Le rapport de force dans le monde » Paix et Amour entre les peuples

 Le rapport de force dans le monde

21/9/2007


Le rapport de force dans le monde

Le travail, axe de la modernité

Le rapport de force entre le Nord et le Sud ne cesse de se détériorer en défaveur de ce dernier.

Des menaces et des incertitudes planent et certaines puissances veulent imposer leur domination de manière encore plus brutale. Dans ce contexte, la théorie du choc des cultures semble gagner des points. Un grand atout entre les mains du Nord: un sens rationnel du travail, sur la base de la priorité à léconomique, au savoir et à la connaissance scientifique. Il est temps dinvestir sur le travail de lexercice de la raison. Même si des critiques doivent êtres adressées au système qui produit des richesses mais aussi du chômage et de linjustice. Il a fallu attendre le XIXe siècle pour que se constitue le travail économique moderne et le XXe siècle pour quil accentue son rythme. Paradoxalement, cette accélération correspond aussi à la division du monde entre les pays développés du Nord et les autres pays. A ce jour, loin de sêtre atténué, lécart entre ces deux catégories ne cesse de saggraver; il provoque des tensions au sein du système capitaliste, qui sest constitué en système mondial.


Du fait de l
apparition de secteurs de pauvreté au sein du monde développé, de déséquilibres et de contradictions au centre même du système libéral, notamment dans sa version néolibérale, une remise en cause du désordre économique mondial se développe par des voies diverses, souvent inattendues. Même si le monde du Sud est hétérogène et pluriel dans ses catégories et dans ses institutions, même  sil lui est difficile de sorganiser et de proposer des alternatives crédibles; de par ses richesses et son patrimoine, il reste néanmoins un partenaire important pour la recherche dune altermondialisation, dun autre rapport au travail et dun autre vivre-ensemble.

En effet, ni la philosophie des sagesses traditionnelles, ni la vision économique qui se dégagent des expériences spécifiques, ni les caractéristiques des sociétés du Sud, heureusement, ne sont favorables à la rupture entre la liberté et la justice, aux dérives du libéralisme et à la logique de léconomisme qui domine la mondialisation. Mais il y a lieu de retrouver de la rigueur.

Du besoin de se réformer

De ce fait, lidée dune troisième voie -ni capitalisme sauvage ni collectivisme où certains voient les deux faces de la même figure matérialiste-avait fait son chemin au cours du XXe siècle. Il ne sagit pas de se demander seulement quelle autre voie emprunter aujourdhui. Scientifiques et praticiens doivent tenter de répondre à cette question majeure: comment sortir de lhorizon sans avenir de lesprit mercantile et de la volonté de puissance et de jouissance, qui impose le mythe selon lequel, ni projet, ni raison, ni fond ne soutiennent le monde? Et en même temps, comment sortir des impasses des systèmes usés et inefficaces au Sud ?

Dautant quil nest pas possible de faire des concessions à un système occidental puissant et faustien, opposé aux valeurs différentes qui fondent lexistence des peuples du Sud. Reste à ce Sud à se réformer, car il est sclérosé sur nombre de points. Il ny a pas de démocratie politique sans démocratie économique internationale et cultures vivantes et vice-versa. Ce principe, les peuples du Sud et bien dautres ladmettent aisément. La mondialisation, telle quelle se présente, privilégie le laisser-faire, le laissez-passer commercial, sur la base de la priorité à ceux qui produisent et créent, sans tenir compte des spécificités des autres.

Sur des questions de justice et de sens, le monde du Sud peut contribuer à repenser la question de la solidarité sociale, de la division du travail et de la redistribution des richesses sur la base de ses spécificités: cest d'ailleurs le plus souvent à partir de sa périphérie quun système évolue. Une entreprise capitaliste qui produit des richesses, du travail et participe au développement de la société et de la recherche scientifique est un bien; cela nest aucunement contesté. Cependant, la richesse, avec comme seul but le profit et laccumulation, et qui produit du chômage contredit le sens du monde, tel que signifié à la fois par la pensée moderne critique et par les civilisations. De plus, le développement inégal et les règles du jeu imposées par lordre capitaliste suscitent dans le monde tantôt un sentiment de désordre et dinquiétude générateur de résistance, tantôt une tentation de dépendance et de suivisme.

Les Arabes, par exemple, ont souvent été des commerçants; leurs sociétés étaient attachées à la propriété privée, mais influencées par des valeurs morales comme la primauté du sens (en sachant, encore une fois, que tout nest pas sens), la justice sociale, linterdiction de lusure, la limitation des besoins. En ce sens, nous disent des spécialistes comme léconomiste, Samir Amin ou lorientaliste Maxime Rodinson, elles nont pas été des sociétés capitalistes où les valeurs marchandes écrasent parfois les principes de la vie humaine.

Le rôle dintermédiaire joué par les pays de la rive sud de la Méditerranée entre les régions du monde, Asie, Afrique, Europe, a décliné avec le transfert des centres de gravité de léconomie, la primauté au travail émietté et les’découvertes scientifiques. Les conditions nécessaires au développement du capitalisme, laccumulation du capital argent et la prolétarisation ne sont apparues en rive Sud quau XXe siècle. Du fait des orientations culturelles et des spécificités historiques et sociales du monde musulman, il ny a pas eu dexclusion à grande échelle de populations, ni de réelle formation dun prolétariat, ni de monopole en matière de capitalisation de largent, ni dappropriation privative exclusive des moyens de production. Il faut aussi souligner que le monde de la rive Sud a constitué une entité civilisationelle cohérente et florissante six siècles environ, du 8e au 14e, lorsque louverture sur le monde et la vigilance étaient de mise, renforcées par le travail rigoureux, une culture vivante. Sa fragilité économique en face des bouleversements a tenu, pour une large part, au rôle mineur quy jouaient lagriculture, sauf exception, et la dimension pratique des recherches.

Il suffisait donc que les échanges périclitent pour que les Etats, les villes et la vie nomade soient en péril. Aujourdhui, dans le contexte de la mondialisation, faute de reformes approfondies et de valorisation de la culture du travail, les ressources dépendent principalement de richesses naturelles et de facteurs internationaux aliénants.
Même si elle est naturellement adoptée par les pays du Sud, faute de modèle alternatif, l
économie de marché ne règle visiblement pas les problèmes de la justice sociale, de lémancipation, du développement dans tous les sens du terme, si une culture du travail bien fait, lamour du travail et le respect de lEtat de droit et des autres citoyens ne dominent pas. En conséquence, des expériences locales respectant à la fois les besoins propres, lenvironnement,’la compréhension spécifique du développement et la remise au travail des forces vives méritent dêtre engagées, dans le cadre dune coopération et dun partenariat inscrit dans la durée, par des chercheurs et praticiens des deux rives. Pour lavenir des relations internationales et les rapports entre le Nord et le Sud dans le cadre de la mondialisation, il faut pratiquer lautocritique et dire, sereinement, ce que nous pensons du présent et des perspectives du vivre-ensemble. Cela exige un point de vue qui garde le cap sur lessentiel, cest-à-dire une juste division internationale du travail, préoccupation réelle et légitime de tous les peuples.

Les écueils sont immenses, la marge de manœuvre et les possibilités de peser sur la réalité et de répondre à ce besoin fondamental ne sont pas données davance, certains veulent limiter les pays du Sud à des tâches dexécution, et la conception, et la recherche développement restant lapanage du Nord. Mais il nest pas impossible de progresser en la matière, si, au niveau mondial, le partenariat, la coopération et le dialogue dominent, plutôt que lunilatéralisme.

Un premier constat, fondamental, simpose: le monde moderne, fondé sur le libéralisme sauvage, la société de consommation et léconomisme, dérive. Malgré des richesses et moyens sans précédent, la crise a atteint un seuil alarmant, trop de pauvretés, dinégalités, de violences. Malgré de réelles opportunités, la mondialisation économique se présente sous les figures du monopole du savoir, de linjustice et de linsécurité. En effet, les inégalités saggravent à la fois au sein des sociétés et entre les différentes régions du monde, entre les pays développés et les autres, même si des progrès notables et des formes réelles de modernisation sont enregistrés dans nombre de sociétés du Sud en voie de développement, même si des absurdités persistent, quil faut corriger.
Paradoxalement, les aides au développement se réduisent et représentent en moyenne un misérable 0,2% du budget des pays riches, et les politiques financières et économiques des institutions internationales ne prennent pas suffisamment en compte les objectifs d
indépendance, les spécificités et la dignité des gens.

Le grand écart

Le tiers-monde, pour des dizaines de pays, est devenu un quart-monde et la précarité sy transforme en extrême pauvreté. De tiers à quart, cest presque le monde zéro, cest-à-dire une sorte dabsence de monde que nous avons sous les yeux. Les écarts entre pays riches et pauvres atteignent une différence de 1 à 10, ils sont souvent incomparables, lorsque nexistent même pas laccès à leau potable, une ration alimentaire minimale ni la moindre possibilité de soins. Nous assistons, au Nord, à la création de richesses et à une politique de sociétés de consommation illimitée, sans maîtrise des besoins et, au Sud, à la paupérisation de nombre de populations dépourvues des bases mêmes dune vie décente, confrontées parfois aux contraintes de la nature et souvent à l'exploitation, au pillage et à la domination, directs ou indirects. Au Sud, des formules comme le Nepad, ou des systèmes daides sous les formes de microcrédits pour créer des solidarités, même fragiles, sont des signes encourageants.

Les citoyens du Nord, travaillent rationnellement et intensément, simpliquent comme acteurs de la vie civile et politique et ne confondent pas les différentes sphères de lexistence, la dimension publique à celle de la dimension privée, respectent les règles du jeu, et fondent leur vie sur la raison et lautonomie. Ce sont des sources importantes du développement.

Mais la logique marchande, égoïste et sans fond moral crée des risques de déshumanisation. Au Sud, les citoyens restent attachés à des valeurs morales, de dignité et de justice, mais la modernité, la rationalité et lefficacité restent faibles, compte tenu de facteurs multiples, politiques et culturelles.
Des pays comme l
Algérie disposent de tous les atouts pour faire face aux défis, cest une urgence, car les relations internationales deviennent de plus en plus marquées par la loi du plus fort.

Mustapha CHERIF

Extrait du site : http://www.mustapha-cherif.com   

 

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