Les arabes ont-ils inventé l'université ? » Paix et Amour entre les peuples

 Les arabes ont-ils inventé l'université ?

30/8/2007

LES ARABES ONT-ILS INVENTE LUNIVERSITE  ?


La civilisation arabe est à l
origine de deux au moins des grandes institutions modernes : lhôpital et l'observatoire. Il est fort probable quon lui en doit aussi une troisième: lUniversité.
Telle est du moins la thèse qu
exposent ici deux enseignants de luniversité de Leeds (Grande-Bretagne) : MM. R.Y. Ebied (études sémites) et M.J.L. Young(études arabes).
Le Moyen Age a légué au monde moderne trois institutions très importantes : l
hôpital, lobservatoire et luniversité. Nous savons depuis longtemps que les deux premières proviennent de la civilisation arabe.
Quoiqu
un bon nombre dinstruments astronomiques aient été inventés par les Grecs, cest sous les auspices des califes ou successeurs du prophète arabe Muhammad que lobservatoire devint une institution permanente. Selon les documents parvenus jusquà nous, le premier observatoire permanent fut celui quétablit le calife Mamum (813/832 apr. J.-C.) à Bagdad, sa capitale, aux environs de lannée 830.
La contribution la plus importante des Arabes à la médecine est l
établissement et lentretien de nombreux hôpitaux. Sils nont pas inventé lhôpital comme institution, ils ont apporté tant de soins à lorganisation, au financement et à lentretien des hôpitaux que beaucoup de leurs idées sont encore visibles dans les hôpitaux daujourdhui.

On peut également démontrer indirectement que la troisième institution médiévale, l
université, doit en grande partie son existence à la civilisation Islamique.
Parmi les auteurs de manuels scientifiques, médicaux et philosophiques, des savants musulmans, comme Avicenne, Averroès, Albategnius, Avempace, Avenzoar,Albucasis, Arzachel et Alpetraguis, occupent le premier plan.
Il y a une grande probabilité que les universités européennes aient utilisé ces manuels, en dépit de l
hostilité entre lislam et le monde chrétien.
Mais des preuves de plus en plus nombreuses indiquent que c
est dans lislam médiéval que nous devons chercher lorigine de luniversité elle-même. Les plus grands centres intellectuels musulmans fonctionnaient depuis bien plus dun siècle quand les premières universités furent fondées en Europe. Le collège-mosquée dAl-Qarawiyyin à Fez (Maroc) fut établi en 859, celui de Cordoba au début du dixième siècle, le collège-mosquée dAl-Azhar au Caire en972 et la Maison de la sagesse dans la même ville au onzième siècle. En Europe, les premiers centres déducation supérieure apparurent beaucoup plus tard. Les universités de Bologne, de Paris et de Montpellier nexistaient sûrement pas avant le douzième siècle.
Lorsque ces universités apparurent en Europe chrétienne, elles possédaient bien des traits communs avec leurs équivalents islamiques. Les étudiants étaient pour la plupart organisés par « nations» - C
est-à-dire quils étaient groupés pour leur logement selon leurs lieux dorigine. A luniversité dAl-Azhar au Caire, il existait des logements distincts pour les étudiants du Maroc, de Haute Egypte, dIrak... A luniversité de Paris, les corps détudiants comprenaient la nation anglaise, la nation flamande, et bien dautres. Il reste des traces de cette organisation géographique des étudiants dans quelques-uns des collèges dOxford, comme ceux de Lincoln, de Worcester et de Hereford.
Un autre trait de ressemblance se trouvait dans le fait que les professeurs universitaires se mettaient en tenue particulière, la toge, pour les cours et les cérémonies officielles. La coutume de mettre des vêtements larges ressemblant à ceux qu
on mettait en Europe chrétienne existait depuis le début dans les centres intellectuels de lislam.
La terminologie en usage dans les premières institutions intellectuelles de l
Europe chrétienne montre elle aussi une analogie avec celle de lislam le premier terme européen pour indiquer luniversité - studium generale – semble être une traduction du terme académique arabe "majlis  amm" signifiant «assemblée générale pour suivre des études ».
Le «permis d
enseigner» Autre point commun : la coutume largement répandue doffrir une instruction gratuite aux étudiants. De même, la tradition de létudiant itinérant était connue dans les pays islamiques longtemps avant de se révéler comme caractéristique de la vie scolaire dans les pays chrétiens.
Les étudiants musulmans ne s
attendaient pas quun seul professeur sache tout sur une matière, et la coutume de voyager dun centre détudes à un autre sétait installée dans la vie scolaire de ces étudiants. Ces migrations continuelles sont peut-être à lorigine dun des traits les plus caractéristiques de léducation islamique: la « ijazah » ou "permis denseigner".
La « ijazah » était le diplôme délivré par un professeur à son étudiant au terme d
un programme détudes et donnant à lélève le droit denseigner les matières quil avait étudiées. Ces permis existaient déjà au neuvième siècle. Pour les étudiants voyageant dun centre académique à un autre à la recherche dune plus grande instruction, ces « permis denseigner » avaient la valeur dun passeport et dun certificat de compétence dans des matières particulières. Il est Intéressant de noter que le terme « licence », qui sert aujourdhui à désigner un degré universitaire, provient du latin « licentia docendi » - permis denseigner - terme quon donnait dès le début au diplôme conféré aux étudiants dans les universités chrétiennes.
Dans les universités islamiques du Moyen Age, les professeurs étaient plus libres dans leur enseignement que dans les premières universités chrétiennes. Il n
est donc pas étonnant que chaque professeur ait eu le droit de conférer ses « permis denseigner », alors quen Europe ce droit était réservé au recteur. Mis à part cette différence, la « ijazah » et la «licentia docendi »étaient des instruments identiques de la vie universitaire. Ces ressemblances entre les pratiques universitaires de lislam et celles du monde chrétien sexpliquent par le rôle joué pas lEspagne dans létablissement de contacts entre lun et lautre.
L
Espagne Islamique était un des grands centres académiques du Moyen Age, et, après la prise de Tolède par les chrétiens (1085), ce pays devint la voie principale par laquelle les fruits de la science islamique passaient à lEurope chrétienne. A Tolède, larchevêque Raymond (mort en 1251) fonda une école pour traduire les oeuvres arabes en latin et les mettre ainsi à la disposition du monde savant chrétien. Les trésors de la littérature philosophique, scientifique et médicale arabe furent traduits en latin à lusage des professeurs et des étudiants chrétiens. Il ne serait donc point surprenant quavec les livres, les étudiants chrétiens aient ramené de lEspagne des idées sur lorganisation des universités.

Le baccalauréat

Une des personnalités éminentes dans le domaine des études orientales en Angleterre, le regretté professeur Alfred Guillaume, affirmait dans la première édition de The Legacy of Islam (Oxford1931) que lon aurait la preuve dune liaison entre les universités islamiques et celles de lOuest, si lon trouvait une explication satisfaisante du terme médiéval «baccalareus» ou « baccalaureus » - dont dérive le terme français «baccalauréat». Le professeur Guillaume fit remarquer que lexplication qui fait dériver ce terme du latin «vassa» (une vache) ne peut être prise au sérieux. Il suggère que « baccalaureus » pourrait bien être une défectueuse transposition en latin dune expression arabe comme par exemple « bihaqq al-riwaya »signifiant le droit de transmettre une science.
En effet, bien des termes arabes sont passés, déformés, dans le latin du Moyen Age, et dans les autres langues européennes, dans lesquelles ils sont encore en usage aujourd
hui.
Parmi ces termes on trouve des mots familiers comme « chèque » (de l
arabe «sakk », « tarif » (taref), et « amiral » (amir albahir) et bien dautres. GuiIlaume na jamais trouvé lexpression, «bihaqq al-riwaya » dans aucun document arabe, et létymologie quil en propose ne peut-être considérée que comme une conjecture très intéressante. Mais les dernières recherches des écrivains de nos jours dans les différents exemples de « ijazah » médiéval ont démontré non seulement quune expression très similaire à celle que suggéra Guillaume était en usage dans des documents arabes de même type, mais aussi que cette expression était employée exactement dans le sens voulu pour son étymologie proposée. La première «ijazah» (conservée dans un manuscrit de luniversité de Cambridge), dans laquelle on trouve lexpression « bihaqq al-riwaya », date de lannée 1147; or, on ne trouve pas le terme « baccalaureus » en Europe, employé dans le sens « licencié », avant 1231, année où le système des degrés universitaires fut établi par la bulle « Parens scientiarum » du pape Grégoire IX. Il paraît donc probable que le terme bachelier est dérivé de lexpression en usage dans les diplômes de luniversité islamique.

R.-Y.EBIED et M.-J.-L. YOUNG. (Le monde de léducation)

ECOLES MUSULMANES ET UNIVERSITES EUROPEENNES

Jai lu avec intérêt larticle paru dans le Monde de léducation de septembre sous le litre : « Les Arabes ont-ils inventé lUniversité ? » Cet article qui présente sans préjugé un aspect de la culture arabe musulmane sinsère dans la tradition dun groupe de chercheurs occidentaux qui existent depuis le dix neuvième siècle, et dont le nombre ne cesse de croître. (...) A ce sujet , excusez-moi de me référer à une étude que ai publiée en Angleterre en 1957, et où jai souligné quau Moyen Age les grandes écoles musulmanes et les Universités fondées en Europe à cette époque différaient sur les points suivants
1. Pour la création des Universités musulmanes, il n
était nécessaire dobtenir ni lautorisation de gouvernement ni celle dune autorité religieuse supérieure.
2. Les disciplines enseignées dans les Universités musulmanes étaient beaucoup plus variées.
3. Quoique l
enseignement coranique fût prépondérant, les Universités musulmanes nétablissaient pas une hiérarchie officielle entre les disciplines enseignées (1).

A. R. KINANY, Directeur du Bureau de l
Organisation de la ligue islamique mondiale à Paris.
(1)The Year Book of Education, 1957, Evans Brother», Londres. Extrait du Monde de lEducation n° 23.

Extrait du site : http://www.islam-fraternet.com   

 

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