Le médecin, le chirurgien, et le psychothérapeute » Paix et Amour entre les peuples

 Le médecin, le chirurgien, et le psychothérapeute

12/10/2007

Le médecin, le chirurgien, et le psychothérapeute

Par Ralph STEHLY


Au XIe siècle, un chirurgien andalou effectuait des recherches sur la tuberculose des vertèbres -maladie connue sous le nom de mal de Pott- sept cent ans avant la découverte de Percival Pott! Un ophtalmologue réussissait en l'an mille à guérir une cataracte huit cent ans avant l'opération réussie de Blanchet!

La médecine islamique, profondément humaniste, prenait en considération tous les aspects de la vie et de la souffrance du patient, conformément à la vision islamique du monde.
Elle accordait une attention fort scrupuleuse aux symptômes du patient et à son cadre de vie, aux questions de climat, d'environnement, d'hygiène de vie (y compris l'hygiène sexuelle), de diététique et de régime alimentaire. Les plus hautes sommités médicales ne dédaignaient pas d'écrire des livres de cuisine.
La médecine arabo-islamique a été à la pointe du progrès de cette discipline durant de nombreux siècles. Le décalage chronologique entre les découvertes des médecins arabo-musulmans et les (re)découvertes occidentales est considérable. Il n'est pas rare qu'il atteigne cinq à huit siècles!
Le chirurgien andalou Aboul Qâsim (mort en 1013) poursuivit des recherches, sept cents ans avant Percival Pott (1714-1788), sur la tuberculose des vertèbres, connue actuellement sous le nom de mal de Pott.
L'ophtalmologue Aboul-Qasim Ammâr ben Ali al-Maousils réussissait à Baghdad, en l'an 1000, à guérir une cataracte par succion avec une aiguille creuse. L'opération ne sera réussie en Occident qu'en 1846 par Blanchet. Ibn an-Nafîs (1210-1288) découvrit la petite circulation du sang trois cents ans avant Michel Servet (1509-1553) et quatre cents ans avant William FIarvey (1578-1657).
L'anesthésie était utilisée dans les opérations chirurgicales. On se servait de la mandragore et du haschisch. On l'administrait en infusion ou en imbibant des éponges qu'on introduisait dans la bouche ou dans les narines du patient. Le sommeil était provoqué par imprégnation directe de la muqueuse à travers laquelle les alcaloïdes passaient directement dans le sang.
Les Arabes avaient aussi une connaissance empirique de l'effet antibiotique de certaines substances. Ils prélevaient des moisissures de pénicilline et d'aspergille sur les harnachements de leurs ânes et de leurs buffles et en faisaient une pommade qu'ils appliquaient sur la plaie infectée. Et pour soigner une laryngite rebelle, ils soufflaient dans la gorge du malade de la poussière verdâtre de pain moisi.
On doit aux Arabes la conception moderne de l'hôpital non seulement comme lieu de soins, mais aussi centre d'enseignement et de recherches cliniques. C'est Sinân ben Thâbît (Xe siècle) qui organisa le premier les hôpitaux en terre d'islam, ainsi que les professions médicales et paramédicales. Sinân imposa que les étudiants en médecine suivent un enseignement à la fois théorique et pratique, passent un examen final et prêtent le serment d'Hippocrate, avant d'exercer sous le contrôle de l'Etat.


Avicenne (980-1037)


Ibn Sînà (connu sous le nom d'Avicenne en Occident) naquit en 980 à Afshana (actuel Ouzbékistan soviétique). Il était de souche iranienne. Ce fut un enfant à l'intelligence étonnamment précoce. A dix ans, il connaissait déjà le Coran par coeur. A seize ans, il maîtrisait toutes les sciences de l'époque et exerçait déjà son activité de médecin, qu'il ne cessera d'exercer jusqu'à sa mort à l'âge de cinquante-sept ans, le vendredi 18 juin 1037, dans le désert près de Hamadân.

Homme au savoir encyclopédique et à la puissance créatrice titanesque, Avicenne fut tout à la fois un éminent médecin, un philosophe au rayonnement sans pareil et un savant qui a illustré la chimie, la physique, l'astronomie et les mathématiques. Il est l'auteur d'une oeuvre monumentale: 456 ouvrages en arabe et 23 en persan.

Le grand tournant de sa vie se situe en 997- Il était alors âgé de dix sept ans, quand le prince Nouh ben al Mansour tomba gravement malade. Avîcenne fut appelé à son chevet. En signe de gratitude pour les soins prodigués avec tant de compétence et de succès, le prince lui ouvrit les portes de sa bibliothèque. Il put dès Iors assouvir sa passion de lecture et de recherche.
Puis il fut successivement au service de plusieurs princes, notamment de Majd ad-Daoula, dont il devint vizir, c'est-à-dire ministre de 1014 à 1021. Mais son vizirat lui attira beaucoup d'ennemis politiques et il fut jeté en prison en 1021. Il mit a profit cette retraite forcée de quatre mois pour composer trois livres: un livre de philosophie générale, un traité sur les diarrhées et un récit mystique, l'Epître de Hayy, fils de Yagzân.
Il s'évada dans des circonstances rocambolesques. Déguisé en derviche, il échappa à ses poursuivants et atteignit Ispahân en toute sécurité. Il y resta quinze ans. C'est là qu'il rédigea la majeure partie du Canon de la médecine, une monumentale encyclopédie médicale d'un million de mots.
Son oeuvre médicale est prodigieuse. Avicenne a été le premier à décrire correctement l'anatomie de l'oeil humain et à exposer avec précision le système des ventricules et des valvules du coeur. Il effectua le diagnostic différentiel entre la mediastinite, la pleurésie, la pneumonie, l'abcès du foie et la péritonite, diagnostique d'une difficulté considérable avec les moyens de l'époque. Il fut aussi le premier à différencier la méningite infectieuse des autres formes d'infections aiguës et à donner une description différentielle de la méningite cérébro-spinale et de la méningite secondaire.
Avicenne recommandait, en médecine préventive et curative, l'hydrothérapie, la pratique d'exercices physiques réguliers et celle du sport.
Il prêta une grande attention aux questions d'hygiène sexuelle, dont il voyait également la dimension psychologique. Selon lui, le renoncement aux relations sexuelles avec l'être aimé peut aller jusqu'à provoquer de profonds troubles mentaux. Parmi les effets bienfaisants qu'Avicenne attribua aux relations sexuelles, « il y a la relaxation de l'esprit, un regain de courage dans la vie, l'arrêt de la rumination en cas de colère excessive, l'équilibre de l'esprit et la pleine maîtrise de soi-même. Les relations sexuelles ont un effet salutaire en cas de mélancolie et dans beaucoup de maladies dépressives» (Canon III, titre 20). Il avait acquis la certitude de l'importance des aspects psychosomatiques dans la guérison du patient.
C'est ainsi qu'il conseillait: ' Nous devons considérer que l`un des meilleurs traitements, l`un des plus efficaces, consiste à accroître les forces mentales et psychiques du patient, à l'encourager à la lutte, à créer autour de lui une ambiance agréable, à le mettre en contact avec des personnes qui lui plaisent. » De nombreuses anecdotes nous décrivent Avicenne utilisant des procédés psychothérapiques avant l'heure.
A un jeune homme qui se morfondait d'une mystérieuse maladie, il prit longuement le pouls en lui posant de nombreuses questions de plus en plus intimes sur sa vie. Alors qu'il avait abordé le chapitre de sa vie amoureuse, le patient nia tout problème dans ce domaine. Mais son pouls s'était fortement accéléré. Avicenne répliqua: "Ton corps répond oui."
Le patient lui avoua alors un amour secret. Avicenne lui conseilla de rejoindre sa bien-aimée et de se marier.
Il guérit sur le champ.

SOURCE HISTORIA

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