé
"Droits et devoirs de la femme en Islam",lorsqu'elle qualifie
le port du "Hidjâb" comme étant un "droit à la décence".
On retrouve bel et bien la double dimension évoquée. La question qui se pose
maintenant est de savoir quelle est donc cette partie des atours de la femme
qu'il ne lui est pas nécessaire de recouvrir en présence d'étrangers. Pour la
déterminer, il n'y a pas d'autres moyens que de se référer aux explications qui
ont été données par les premiers interlocuteurs de la Révélation, en
l'occurrence les Compagnons (radhia Allâhou anhoum), mais aussi par les savants
et commentateurs musulmans des premiers siècles de l'Islam qui les ont suivis
et qui ont pu étudier en profondeur la science religieuse et prophétique qu'ils
ont laissée en héritage.
A ce sujet,
l'interprétation qui a été retenue par la majorité des commentateurs du
Qour'aane (parmi lesquels Az zamakhchari (Réf :"Al Kacchâf",
Volume 3 / Pages 230-231) , Ibné Kathîr ("TafsirIbné Kathîr"
Volume 3 / Page 283), Al-Râzi ("TafsirKabîr" Volume 23 / Pages
205-206) , Al Qourtoubi ("Tafsiroul Qourtoubi" Volume 12 /
Pages 228-229) , Al Tabri ("Moukhtasarmin Tafsîril Imâm Al
Tabri" Volume 2 / Page 9 et Note N°3) , AlÂloûsi ("Rouhoul
Ma'âni" Volume 18 / Page 140) et Al Djassâs("Ahkâmoul
Qour'aane" Volume 3 / Page 315) est celle qui a été donnée par Ibné
Abbâs (radhia Allâhou anhou). Selon lui, le terme "ce qui en
paraît" désigne les deux mains et le visage. Ce qui signifie
que, d'après ce passage du Qour'aane, ces deux parties du corps sont les
seules que la femme a le droit de garder découvert en présence
d'étrangers. Ce verset exprime donc bien l'obligation du port
du"Hidjâb" (ou "Khimâr"), obligation qui est d'ailleurs
clairement confirmée par la suite du passage qui dit : "qu'elles
rabattent leur voile sur leurs poitrines" . Le mot exact en
arabe qui est employé dans le Qour'aane est "Khimâr".Dans
le vocabulaire arabe, ce terme désigne le voile qui est utilisé pour recouvrir la
tête et les cheveux. (Réf : "AlMoufradâte fi gharîbil
Qour'aane" de Imâm Râghib Asphahâni / Page 159 ;"Basâïr" de Al
Fîrowz Âbâdi - Volume 2 / Pages 571 et 572, entreautres…) En sus de cela,
il y a également unanimité entre les plus illustres commentateurs du Qour'aane
pour désigner le "Khimâr" auquel il est question dans ce passage
comme étant un voile recouvrant d'abord la tête et les cheveux(Réf :
"Tafsîr Kabîr" - "TafsîrQourtoubi" - "Roûh oul
Ma'aniy" - "Al Mouhalla" deIbné Hazm r.a.)
Il est aussi
intéressant de noter la réaction des femmes musulmanes à l'époque du Prophète
Mouhammad (sallâllâhou alayhi wa sallam)lorsque ce verset fut révélé : L'Imâm
Boukhâri r.a. rapporte à ce sujet les propos de Aîcha (radhia Allâhou anha) : "Qu'Allah
fasse miséricorde aux premières femmes émigrées ; dès que le verset
"qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines"
fut révélé,elles découpèrent le drap qu'elles portaient (au
dessus de leurs vêtements)et l'utilisèrent pour se couvrir la tête (ainsi
que leur cou et leur poitrine). "
Le second verset qui
évoque l'obligation de porter le voile est le 59ème de la Sourate 33, dans
lequel Allah dit :
"Ô Prophète !
Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur
elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et
éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux."
Le mot arabe employé
dans ce verset et qui a été traduit par "grands voiles" est "Djalâbîb".
Encore une fois, s'il existe des divergences quand à la nature, la forme et la
taille exacte de ce voile, il y a cependant unanimité entre tous les
commentateurs du Qour'aane sur un point : ce voile en question recouvre
entièrement la tête et les cheveux.
Enfin, la nécessité
de porter le Hidjâb a été explicitement évoquée par le Prophète Mouhammad
(sallâllâhou alayhi wa sallam) dans la célèbre Tradition rapportée par Aboû
Dâoûd : Aïcha (radhia Allâhou anha) raconte qu'une fois, sa sœur, Asma (radhia
Allâhou anha) entra chez le Prophète Mouhammad (sallâllâhou alayhi wa sallam)
avec des vêtements transparents. Le Prophète Mouhammad (sallâllâhou alayhi wa
sallam) se détourna d'elle et dit : "ÔAsma, quand la fille devient
pubère, il ne convient pas de voir d'elle une autre partie que celles-ci (et il
lui indiqua le visage et les mains)."(Hadith Moursal, mais dont
le sens est confirmé par d'autres rapports etnarrations. Voir les écrits de
Cheikh Albâni r.a. dans "Tamâm oulMinnah" et "Hidjâb oul
Mar'atil Mouslimah")
Ces trois références
que nous venons de voir prouvent au moins deux choses :
1- Le port du
"Hidjâb" est bien une prescription divine.
2- Les cheveux de la
femme faisant partie du "awrah",il est donc nécessaire de les couvrir
en présence d'étrangers, au même titre que les autres parties du corps,
exception faite du visage et des mains.
Pour être complet sur
la question, il convient également de passer en revue les deux principales
objections qui reviennent souvent au sujet du "Hidjâb".
1ère Objection :
Le Hidjâb ayant pour
objectif de sauvegarder la pudeur, si une femme a un comportement chaste et
empreint de modestie et de retenue, pourquoi donc devrait-elle le porter ?
Ce genre de question
peut se poser quand on ne se réfère qu'à une des dimensions du
"Hidjâb" qui a été évoquée dans le premier message, en oubliant la
seconde, qui est beaucoup plus importante : Si le port du"Hidjâb" a
effectivement un rôle actif dans la protection de la pudeur, il n'en reste pas
moins qu'il s'agit surtout d'une prescription divine et absolue, dont
l'application de la part de la croyante doit être inconditionnelle. En d'autres
mots, on pourrait dire qu'il y a là deux choses bien distinctes :
La première, c'est le commandement de la part
d'Allah de se couvrir les cheveux, qui font partie du "awrah" de
la femme.
La seconde, c'est le devoir pour celle-ci de
toujours agir pour protéger sa pudeur.
Il est évident que
l'application et le respect de l'une de ces deux choses ne dispense pas de
l'autre… (auquel cas il serait tout à fait légitime d'affirmer que, le
principal objectif des prières obligatoires quotidiennes étant de permettre au
croyant de se souvenir de Dieu, c'est pourquoi, il n'est pas nécessaire à celui
qui reste de façon permanente dans la pensée et le rappel d'Allah de faire la
"Salâh"…. ! ! ! !) Il ne s'agit pas d'oublier l'avertissement
sévère lancé par Allah dans le Qour'aane à l'attention de ceux qui avaient
justement cette fâcheuse habitude de ne pratiquer que de façon partielle les
commandements qui leur était révélés:
"Croyez-vous donc en une partie du Livre et rejetez-vous le reste ? Ceux
d'entre vous qui agissent de la sorte ne méritent que l'ignominie dans cette
vie, et au Jour de la Résurrection ils seront refoulés au plus dur châtiment,
et Allah n'est pas inattentif à ce que vous faites." (Sourate 2 / Verset 85)
Il faut cependant se
garder de tomber dans l'autre extrême, qui consisterait pour une femme à porter
uniquement le "Hidjâb", sans adopter le comportement et l'état
d'esprit enseignés par l'Islam qui doivent obligatoirement l'accompagner et
qu'il est censé exprimer et manifester.
Autre objection que
l'on entend souvent :
Ce qui importe aux
yeux d'Allah, c'est la pureté et la sincérité du cœur. L'apparence physique ou
la tenue vestimentaire Lui importe peu. Ce n'est pas parce qu'une femme ne
portera le voile que cela portera atteinte à la Majesté d'Allah…
Il n'y a aucun doute
sur le fait que si quelqu'un ne porte pas le"Hidjâb", ou ne respecte
pas n'importe quelle autre obligation religieuse, il ne cause aucun tort à
Allah et ne porte en aucune façon qui soit atteinte à Sa Majesté. A vrai dire,
par sa conduite, c'est à sa propre personne qu'il cause préjudice : C'est en
effet lui et lui seul qui aura à rendre compte devant Son Créateur de ses faits
et gestes. En sus de cela, ce que l'on se doit de ne jamais oublier, c'est que
pour nous autres musulmans et musulmanes, il n'existe pas de distinction entre
la foi et la vie quotidienne. Le Qour'aane est on ne peut plus clair à ce sujet
quand il lie, dans un très grand nombre de versets, la réussite éternelle aussi
bien à la foi("Îmâne") qu'aux bonnes pratiques
("ÂmâlSwâliha"). L'argument qui tend à faire croire que seule la
condition du cœur compte aux yeux d'Allah, et pas la soumission extérieure à
Ses Commandements ne tient donc pas face à une analyse quelque peu approfondie.
En effet, l'Islam se caractérise par le fait qu'il représente un véritable mode
de vie : La pratique du musulman ne se limite pas à l'observation des seules
pratiques rituelles, telles que la prière, le jeûne, l'aumône etc.. En
fait,tous les aspects de son existence que ce soit au niveau de sa conduite
(dans ses relations avec autrui, dans son comportement au sein de la société,
dans ses transactions etc..), mais également sa façon de satisfaire ses besoins
essentiels et fondamentaux (manger, boire, se vêtir etc…) sont concernés parles
principes inspirés des sources fondamentales de l'Islam : Le Coran et la
Sounnah (pratique du Prophète Mouhammad (sallâllâhou alayhi wa sallam)). C'est
en quelque sorte le message qui est proclamé dans ce passage du Qour'aane :
"Dis : "En
vérité, ma Salat, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort appartiennent à
Allah, Seigneur de l'Univers.
A Lui nul associé ! Et voilà ce qu'il m'a été ordonné, et je suis le premier à
me soumettre."
(Sourate 6 / Versets 162 et 163)
En d'autres mots, la
foi du musulman, qui se loge au fond de son cœur, se doit de rayonner sur toute
sa personne et de lui dicter sa conduite, que ce soit en matière de culte, de
relations sociales, ou de n'importe quel autre aspect de la vie. C'est
pourquoi, pour un musulman, il ne peut être concevable de minimiser n'importe
quelle obligation divine (quelque soit le domaine auquel elle se rattache) ;
auquel cas, cela reviendrait pour lui à s'octroyer le droit de "faire le
tri" entre les prescriptions d'Allah et de déterminer lesquelles peuvent
être abandonnées, car sans importance… Son titre de "musulman" ou
"musulmane" (littéralement, soumis(e)) perdrait alors tout son sens…