Le colonialisme positif, nouveau leimotiv de la mondialisation » Paix et Amour entre les peuples

 Le colonialisme positif, nouveau leimotiv de la mondialisation

11/10/2007

Le Colonialisme positif,nouveau leitmotiv de la mondialisation

 

Par Djaffar Lamani

Ancien Officier De L’aln -Wilaya 3

 

1re Partie

 

Les grandes puissances du monde nous ont habituĂ©s Ă  la politique des deux poids, deux mesures, Ă  leur dĂ©mocratie Ă  gĂ©omĂ©trie variable. Elles sont aujourd’hui en passe de se surpasser et vider de leur substance les valeurs de libertĂ©, d’indĂ©pendance, d’autodĂ©termination. La derniĂšre et nouvelle trouvaille est que le Colonialisme est devenu «positif» pour les peuples et les pays qui ont souffert des affres de cette pratique impĂ©rialiste durant des siĂšcles et qui ont tirĂ© de ces occupations des bienfaits.

 

Pour ce qui concerne l’AlgĂ©rie, les bienfaits de cette occupation seraient alors lĂ©gion, puisque colonisĂ©e durant plus de 130 annĂ©es. La moisson considĂ©rable de ces bienfaits durant ce siĂšcle et demi pour notre pays, ne devrait Ă©chapper ni au citoyen du pays «civilisateur», ni au citoyen du pays «civilisé» et ne devrait aucunement ĂȘtre ignorĂ©e.

 Il serait alors dĂ», en consĂ©quence, par reconnaissance pour ce pays, par devoir de mĂ©moire, pour l’Histoire, de rappeler quelques-uns de ces actes civilisateurs,constructeurs, humains et humanistes dont a Ă©tĂ© gratifiĂ© notre pays, durant cette pĂ©riode de colonisation. Bienfaits que seule l’ingratitude d’AlgĂ©riens bornĂ©s chercherait Ă  faire sortir dĂ©finitivement des mĂ©moires.

 A fortiori,la France au cours de ces 130 annĂ©es d’occupation, n’avait procĂ©dĂ© ni Ă  des massacres, ni planifiĂ© d’exterminations, elle n’a pas soumis les Arabes a du racisme, elle ne les a pas transformĂ©s en esclaves. Ils Ă©taient traitĂ©s sur le mĂȘme pied dÂ’Ă©galitĂ© que les EuropĂ©ens. Elle n’a pas spoliĂ© ces indigĂšnes de leurs richesses matĂ©rielles, elle n’a aucunement entrepris et planifiĂ© leur dĂ©culturation.

 Alors ces ingrats, qu’ils soient de milieux scientifique, politique ou de simplescitoyens feraient alors, dans ce cas, l’apologie de la haine entre Français et AlgĂ©riens car ils prĂ©tendent le contraire et Ă©voquent de nombreux Ă©vĂšnements ignorĂ©s ou inconnus des jeunesses des deux pays, de l’AlgĂ©rie comme celle de laFrance.

 Hamdane Khodja a Ă©crit en 1833, dans son livre «Le Miroir» (chap 3, intitulĂ©: «DĂ©tails circonstanciĂ©s sur tout ce qui s’est passĂ© lors de l’entrĂ©e du MarĂ©chal Bourmont Ă  Alger, dĂ©tails dont une partie n’est sans doute pas connue en France» «ce n’est pas le moment dÂ’Ă©veiller de la haine par des petitesses et dĂ©tails personnels, je prĂ©fĂšre donc gĂ©nĂ©raliser les faits et me rapprocher ainsi davantage du vĂ©ritable langage d’historien», et il ajoute: «puisse la postĂ©ritĂ© profiter de quelques-uns de mes rĂ©cits».

 

 Nous ne pouvons mieux trouver dans le passĂ©, meilleure introduction Ă  nos propos concernant justement cette Histoire de cette Colonisation .

 Dans quel Ă©tat se trouvait l’AlgĂ©rie au XVIIIe et XIXe siĂšcles et lors de l’occupation?

 Les Bugeaud,St Arnaud eux-mĂȘmes, autres officiers français, Ă©crivains et savants, ont tĂ©moignĂ© de la vitalitĂ©, de la force de la population ainsi que de la prospĂ©ritĂ© de l’AlgĂ©rie que la France entreprit, comme tout le monde le sait,de systĂ©matiquement dĂ©truire au profit de la colonisation de peuplement.

 Le MarĂ©chal Bugeaud dĂ©crivait ainsi l’AlgĂ©rie: «La paysannerie Ă©tait riche et vigoureuse.Les Arabes sont tous des guerriers. Il n’en est pas un seul qui ne sache parfaitement monter Ă  cheval. Tous ont un cheval et un fusil, tous font laguerre, depuis le vieillard de quatre-vingts ans jusqu’à l’enfant de quinze ans».

 Et il ajoute pour justifier ses destructions: «L’existence de cette nation vigoureuse, si bien prĂ©parĂ©e pour la guerre, si supĂ©rieure, Ă  ce point de vue, aux masses europĂ©ennes que nous pourrions introduire dans le pays, nous imposel’obligation absolue dÂ’Ă©tablir devant elle, Ă  cĂŽte d’elle, la population la plus vigoureuse possible».

 Ecoutons Bugeaud, Saint Arnaud et d’autres parler de leurs destructions massives du pays: «Plus de cinquante beaux villages, bĂątis en pierres et couverts de tuiles ont Ă©tĂ© pillĂ©s et dĂ©truits. Nos soldats y ont fait un butin considĂ©rable. Nous ne pouvions songer, au milieu du combat Ă  couper les arbres. L’ouvrage,d’ailleurs, serait au-dessus de nos forces. Vingt mille hommes armĂ©s de haches ne couperaient pas, en six mois, les oliviers et les figuiers qui couvrent le beau panorama que nous avons sous nos pieds». (Bugeaud. Mai 1844, Oued Ysser).

 De son cĂŽtĂ©,Saint Arnaud tĂ©moigne de la prospĂ©ritĂ© du pays: «Tu m’as laissĂ© chez les Brazes, je les ai brĂ»lĂ©s et dĂ©vastĂ©s Me voici chez les Suidgads, mĂȘme rĂ©pĂ©tition en grand: c’est un vrai grenier d’abondance». (Saint Arnaud,Ouarsenis 1842)

 Bien antĂ©rieurement, vers 1790 le savant français De Paradis apporta ce tĂ©moignage:«Alger donne son nom Ă  toute la RĂ©gence. Elle est le siĂšge du gouvernement et le centre de forces de l’Etat. Il n’a jamais existĂ© d’Etat plus Ă©conome des fonds publics que le gouvernement d’Alger. Le trĂ©sor de l’Etat est mĂ©nagĂ© avec un scrupule inconcevable. Le commerce extĂ©rieur algĂ©rien Ă©tait prospĂšre. On pouvait lÂ’Ă©valuer Ă  10 millions-or. Les navires algĂ©riens sillonnaient la MĂ©diterranĂ©e. L’Etat algĂ©rien importait les marbres taillĂ©s d’Italie, les glaces de Venise, les verreries de BohĂȘme, les pendules d’Angleterre. Il exportait du blĂ©, de l’orge, du bĂ©tail, des tapis».

 De mĂȘme que  le gĂ©nĂ©ral Valaze constatait en 1834 que presque tous les Arabes savent lire etĂ©crire. Dans chaque village il y a deux Ă©coles. En fait en ne comptait pas moins de deux mille Ă©coles sur lÂ’Ă©tendue du territoire algĂ©rien. Il existait plusieurs universitĂ©s: Alger, Constantine, Mazouna, Tlemcen, Oran. Ce peuple algĂ©rien vigoureux ne pouvait vivre que dans un pays riche. Enfin, il n’est pas utile de rappeler en la matiĂšre que c’est grĂące Ă  sa prospĂ©ritĂ© que l’Etat  algĂ©rien devint crĂ©ancier de la France. (Histoire de l’Afrique du Nord parCharles AndrĂ©e Julien).

 Examinons ce que les Français ont fait de cette population vigoureuse et cultivĂ©e, de ce grand grenier: une dĂ©cimation systĂ©matique

 Hamdane Khodja qui Ă©tait percepteur d’impĂŽts a indiquĂ© que cette population Ă©tait de 10 millions d’ñmes. VoilĂ  lÂ’Ă©valuation faite par Bugeaud, 15 annĂ©es aprĂšs l’occupation, au cours d’une intervention faite devant la chambre des Pairs, le 24 janvier 1845, il dĂ©clarait: «nous n’avons pas fait de statistiques exactes,ce n’est pas aisĂ©, ce n’est mĂȘme pas aisĂ© en France mais d’aprĂšs nos aperçus nous croyons qu’il y a sous notre domination environ quatre millions d’Arabes.

 Il convient de faire remarquer qu’en 1845, une bonne partie de la population avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© anĂ©antie par quinze annĂ©es d’une guerre particuliĂšrement meurtriĂšre.

 Un autre document, Ă©tabli en 1852 par les bureaux arabes, Ă©value le chiffre de la population Ă  deux millions cinq cent mille habitants: ce qui nous permet de constater qu’en moins d’une dĂ©cennie la moitiĂ© de la population restante a Ă©tĂ© exterminĂ©e.

 Dans ce cadre, rappelons ce que dit un autre Français en matiĂšre de cette politique de peuplement: Alfred Sauvy. Celui-ci Ă©voque le problĂšme algĂ©rien dans l’hypothĂšse oĂč le peuplement français aurait rĂ©ussi Ă  submerger le peuple algĂ©rien: En1830, Ă©crit-il, la France entreprend une conquĂȘte conforme Ă  l’esprit de son temps, tout en ayant perdu la vitalitĂ© dĂ©mographique qui correspond Ă  cet impĂ©rialisme de lÂ’Ă©poque. Si elle avait gardĂ©, comme l’Angleterre ou l’Allemagne, la natalitĂ© traditionnelle, la pression dĂ©mographique aurait dĂ©versĂ© un flot massif en Afrique du Nord, de sorte qu’il y aurait aujourd’hui en AlgĂ©rie, au moins sept Ă  huit millions de Français contre trois millions de musulmans. Cette Ă©vocation n’est pas un regret, mais une explication. Nous n’avons jamais su mettre en accord notre politique et notre dĂ©mographie.

Si la France avait eu une forte natalitĂ©, il est fort possible, en effet, que le grand rĂȘve de Bugeaud et de PrĂ©vost-Paradol se fut rĂ©alisĂ©. Le crime colonial aurait Ă©tĂ© sans doute, comme en AmĂ©rique du Nord, comme en Australie, un «crime parfait».

 En outre Ă  cette date, les rĂ©gions les plus peuplĂ©es d’AlgĂ©rie celles que l’on appelle aujourd’hui la Grande Kabylie, la Petite Kabylie ainsi que la rĂ©gion du Sud algĂ©rien, n’avaient pas encore Ă©tĂ© soumises Ă  la domination française. Elles n’entraient donc pas en compte dans lÂ’Ă©valuation de Bugeaud. Voyons l’avis«indigĂšne». Hamdane Khodja, admirateur du pays des lumiĂšres rapporte la barbarie subie par les AlgĂ©riens dĂšs l’occupation, avant d’ĂȘtre obligĂ©,dĂ©possĂ©dĂ© de tous ses biens, craignant pour sa vie, de s’exiler en 1836, ruinĂ©,au moment oĂč on maltraitait sa famille Ă  Alger, Ă  Istanbul non avant d’avoir tentĂ© longuement auparavant, pendant six annĂ©es, d’interpeller la conscience de la France et des Français sur les actes et faits rĂ©voltants de l’occupation, de la colonisation, nous laissant une description saisissante des actes d’horreur que la France ne cessera jamais d’exĂ©cuter en vue de vider le pays de ses habitants.

 Donnons tout de suite la parole au «Miroir» qui, il y a plus d’un siĂšcle faisait dĂ©jĂ , pour nous, une introduction aux propos que nous entamons ici, aujourd’hui,concernant l’histoire de cette colonisation. Il nous donnera l’image de ce que la France n’a cessĂ© de faire jusqu’à 130 ans aprĂšs, il est dit: «...L’accomplissement de tant de faits arbitraires m’oblige Ă  les faire connaĂźtre,afin que l’histoire en prenne acte et pour montrer Ă  la postĂ©ritĂ© comment on entendait la civilisation au XIXĂš siĂšcle. On nous opprimait Ă  Alger et si nous osons Ă©lever la voix contre ce systĂšme d’oppression, on nous exile... Est-il donc au pouvoir des hommes de forcer au silence? Pourquoi les Français ne nous gouvernent-ils pas selon leurs institutions? Pourquoi n’usent-ils pas de modĂ©ration et n’agissent-ils pas selon les lois de la justice, s’ils veulent rĂ©gner en paix sur nous? Sans doute, il nous eut Ă©tĂ© plus agrĂ©able de tenir un autre langage, de parler de leurs bienfaits et leur adresser des paroles de reconnaissance, loin de lĂ , nous sommes obligĂ©s de citer des faits qui deviennent accusateurs. Nous ne rĂ©pĂ©tons, et nous ne reprĂ©sentons ici que les tableaux horribles de tout ce qui se passe, et encore ne sommes-nous que de faibles Ă©chos pour les reproduire» (chapitre 10, suite de l’administration du GĂ©nĂ©ral Clauzel, et de ses campagnes de MĂ©dĂ©a et de Blida)

 PrĂšs d’un siĂšcle plus tard, un autre indigĂšne de surcroĂźt francophone, nourri des valeurs et progrĂšs de la France et officier St Cyrien de l’armĂ©e française, dut se rendre Ă  lÂ’Ă©vidence, aprĂšs avoir attirĂ© l’attention des plus hautes autoritĂ©s de l’Etat comme celle de libĂ©raux français, sur la misĂšre, l’injustice,l’ignorance dans lesquelles Ă©tait maintenue la population algĂ©rienne,dĂ©possĂ©dĂ©e, exploitĂ©e, qu’aucun bienfait ne pouvait venir de ce pays colonisateur fardĂ© de l’aurĂ©ole de la rĂ©volution 1797. Il s’agit de l’Emir Khaled. Il dut s’exiler, Ă  son tour comme Hamdane Khodja. Et malgrĂ© cela, il est poursuivi jusqu’à lÂ’Ă©tranger par les tribunaux consulaires Ă  Alexandrie et condamnĂ© Ă  cinq mois de prison.

 Les AlgĂ©riens intellectuels ou hommes politiques, bien que leurs revendications n’aient jamais, en gĂ©nĂ©ral, dĂ©passĂ© le stade de la demande d’assimilation,furent persĂ©cutĂ©s, exilĂ©s, dĂ©portĂ©s. A l’inverse, cette attitude modĂ©rĂ©e qui aurait permis d’ancrer mieux la France en AlgĂ©rie, nÂ’Ă©tait-elle pas un bienfait des indigĂšnes en direction de la France

 Pour le colonisateur, il n’y avait que le vide, le nĂ©ant qu’il s’est attelĂ© Ă  crĂ©er pour installer les nouveaux arrivants et les colons de tout acabit pour se maintenir dans ce pays. Son armĂ©e n’a pas Ă©tĂ© de main morte.

 Rovigo en Ă©cho Ă  la dĂ©claration du pape d’alors, lors de l’invasion de l’AlgĂ©rie, en1830, par la France qui l’a qualifiĂ©e dĂ©jĂ  d’effet civilisateur, a donnĂ© le feu vert Ă  ses hordes sanguinaires par cet ordre: «Comme on ne les civilisera pas,il faut les refouler au loin. Comme les bĂȘtes fĂ©roces qui abandonnent le voisinage des lieux habitĂ©s, il faut qu’ils reculent jusqu’au dĂ©sert devant la marche progressive de nos Ă©tablissements et qu’ils soient rejetĂ©s pour toujours, dans les sables du dĂ©sert (gĂ©nĂ©ral de Rovigo)

 Alors les massacres, gĂ©nocides et exterminations prirent le pas et se poursuivront jusqu’en 1962. Parmi ces grands faits d’armes bienfaiteurs, nous en citerons ceux dĂ©crits entre autres par les St Arnaud, Rovigo, Montagnac et d’autres soldats ou personnages français qui ont laissĂ© leur tĂ©moignage. Le gĂ©nĂ©ral Saint Arnaud, celui que Victor Hugo appela «Saint Arnaud, le chacal», raconte lui-mĂȘme ces grands exploits:

 Le pillage exercĂ© d’abord par les soldats, sÂ’Ă©tendit ensuite aux officiers et, quand on Ă©vacua Constantine, il s’est trouvĂ©, comme toujours, que la part la plus riche et la plus abondante Ă©tait Ă©chouĂ©e Ă  la tĂȘte de l’armĂ©e et aux officiers de lÂ’Ă©tat major. (1837).

 Nous resterons jusqu’à la fin de juin Ă  nous battre dans la province d’Oran et Ă  ruiner toutes les villes, toutes les possessions de l’Emir. Partout, il trouvera l’armĂ©e française, la flamme Ă  la main (1841).

 

Le pays des BĂ©ni-Menacer est superbe et l’un des plus riches que j’ai vus en Afrique. Les villages et les habitations sont trĂšs rapprochĂ©s. Nous avons tout brĂ»lĂ©, tout dĂ©truit. Oh! la guerre! La guerre! Que de femmes et d’enfants, rĂ©fugiĂ©s dans les neiges de l’Atlas, y sont morts de froid et de misĂšre! Il n’y a pas dans l’armĂ©e plus de cinq tuĂ©s et quarante blessĂ©s (1842).

 Deux belles armĂ©es se donnent la main fraternellement au milieu de l’Afrique: l’une partie de Mostaganem le 14, l’autre de Blida le 22, rasant, brĂ»lant, chassant tout devant elles (1842). On ravage, on brĂ»le, on pille, on dĂ©truit les maisons et les arbres, des combats: peu ou pas (1842).

 Donnons la parole, en 1841, Ă  un autre officier, le colonel de Montagnac qui s’est illustrĂ© comme coupeur de tĂȘtes:

«Vive LamoriciĂšre!... Nous nous sommes Ă©tablis au centre du pays, brĂ»lant, tuant, saccageant tout. Quelques tribus rĂ©sistent encore,mais nous les traquons de tous cĂŽtĂ©s pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux (1842). Je lui fis couper la tĂȘte et le poignet gauche et j’arrivai au camp avec la tĂȘte piquĂ©e au bout d’une baĂŻonnette et son poignet accrochĂ© Ă  la baguette d’un fusil. On les envoya au gĂ©nĂ©ral Baraguay d’Hilliers qui campait prĂšs de lĂ  et qui fut enchantĂ©. Tous les bons militaires que j’ai l’honneur de commander sont prĂ©venus par moi-mĂȘme que s’il leur arrive de m’emmener un Arabe vivant, ils recevront une volĂ©e de coups de plat de sabre.

 VoilĂ  mon brave ami comment il faut faire la guerre aux Arabes. Tuer tous les hommes jusqu’à quinze ans, prendre toutes les femmes et tous les enfants, en charger les bĂątiments, les envoyer aux Iles Marquises ou ailleurs. En un mot anĂ©antir tout ce qui ne rampe pas Ă  nos pieds comme des chiens. (Montagnac lettre d’un soldat. 1843).

 Nous commencerons par les enfumades du Dahra, une des pages «glorieuses» de la conquĂȘte de l’AlgĂ©rie. Il s’agit de l’extermination des Ouled Riah, ordonnĂ©e par Bugeaud et exĂ©cutĂ©e par PĂ©lissier, ce qui a pu donner des idĂ©es aux nazis pour les chambres Ă  gaz et plus tard aux militaires français pour les chais Ă  vin:

«Orléansville, le 11 juin 1845, ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sebahs! Fumez-les à outrance comme des renards».

C’est le texte du message de Bugeaud Ă  son subordonnĂ©.

 Le 19 juin,PĂ©lissier exĂ©cuta l’ordre reçu.

 Un soldat tĂ©moin de ce crime horrible commis sur un ennemi vaincu et sans dĂ©fense, en fait le rĂ©cit prĂ©cis: «Quelle plume saurait rendre ce tableau? Voir au milieu de la nuit, Ă  la faveur de la lune, un corps de troupes français occupĂ© Ă  entretenir un feu infernal! Entendre les sourds gĂ©missements des hommes, des femmes, des enfants, et des animaux; le craquement des rochers calcinĂ©s sÂ’Ă©croulant, et les continuelles dĂ©tonations des armes!

 Le matin quand on chercha Ă  dĂ©gager l’entrĂ©e des cavernes un hideux spectacle frappa les yeux des assaillants

 J’ai visitĂ© les trois grottes, voilĂ  ce que j’ai vu.

 A l’entrĂ©e gisaient des boeufs, des Ăąnes, des moutons: leur instinct les avait conduits Ă  l’entrĂ©e de la grotte pour respirer l’air qui manquait Ă  l’intĂ©rieur. Parmi ces animaux et entassĂ©s sous eux, on trouvait des hommes morts. Le genou Ă  terre,la main crispĂ©e sur la corne d’un boeuf. Devant lui Ă©tait une femme tenant un enfant, son enfant, dans les bras. Cet homme, il Ă©tait facile de le reconnaĂźtre, avait Ă©tĂ© asphyxiĂ© ainsi que la femme et l’enfant. Les grottes sont immenses, on a comptĂ© sept cent soixante cadavres».

 Dans la rĂ©gion de TĂ©nĂšs l’historien Gautier rapporta en ces termes le rĂ©cit fait par Saint Arnaud lui-mĂȘme.

 Â«Saint Arnaud a fait son possible pour qu’aucune de ses victimes nÂ’Ă©chappĂąt. Il mura mille cinq cents indigĂšnes, parmi lesquelles beaucoup de femmes et d’enfants».

 

Category : reserved to connected users | Write a comment | Print

Comments

| Contact author |