Désordre mondial - Que faire face à l'hégémonie ? » Paix et Amour entre les peuples

 Désordre mondial - Que faire face à l'hégémonie ?

21/9/2007

LE DÉSORDRE MONDIAL - Que faire face à l’hégémonie?

L’ordre mondial, un certain moment parlait de bonne gouvernance et d’internationalisation de valeurs dites démocratiques.

Aux yeux de l’administration actuelle des USA, alliés ou rebelles, les sociétés du Sud, sont considérés comme The Rest of the World, le reste du monde, le grain de sable, Row, ceux qui refusent de s’aligner sur la logique de la force impériale, du pouvoir unipolaire. Que faire pour faire face à cette étape incertaine de l’histoire mondiale? A s’engager ou à poursuivre les réformes internes, pour prouver au monde, à nos voisins européens et aux citoyens américains que des pays du Sud, comme l’Algérie, par exemple, peuvent être des partenaires de premier plan, à condition de faire prévaloir le droit. Surtout que notre pays a toujours privilégié l’action commune et l’intérêt général et n’instrumentalise pas des organisations régionales et autres, encore moins ses relations, pour des visées égoïstes. Les pays cofondateurs du nouvel ordre mondial, c’est-à-dire, sur le plan militaire, les membres de l’Otan, et ceux de l’Ocde sur le plan économique, généralement refusent le dialogue, ou le limitent à des objectifs conjoncturels. Les pays du Sud doivent s’inquiéter à juste titre du sectarisme particulier qu’on manifeste à leur égard. Mais pour tenter de changer cette situation néfaste pour tous, on doit expliquer sans cesse nos bonnes intentions, nos revendications pour un ordre plus juste et surtout être crédible sur la base d’un système interne cohérent. L’ordre mondial, un certain moment parlait de bonne gouvernance et d’internationalisation de valeurs dites démocratiques. Aujourd’hui, il semble qu’il a renoncé, car non seulement, mauvais élève, il n’y croyait pas, mais plus encore, ses intérêts étroits s’opposent à ces nobles valeurs.

Recul du droit

Plutôt qu’à l’internationalisation du droit et au multilatéralisme, c’est au recul du droit, aux progrès de l’unilatéralisme et à l’aventurisme militaire qu’on assiste. La guerre injuste menée contre l’Irak par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leurs alliés, qui exploitent, à outrance, l’acte du 11 septembre 2001, a été une étape dramatique et significative dans la mise en oeuvre du nouvel ordre- désordre mondial, programmé depuis près de vingt ans, et dont la mise en oeuvre est précipitée par les extrémistes néo-conservateurs. Ce bouleversement, visible en Irak occupé, dont les conséquences sont incalculables, peut être analysé à plusieurs niveaux.
Premièrement, sur le plan humanitaire. L’humanité est en face d’une tragédie. Elle assiste pour la première fois à une agression de grande envergure, minutieusement planifiée, destinée à liquider un régime inique par la force, à punir une nation, à agresser un peuple, cela sans raison valable, sans cadre juridique international, au vu et au su de la communauté internationale, y compris des pays dits frères de l’Irak. Et cela, en dépit des efforts louables de certains pays européens, pour faire prévaloir une solution diplomatique, sans que personne n’agisse pour arrêter le massacre. Nous sommes aujourd’hui devant une situation caractérisée de non-assistance à peuple en danger. Dénoncer la guerre et l’occupation, demander qu’elles cessent est nécessaire, mais insuffisant. Seules des pressions pour rétablir des rapports de forces plus ou moins équilibrés peuvent arrêter la machine meurtrière. La loi du plus fort, la loi de la jungle, la brutalité organisée d’un système nihiliste sophistiqué imposent une logique de destruction aux peuples dépourvus d’une défense suffisante. Situation humainement inadmissible, moralement indigne, déontologiquement inqualifiable. Quels que soient les erreurs, les fautes, les crimes de l’ancien régime irakien, rien ne peut justifier la guerre contre l’Irak, qui s’inscrit en dehors de tout principe humain. Parler, à l’ombre des fusils, de guerre humanitaire et de démocratisation constitue le comble de l’absurde, de l’ignominie et de l’hypocrisie.
Deuxième niveau, le niveau politique. Si, d’un point de vue simplement humain, cette occupation est foncièrement immorale, si elle sape le peu de crédit dont disposait encore l’administration des Etats-Unis dans le monde musulman vu sa politique du «deux poids, deux mesures» et son alignement aveugle sur la politique de répression brutale contre le peuple palestinien, l’occupation en Irak est, d’un point de vue politique, totalement illégitime. Il n’y avait là ni légitime défense, ni réponse à une menace imminente et réelle sur la sécurité des Etats-Unis, ou sur celle de la région et du monde. A travers la guerre d’Irak, les Etats-Unis cherchent, aveuglement, à imposer leur hégémonie d’unique superpuissance, au monde entier. Objectivement, le projet est grotesque et utopique: nulle nation, quelles que soient ses capacités et ses ambitions, ne peut prétendre contrôler la totalité du monde. L’échec flagrant en Irak en est la preuve. Mais si l’inertie, l’impuissance et la non-assistance à peuples en danger, en Palestine comme en Irak, perdurent, l’administration des Etats-Unis continuera à réalisera le chaos et à doper le terrorisme des faibles et des incultes, au détriment des valeurs communes à tous les peuples.
Le troisième niveau est d’ordre juridique. Au regard de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, de la Charte des Nations unies et du droit international, ces guerres contre le peuple palestinien et irakien empoisonnent gravement la situation internationale. Elles sont immorales et illégales sur tous les plans. La loi du plus fort, fondée sur la supériorité militaire, l’idéologie belliciste et l’ordre unipolaire et unilatéral sont en train de déstabiliser les relations internationales pour de longues décennies. La reconstruction des normes juridiques internationales de l’ONU et des relations entre les pays va être particulièrement difficile. Le recul du droit, le non-droit, la mise en application du concept inique de guerre préventive sont un retour au temps de la violence primitive. Quelles leçons peuvent en tirer les pays arabes? Qu’il est temps de démocratiser leurs sociétés de l’intérieur et de s’appuyer sur leurs citoyens. Tel est le plus sûr rempart, le meilleur bouclier, le barrage le plus efficace contre les dérives internes et les pressions externes qui vont se faire de plus en plus directes et menaçantes.

Régimes illégitimes

Si les régimes arabes sont aujourd’hui impuissants face à ces crimes à ciel ouvert, c’est parce qu’ils sont pour la plupart, illégitimes et non représentatifs. Pour mobiliser un peuple face aux risques, aux incertitudes et aux menaces, pour résister aux pressions extérieures, pour sauvegarder la relative indépendance et affirmer la solidarité avec d’autres peuples frères ou amis, il est indispensable d’être crédible. Une nouvelle fois, tous ceux qui, en Occident comme en Orient, parlent de choc des civilisations se leurrent: c’est un concept de diversion. La question du vivre ensemble se pose plus que jamais pour l’humanité, alors que certains en Occident pensent l’avoir réglé en tentant d’imposer sa seule vision et ses seuls intérêts. Les problèmes en termes d’urgence sont d’abord d’ordre politique. Même si les extrémistes de tout bord, à commencer par l’administration américaine, abusent des symboles religieux, il s’agit de justice et de droit.
S’il est vrai que notre culture est tragiquement méconnue, que son image est injustement déformée par certains des siens et par des étrangers, que les musulmans sont perçus comme le nouvel ennemi et l’axe du Mal, cette vision infondée ne doit pas nous conduire à de faux débats ni à des confusions. Si les préjugés et les procès d’intention de certains à l’égard des peuples du Sud, définis à tort comme antimodernes et antioccidentaux, font régner une atmosphère de croisade, de racisme, avec des relents fascisants, il faut savoir qu’il existe aussi, dans le monde occidental, beaucoup d’esprits objectifs, attachés au dialogue, à la paix et aux idéaux transnationaux. On doit s’allier à eux.
Il va de soi que le facteur économique est aussi un élément majeur de ces guerres et qu’un des objectifs des Etats-Unis est de s’emparer des richesses énergétiques de l’Irak et de la région. Le but principal est de vouloir dominer le monde par tous les moyens. Entre autres incidences, les conflits renforcent, par ailleurs, la violence aveugle des extrémistes politico-religieux, comme ceux qui instrumentalisent la religion et détruisent du dedans les sociétés, et celle aussi des extrémistes sionistes, qui aboutie à la répression, aussi féroce que suicidaire, du peuple palestinien laissé-pour-compte. Les Etats voyous ne sont pas seulement ceux qu’on déclare tels, nous disent Jacques Derrida et Noam Chomsky.
Face au désordre mondial, il est temps que chaque citoyen comprenne que le changement salutaire ne peut venir que de l’intérieur. On ne peut pas, par exemple, indéfiniment différer la question de la démocratie sous prétexte que le peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui, que plus du tiers des citoyens sont analphabètes, tout imprégnés, dit-on, de la culture tribale ou mus par des réflexes anarchiques, et que l’épouvantail mortifère de l’extrémisme et les problèmes socioéconomiques aggravent encore la situation. Un Etat fort est vital, mais cela n’est pas incompatible avec un Etat de droit porteur d’avenir. D’autant que, malgré les apparences, dans notre patrimoine, rien ne l’interdit: ni le Coran, ni la tradition prophétique, ni l’histoire de nos pays, bien au contraire. Mais un long chemin reste à faire si l’on en juge par la marginalisation des élites, par un jeu politique fermé, par le mépris où est tenue la chose démocratique, par la perpétuation de la mentalité du parti unique, avec les opportunistes, les prédateurs, les ambitieux sans mesure qu’elle suscite et qui aujourd’hui, achètent et vendent les places sur les listes électorales, tronquées à l’avance. C’est le signe d’une décadence profonde du politique et d’une déliquescence des instances concernés. Puisse l’occupation injuste de l’Irak et la répression immonde en Palestine, servir de déclic à la prise de conscience de la crise que traverse la communauté internationale et de l’état déplorable dans lequel se trouvent les pays arabes et musulmans. La descente aux enfers, sinon, ne fait que commencer pour tous. En l’absence de démocratie dans les relations internationales, fait évident, ce sont les peuples qui en sont privés sur le plan interne qui subiront le plus. La mondialisation de l’hégémonie, des fractures et des inégalités généralisera, de plus en plus, la mondialisation des pressions et de l’insécurité. Au Maghreb et spécialement en Algérie, tous les ingrédients pour tenter d’édifier une société responsable, éclairée et développée existent. C’est le chemin pour faire face raisonnablement aux défis.

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Mustapha CHÉRIF

 

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