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 Ces occidentaux qui embrassent l'Islam

17/7/2009

Ces Occidentaux qui embrassent l’Islam

Chaque année, des milliers d’Occidentaux adoptent par conviction la religion islamique. Parmi eux, certains résident au Maroc. Qu’est-ce qui motive les nouveaux convertis?

Fabrice, jeune ingénieur industriel français de 28 ans, a choisi de suivre sa dulcinée, Abla, 26 ans, cadre dans l’agroalimentaire, quand celle-ci a obtenu sa mutation de Strasbourg à Casablanca, où elle a été nommée chef de zone. Dans son pays natal, Abla, sans être issue d’une famille particulièrement conservatrice, a tenu à célébrer ses noces à la marocaine. Et, plus tard, à élever ses enfants comme elle l’a été. Fabrice, Alsacien de souche, a bien été baptisé à l’église et suivi des cours de catéchisme dans son enfance, mais ni lui ni sa famille ne sont vraiment des catholiques pratiquants. Le jeune Français ne voulait pas d’une adhésion à l’Islam purement formelle. Avant la cérémonie de mariage au Maroc, il s’est rendu chez un Fqih en compagnie de son beau-père et de l’oncle de Abla comme témoins, pour prononcer sa profession de foi, la chahada («j’atteste qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et que Mohammed est son messager»). Son certificat de nouveau musulman en main, document utile pour un éventuel futur pèlerinage à la Mecque, Fabrice a tenu aussi à se faire circoncire, bien que, fortement recommandée, cette pratique ne soit pas obligatoire pour les convertis. Il a aussi changé de prénom, devenant Farid. Mais, conformément aux préceptes de l’Islam, il a conservé son nom de famille, celui de son père biologique. Deux ans après son mariage, Fabrice jeûne pendant le mois de ramadan et commémore avec sa belle-famille les fêtes religieuses musulmanes. «A aucun moment je n’ai senti une quelconque violence dans cette conversion. J’apprécie ma nouvelle religion, que je trouve très pragmatique, tolérante, souple et humaine. L’Islam m’apporte de la sérénité et un équilibre spirituel dans ma vie quotidienne. Et puis, il m’a appris à mieux connaître les us et les coutumes de ce pays car l’Islam est, avant tout, je pense, une philosophie de vie personnelle et sociale, plus qu’une simple communauté ethnique», confie Fabrice.


La plupart des nouveaux convertis à l’Islam vivent leur religion
de manière tranquille.


Fabrice fait partie des 60.000 convertis français à l’Islam, sur une communauté musulmane de près de 5 millions de personnes dans tout l’Hexagone. Au Maroc, il n’existe pas de statistiques à ce sujet. Ceci dit, dans la plupart des cas, le changement de foi se fait dans le cadre de mariages mixtes avec des Marocaines, condition sine qua non exigée des non-musulmans désirant épouser une Marocaine musulmane. Néanmoins, contrairement à Fabrice, nombre de conjoints occidentaux se convertissent juste pour la loi et question aussi «d’avoir la paix» dans une société qui n’admet pas facilement que ses filles se lient à des «nasaras» (chrétiens). D’autres nouveaux adhérents à la religion de Mohammad le font en revanche avec conviction, pour des motivations spirituelles. Ce sont généralement des gens issus d’une certaine bourgeoisie socio-intellectuelle, voire de la haute société occidentale, chrétienne pratiquante, mollement anti-cléricale ou franchement athée. En quête de sens à leur vie sur Terre et dans l’Au-delà, ils trouvent dans l’Islam certaines réponses à leurs interrogations et se convertissent généralement après avoir longuement côtoyé des musulmans. René et son épouse Marie, un couple de septuagénaires américains résidant à Marrakech depuis leur retraite, ont ainsi adopté l’Islam voilà deux années «pour vivre leur marocanité jusqu’au bout».
Les convertis ont tous des histoires différentes mais, généralement, ce qui les attire vers l’Islam, au-delà de l’appartenance à une même Umma, ce sont les préceptes universels et intemporels et les règles de vie individuelles et communautaire, claires et élémentaires, proposés par la religion musulmane au quotidien. Une religion basée par ailleurs sur un système de croyance simple (un seul Créateur, pas d’intermédiaire) et où l’intérêt collectif prime sur celui de l’individu.
Certains parmi les nouveaux convertis se laissent séduire pour leur part par la branche mystique de l’Islam, le soufisme. Tous les ans, des centaines de nouveaux convertis viennent ainsi grossir les rangs des quelque 60.000 adeptes de la tariqa Kadiria Boutchichia en pèlerinage à Madagh, bourgade à une dizaine de kilomètres de Berkane. Jaïme, un trentenaire espagnol soufi, directeur financier d’une unité textile au quartier Moulay Rachid, à Casablanca, est encore bouleversé par sa récente bénédiction des mains du maître spirituel octogénaire de la confrérie au Maroc, Cheikh Hamza, au lendemain de Aïd El Mawlid.
Si le soufisme «recrute», pour ainsi dire, ses Occidentaux convertis parmi les plus érudits (et, partant, nantis) et autres chercheurs d’extase ésotérique des contrées froides, il en va tout autrement de l’islamisme radical. Ceux parmi les convertis qui succombent aux sirènes de l’intégrisme répondent à un profil plus ou moins similaire: famille éclatée ou en difficulté, milieu social modeste, chômage ou précarité socio-professionnelle, désarroi affectif, crise identitaire, etc. Les Occidentaux de souche enrôlés dans les milieux terroristes sont majoritairement issus de banlieues urbaines défavorisées, où ils ont grandi aux côtés de jeunes musulmans en proie aux mêmes problèmes de discrimination et d’insertion sociale. Ils s’identifient ainsi à l’Islam de leurs potes de quartier comme une religion d’opprimés, de révoltés contre «l’arrogance impérialiste». De la même façon qu’ils auraient, voilà trente ans, rejoint des camarades marxistes-léninistes. C’est aussi pour eux une manière de couper les ponts avec un passé douloureux pour mieux se jeter dans les bras rassurants et protecteurs de leur nouvelle “famille”. Mais la plupart des nouveaux convertis à l’Islam vivent leur religion de manière tranquille et discrète.
Quel que soit le sérieux des nouveaux convertis, les analystes s’accordent sur un fait: c’est au lendemain du 11 septembre 2001 qu’a été enregistré le plus grand nombre de conversions à l’Islam parmi les Occidentaux. Le plus grand nombre aussi de pamphlets anti-islamiques dans les tribunes des médias européens et américains. Entre répulsion, amalgame et fascination, c’est dire si l’Islam n’a pas fini d’intriguer les Roumis.


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