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 Une histoire de Ramadhan dans un camp nazi

16/5/2009

Une histoire de Ramadhan dans un camp nazi

 

Cest une histoire vraie vécue par un Algérien dans un camp nazi. Nous sommes au début des années 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale. Abdallah,la vingtaine,originaire de Souk El-Had, dans la région de haute Kabylie, est un appelé du service militaire dans larmée doccupation française et fait partie des troupes stationnées sur la ligne Maginot, un front de combat à la frontière franco-allemande.

Abdallah ne tardera pas être fait prisonnier de guerre avec tant dautres de son contingent lors de loffensive allemande et sera déporté dans un camp nazi pour effectuer des travaux dans une mine.

Au mois de Ramadhan de cette année-là,Abdallah, en bon musulman quil était, voulant réussir un mois de piété à tout point de vue, bouda la nourriture du camp car contenant du porc et de la viande provenant dun abattage non conforme à ses convictions religieuses. Il trouva dans la forêt jouxtant la mine une source dalimentation de substitution. Ainsi, profitant de ses rares moments de repos, il sy faufilait discrètement et allait cueillir des châtaignes quil mangeait le soir à la rupture du jeûne et la nuit au shour. Notre bonhomme, ne se doutant de rien, empruntait toujours le même chemin et ne revenait à son dortoir quaprès avoir bien rempli sa sacoche de fruits.

Avisé des promenades solitaires du détenu, le chef de camp laissa faire tout en renforçant sa surveillance dans lespoir de déchiffrer ses desseins et de débusquer déventuelles complicités. Entre-temps, Abdallah continuait le plus normalement du monde à se présenter au réfectoire, à recevoir sa ration ordinaire quil échangeait avec dautres détenus contre des cigarettes, quil troquait en deuxième main contre des morceaux de chocolat, car Abdallah nétait pas fumeur.

Au treizième jour de Ramadhan, alors quil cueillait les châtaignes comme à son habitude, Abdallah fut surpris par des soldats allemands sortis de nulle part, qui larrêtent et le conduisent au chef de camp. Ce dernier, intrigué par le comportement du prisonnier dont la filature na pas permis de relever des agissements suspects pouvant nuire à la sécurité du camp: aucun contact avec lextérieur, pas le moindre indice prouvant une intention dévasion , linterrogea sur les raisons de ses virées et sil ne mangeait pas suffisamment à sa faim. En présence dun officier français, lui aussi prisonnier et servant de traducteur, Abdallah expliqua quil était musulman observant un mois de carême et que sa foi lui interdisait de manger du porc à longueur dannée. Le commandant allemand, pour qui le mystère venait dêtre dissipé, ordonna à lun de ses subordonnés de concocter pour Abdallah un menu spécial et de lui aménager un poste de travail moins contraignant. Abdallah eut droit pour le restant du mois sacré à une double ration faite de deux boîtes de sardines et de suffisamment de pain et il fut chargé de nettoyer les rails à la sortie des wagonnets. Une besogne facile quil effectuait à laide dun balai. De plus, il était autorisé à sasseoir quand il en éprouvait le besoin.

Le jour de lAïd El-Fitr,au matin, les détenus musulmans présents au camp, notamment les Algériens,Marocains et Sénégalais, refusèrent de rejoindre leurs postes de travail respectifs et exigèrent un congé de trois jours pour fêter lévènement,provoquant une mutinerie qui a perturbé lharmonie coutumière du site. Dans la cour du camp, une tension sinstalla et alla crescendo.

Alerté, le chef du camp accourut au lieu de rassemblement et senquit du pourquoi de ce débrayage, pour le moins inattendu. Sa présence imposa ordre et silence dans les rangs. On linforma des revendications des détenus grévistes,tout en lui expliquant que dans la tradition musulmane, la fin du mois dabstinence constitue une fête religieuse importante. Aussitôt, le commandant allemand fouilla dans ses poches, en sortit un petit calepin, louvrit, tourna quelques pages, sarrêta comme sil avait trouvé ce quil cherchait et prononça le nom de Abdallah et son numéro dimmatriculation:il lui ordonna de se présenter devant lui. Ce dernier sexécuta. Le commandant allemand décréta, devant une assistance éberluée, que seul Abdallah méritait de célébrer cette fête et il le gratifia dun bonus de trois jours supplémentaires parce quil fut le seul à ses yeux à avoir respecté les préceptes du jeûne. Quant à ses coreligionnaires,il leur intima lordre de reprendre immédiatement le travail sous peine dêtre fusillés. Lavertissement sans nuances du chef nazi mit un terme à la protestation et tout rentra dans lordre.

 

N.Bencheikh

 

 

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