Dialogue des civilisations : causes de l'incompréhension » Paix et Amour entre les peuples

 Dialogue des civilisations : causes de l'incompréhension

24/7/2009

Dialogue des civilisations : causes de l'incompréhension

Des causes d'incompréhension de l'islam aujourd'hui

Ce que les musulmans peuvent apporter à l'Occident aujourd'hui

Pour un dialogue fructueux entre Islam et Occident

Par Anas Ahmed Lala


Les civilisations occidentale et musulmane pourraient aujourd'hui apporter l'une à l'autre leurs compétences pour une meilleure coexistence, plus riche et plus humaine. Un problème subsiste cependant qui est celui de l'incompréhension: un certain malaise persiste parfois envers l'islam. Nous vous proposons de passer en revue ci-après les différents éléments qui nous paraissent être les fondements de cette incompréhension. Ces éléments, nous les citons non pas pour confirmer les causes de l'incompréhension et dire que l'on se trouve bien dans une logique de "face à face", mais au contraire pour qu'on parvienne à les cerner et alors à les dépasser pour parvenir à réaliser une meilleure coexistence harmonieuse.

 

1. Modernité réalisée, en Occident, contre l'ordre religieux :cause de méfiance vis-à-vis du religieux : 

L'histoire de l'Europe occidentale reste marquée par son rapport au religieux. Les abus du clergé de la religion dominante en Europe, ses condamnations de découvertes scientifiques, font que la modernité n'a pu se réaliser en Europe que par la séparation d'avec le religieux, restreint à la vie privée, et devenu facultatif et secondaire dans la vie de l'homme. Or les musulmans, eux, se réfèrent sans cesse à Dieu et à Sa Parole.

Première cause d'incompréhension. Incompréhension qu'il est cependant possible de dépasser en expliquant clairement la position de l'islam sur les découvertes scientifiques, la modernité, la raison, la prise en compte du contexte, etc.

2. Grille de lecture fondée sur des concepts du christianisme, voire du catholicisme : cause de nombreux malentendus aujourd'hui : 

"Du fait de l'association longue et presque exclusive de l'Europe avec le christianisme, même l'Européen agnostique a appris inconsciemment à regarder tout phénomène religieux à travers l'optique des concepts chrétiens" (Le chemin de la Mecque).

Cette phrase, écrite par un Européen, Leopold Weiss (d'origine autrichienne, converti à l'islam en 1920 et ayant pris ensuite le nom de Muhammad Assad),explique de façon très satisfaisante le pourquoi de certains malentendus qui, sous une forme ou sous une autre, reviennent souvent à propos de l'islam.
Ainsi se comprend le pourquoi des questionnements adressés régulièrement aux musulmans quant à la nature de leur clergé, et de l'incompréhension qui s'ensuit face à l'absence de pareille institution en Islam. Lire mon article : Il n'y a pas de clergé en islam.
Ainsi encore se comprend la perception du voile que portent les musulmanes, vu comme "une marque de sujétion de la femme à l'homme" (ce qui est en fait ce que Paul dit du voile féminin : cf. Epitre aux Corinthiens), alors qu'en islam ce n'est qu'un vêtement destiné à dissimuler les attraits corporels de la femme des regards de ceux qui ne sont ni son mari ni ses proches parents.

3. Vieilles images : fonds d'incompréhension et de peur : 


De vieilles images fondées sur l'incompréhension subsistent dans les esprits de nombreux habitants du Vieux Continent à propos de l'islam :
- "Allah" n'est pas "Dieu" le Créateur" mais une divinité arabe, particulière aux musulmans ;
- "Le Coran est un plagiat de la Bible" ;
-  "Le jihad c'est la guerre sainte" ;
-  "L'islam s'est propagé par l'épée" ;
-  "La femme musulmane n'a aucun droit sinon celui d'être voilée et enfermée"

Tels sont quelques-uns des clichés enracinés dans les esprits, et à propos desquels nous musulmans avons à expliquer, encore expliquer, toujours expliquer.

Ces images remontent à plus loin, beaucoup plus loin qu'on ne le croit dans l'imaginaire collectif. Roger Du Pasquier écrit en substance :

"L'Occident garde sur l'islam des opinions non seulement simplistes, mais parfois aberrantes et sans rapport avec ses réalités. On dirait qu'une vieille incompréhension trouble l'objectivité d'un certain nombre d'Européens dès qu'il est question du monde arabo-islamique..."(Préface au Chemin de La Mecque).

Leopold Weiss a émis à ce sujet une idée qui fait appel à la notion, bien connue en psychologie, d'inconscient collectif. Un chercheur irlandais du nomde Erskine Childers est parvenu à la même conclusion : ces images remontent à très loin dans l'inconscient collectif.

4. Chute de l'empire soviétique : cause d'une sorte de "face à face" aujourd'hui :

"Les démocraties occidentales, orphelines de l'ennemi communiste, ne résistent pas à la tentative de voir en l'islam un nouvel empire du mal"
.

L'auteur de ces lignes est une journaliste du magazine L'événement du jeudi (juin 1996, p. 17). Ceci parce que, à en croire Jean-Christophe Rufin, le système est tel qu'il fonctionne en se désignant à tous prix un ennemi extérieur (La dictature libérale, Jean Christophe Rufin). Privé de l'ennemi communiste, il a donc besoin de se désigner une nouvelle menace.

 

5. Actualité dans certains pays majoritairement musulmans : cause d'une plus grande méfiance :

L'actualité de certains pays majoritairement musulmans, où règnent parfois un absolutisme et un mépris des droits du peuple, est perçue comme "une preuve de ce que l'on pensait déjà". Au lieu de comprendre que cet absolutisme est basé sur le goût du pouvoir de certains, et est opposé aux enseignements de l'islam, on pense au contraire en Occident qu'il est "la conséquence de l'islam". Il est pourtant très facile de comprendre que, comme des femmes et des hommes menèrent en France une longue lutte contre l'absolutisme pour pouvoir lentement réaliser un système démocratique, des musulmanes et des musulmans protestent aujourd'hui, au nom même des principes de l'islam, contre l'absolutisme dans les pays majoritairement musulmans. Malheureusement, on pense au contraire en Occident que "ces musulmanes et musulmans sont de dangereux agitateurs intégristes qui veulent conquérir le pouvoir. Il faut donc soutenir les pouvoirs en place, fussent-ils des dictatures..."

Conclusion : des éléments à connaître pour mieux les dépasser: 

Les éléments évoqués ci-dessus sont des faits qu'il faut connaître non pour se dire qu'on est bien dans une logique de face à face, voire d'affrontement, mais au contraire pour les dépasser, en tentant d'utiliser la meilleure communication possible. Afin d'éviter un clash of civilizations.

Ce que les musulmans peuvent apporter à l'Occident aujourd'hui :

De ce que l'Islam a apporté au monde dans le passé, les chercheurs (qui ne furent pas toujours des musulmans) ont beaucoup parlé, écrit et disserté. Il faut continuer à le faire. Aujourd'hui cependant, s'il est nécessaire de se souvenir que Le soleil d'Allah brille sur l'Occident (Sigrid Hunke,Albin Michel), il faut également montrer que ce soleil est une fois de plus en mesure d'éclairer le monde contemporain et qu'il est capable de réchauffer encore et toujours les âmes angoissées. C'est dans ce sens que nous abordons ci-dessous certains points, que les musulmans peuvent apporter à l'Occident aujourd'hui.

1. Des limites et des repères solides, applicables par effort de raisonnement

Alors que l'Occident se questionne lui-même aujourd'hui sur les limites éthiques que posent aujourd'hui les possibilités scientifiques et technologiques, les musulmans peuvent lui apporter leur contribution par le biais de ce que l'islam a offert dans ce domaine : des principes fermes mais pas écrasants, solides mais suffisamment souples pour être applicables par le biais de l'effort de raisonnement (ijtihâd).

2. Une conception positive mais équilibrée de l'homme et de sa vie sur terre : 

L'islam considère l'homme, en soi, comme un gérant de la terre, y ayant été nommé par Dieu. L'homme ne porte pas de péché originel mais naît au contraire innocent et apte à apprendre, à comprendre le monde qui l'entoure. Ce monde est fait pour que l'homme en tire profit et puisse mener une vie de bonheur et de sérénité. Pour cela cependant, il lui faut réaliser un équilibre dans sa vie. Cela lui est possible par la divinisation de Dieu seul, divinisation qui relativise son attachement aux choses du monde en même temps qu'elle lui montre l'objet de son adoration et de sa spiritualité.

3. La dignité de l'homme et de la femme : 

De par cette conception même de la vie et du rôle sur terre que l'islam offre à l'homme et à la femme, il est impossible de les considérer comme des homoeconomicus  ou des machines à produire et à consommer. Impossible également de voir en eux et avant tout des corps à exposer le plus possible. Impossible de ne pas tenir compte de leur nature dans sa globalité.

4. L'unité du genre humain : 

L'islam offre au monde le concept de l'unité du genre humain, issu d'un seul et premier couple. Aucun humain, aucune famille humaine ni aucune ethnie humaine ne peuvent prétendre en tant que tels à une supériorité de théorie ou de fait sur le reste du genre humain. Le concept de nationalité est pris en compte en islam, qui y voit l'expression de particularités secondaires, culturelles, des différents groupements humains. Mais pas celui de nationalisme, porteur de violence et responsable de guerres effroyablement sanglantes : 50 millions de morts pour le conflit le plus meurtrier que l'humanité ait connu. Dans le Coran, Dieu dit aux hommes :

 "O les hommes, Nous vous avons créé à partir d'un homme et d'une femme. Et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez. Le plus noble d'entrevous auprès de Dieu est le plus pieux. Dieu est savant, informé."(Coran 49/13)

5. Une conception de Dieu non humanisé, ni distant et éloigné : 

Dieu tel que le présentent les sources de l'islam n'est pas humanisé : Dieu est Dieu, les hommes sont les hommes. Pour l'islam, Dieu n'a donc pas créé les hommes à son image, pas plus que les hommes ne peuvent le représenter sous les traits d'un vieillard à barbe blanche. Dieu est au-dessus de tout ce que les hommes peuvent imaginer.
En même temps, cependant, Dieu n'est pas lointain et distant au point qu'il faudrait une institution humaine pour servir d'intermédiaire entre Lui et celui qui veut Lui parler. Au contraire, Dieu est proche de l'être humain.

 

"Et lorsque mes serviteurs te questionnent (ô Muhammad) à mon sujet, (réponds-leur que) Je suis proche. Je réponds à l'appel de celui qui appelle lorsqu'il m'appelle" (Coran 2/186).

En islam, le lien avec Dieu se fait directement pour chacun, et non par l'intermédiaire d'un homme ou d'un groupe d'hommes.  Il n'y a pas de clergé en islam

Pour un dialogue fructueux entre Islam et Occident

On entend de nombreuses voix occidentales appeler à l'instauration d'un dialogue entre les différentes civilisations, et notamment entre l'Occident et l'Islam.

Or on peut se demander s'il s'agit réellement d'une volonté d'instaurer le dialogue ou bien plutôt d'un beau mot. En effet, est-on prêt, en Occident, à accepter que, par rapport à son modèle, la civilisation musulmane garde des différences ?

·  Si la réponse est "non", alors il faut reconnaître que le dialogue est impossible.

·  Si par contre la réponse est "oui", alors il faut comprendre que cela englobe les quatre points suivants :

1) d'abord la conviction que la terre est un village planétaire où les décisions mises en place en un lieu ont des retombées universelles ;

2) puis le sentiment réel et non pas feint d'appartenir à un même genre la famille humaine
 au-delà de nos différences de religion, de couleur de peau et d'yeux, de langue et de civilisation ;

3) ensuite la reconnaissance du fait qu'il existe une différence entre "modernisation" et "occidentalisation", et que le modèle occidental n'est pas le seul modèle qui puisse offrir aux hommes des droits et une vie dans la justice, la liberté et le bonheur.

4) la compréhension du fait que tout ce qui ne se fait pas comme l'Occident ne se fait pas contre lui : les populations majoritairement musulmanes ne veulent pas un modèle qui soit en réaction contre l'Occident, elles veulent être fidèles à leurs sources (al-assâlah) et y puiser les principes qu'elles appliqueront en tenant compte de la contemporanéité (al-mu'âssarah). La différence est de taille !

Ces points se doivent d'être aujourd'hui appliqués autrement que sur les pages des discours officiels. Autrement, tous les slogans de "coexistence pacifique des civilisations" risquent bien n'être jamais plus que de belles paroles et de beaux textes, et tous les échanges de vues n'être rien de plus qu'un dialogue de sourds, puisque dans les faits il n'y aura pas la reconnaissance du droit des cultures non-occidentales à exister sur terre, à établir les objectifs qui leur sont propres et à choisir, parmi tous les moyens modernes permettant d'atteindre ces objectifs, ceux qui sont conformes à leur éthique... Et alors la réalité du terrain continuera à engendrer une haine aussi grande que ses effets seront dévastateurs. Il ne nous restera plus, ensuite, que les larmes et le sang quand les préjugés, les malentendus et la haine engendreront les pires scénarios à l'échelle planétaire.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Extrait du site : http://www.maison-islam.com  

 

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