Islamophobie en Occident » Paix et Amour entre les peuples

 Islamophobie en Occident

15/10/2007

Islamophobie en Occident
par A. Bensaada Docteur En Physique

L'Islam est la seconde religion la plus pratiquée dans le monde après le Christianisme.

Elle regroupe environ 1,2 milliard de fidèles principalement en Asie, en Afrique et en Europe. Il est très difficile de connaître précisément le nombre de musulmans en Occident, mais des estimations sérieuses peuvent le chiffrer aux alentours d'une vingtaine de millions très inégalement répartis à travers ses pays membres. Ainsi, on remarque que quatre pays, en l'occurrence la France, les Etats-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, regroupent plus des deux tiers des musulmans d'Occident. Le reste est disséminé dans les autres pays.

À quelques exceptions près comme la Grèce ou l'Espagne qui comptent une population musulmane séculaire, les musulmans des autres pays sont essentiellement issus d'une immigration plus ou moins récente dépendamment des pays. Contrairement à la place démesurée qu'ils occupent dans les médias occidentaux, la communauté musulmane ne représente qu'environ 3,5% de la population totale de l'Union européenne, et moins de 3% de celle de la totalité des pays occidentaux.

De nombreux événements ont contribué à mettre les musulmans d'Occident sous les projecteurs : les attentats du 11 septembre 2001 à New York, ceux de Madrid et de Londres, les caricatures du prophète Mohamed, les péripéties du conflit israélo-palestinien, la publication de certains ouvrages controversés comme celui de Oriana Fallaci [8], la controverse sur le voile islamique en France, l'occupation de l'Irak ou le récent problème nucléaire iranien. D'autre part, les médias ont toujours tendance à monter en épingle les moindres incartades qui ont pour effet de stigmatiser les sentiments islamophobes. À cet effet, le dernier rapport de l'EUMC (Observatoire Européen des Phénomènes Racistes et Xénophobes) note que : « les musulmans sont souvent victimes de stéréotypes négatifs, phénomène qui est par moments renforcé par le portrait négatif ou sélectif que véhiculent les médias ». Ce même rapport fait état de centaines d'incidents à caractère islamophobe recensés dans les années 2004-2005 dans tous les pays de l'Union Européenne. Cela va des désormais banals incendies de mosquées en Allemagne à l'arrachage du foulard (et de quelques cheveux) d'une femme musulmane à Saragosse (Espagne), en passant par le tabassage de musulmans par des membres du Mouvement de la Résistance Suédoise (organisation nazie). Pas moins de 13 pages du rapport sont consacrées à la description d'une débauche d'actes racistes contre la communauté musulmane et certains comportements délictueux sont même attribuables à des responsables politiques ou à des policiers. Dans leur récent article intitulé : «Love thy neighbour: how much bigotry is there in western countries?», V.K. Borooah and J. Mangan ont étudié l'intolérance des Occidentaux à l'encontre de 5 groupes sociaux, à savoir: i) personnes d'une autre race, ii) immigrants, iii) musulmans, iv) juifs et v) homosexuels. Dans cette étude, une simple question a été posée à 31625 Occidentaux : « Aimeriez-vous avoir des personnes de l'un des groupes comme voisins ? ». Les résultats de cette vaste enquête ont montré que la Grèce et l'Irlande du Nord ont, en Occident, la plus grande proportion de personnes intolérantes envers les étrangers.

Si on se focalise sur les résultats concernant uniquement la communauté musulmane, on remarque que le Canada et le Portugal sont les pays les plus accueillants pour les musulmans alors que la Grèce et la Belgique sont les moins tolérantes.

L'enquête s'est aussi intéressée à l'opinion de la fraction de la population qui comporte les personnes qui sont intolérantes envers au moins un des groupes sociaux : c'est la fraction intolérante de la population. L'analyse des résultats permet de voir que le Portugal et le Canada conservent leurs places, mais ce sont les pays scandinaves qui révèlent leur islamophobie. En fait, l'étude montre que l'intolérance des scandinaves (qui, ensemble, accueillent moins de 4% du total des musulmans d'Occident) est principalement dirigée contre la communauté musulmane. Autre particularité de ces pays nordiques: ils ont, contrairement à la plupart des autres pays, une meilleure opinion des homosexuels que des musulmans (exception faite de la Finlande).

Si on fait abstraction du groupe concernant les homosexuels qui ne peut être considéré comme un groupe ethnique, il apparaît, qu'en moyenne, ce sont les musulmans qui sont les moins bien perçus en Occident. Là aussi, il existe l'exception ibérique. En effet, seuls l'Espagne et le Portugal placent les musulmans devant les juifs, qui, à leur tour, occupent la dernière place du classement.

Intéressons-nous maintenant au détail des résultats colligés pour le Canada, pays le plus accueillant en Occident pour les musulmans. Malgré le statut enviable de ce pays, force est de constater que le groupe social le moins bien perçu reste toujours celui des musulmans, en parfait accord avec la tendance moyenne des pays occidentaux, même si le taux d'intolérance y est 2 fois moins élevé que la moyenne occidentale.

En 2005, dans un sondage Ipsos Reid pancanadien, des répondants ont été questionnés sur les minorités les plus susceptibles à être victimes de racisme. Là aussi, les résultats montrent que les musulmans occupent le haut du pavé, avec un taux plus de 3 fois plus grand que celui des juifs, par exemple.

La même enquête a sondé les Canadiens sur leur aptitude à accueillir des personnes d'une autre race comme voisins. Les résultats, classés par province, indiquent clairement que c'est au Québec que la population est la plus réfractaire à cette idée. Ce qui est le plus remarquable, c'est que le pourcentage est près de 4 fois plus élevé que celui de l'Ontario et le double de celui de la moyenne canadienne. Cela met en évidence le fait que l'opinion québécoise est plus «européenne» que canadienne.

La récente «grande enquête sur la tolérance au Québec» de la firme Léger Marketing qui a fait couler beaucoup d'encre, a montré qu'un Québécois sur 2 avait une mauvaise opinion sur les Arabes. Comme les Occidentaux ne font pas nécessairement la différence entre la notion d'Arabe et celle de musulman, les deux mots peuvent être considérés comme interchangeables dans le sondage.

Ici aussi, ce sont les Arabes qui ont l'apanage de la perception la plus négative, perception 5 fois plus élevée que celle envers les asiatiques, par exemple.

Fait très singulier, le sondage fait ressortir ce qu'il appelle «le paradoxe arabe» : « c'est envers la communauté arabe que les Québécois expriment le plus fort degré de réprobation. Pourtant, l'enquête démontre qu'il s'agit d'une des communautés les mieux intégrées à la société québécoise. »

Cette islamophobie grandissante en Occident ne se manifeste pas uniquement dans des sentiments négatifs ou des actes violents. Elle a des répercussions sur l'employabilité des personnes issues de cette communauté. Citons les exemples de la Belgique où le taux de chômage des Marocains et des Turcs est 5 fois plus élevé que celui des Belges de souche. En Grande-Bretagne, des informations détaillées montrent que les musulmans ont le plus haut taux de chômage parmi les hommes, 3 fois plus élevé que celui de la population en général. Plusieurs expériences de demandes d'emplois avec des candidats fictifs ou des noms occidentaux remplaçant un nom arabo-musulman ont été tentées dans plusieurs pays occidentaux (technique de «Testing»).

Le 22 février 2007, la plus importante entreprise agroalimentaire du Québec a été condamnée à verser 15 000 $ à un montréalais d'origine marocaine qui a été contraint à se «baptiser» Marc Tremblay pour obtenir un entretien d'embauche. Le même CV portant son vrai nom à consonance musulmane a été rejeté à quinze reprises entre 2000 et 2003. En 2004, une émission radio de la BBC a envoyé des demandes d'emplois de 6 candidats fictifs à 50 entreprises britanniques en utilisant des noms explicitement de race blanche, africaine ou musulmane. L'expérience a montré que les candidats supposément musulmans traînaient en queue de peloton avec environ 3 fois moins de chance d'être invités à une entrevue que les candidats de race blanche (comparativement à 2 fois moins pour les candidats de race noire). Une démonstration similaire, réalisée par l'Observatoire des Discriminations de l'Université Paris I, a révélé que les maghrébins avaient 5 fois moins de chance que les français de souche d'obtenir une réponse positive. Cette discrimination à l'emploi est, de loin, la plus insidieuse car elle freine l'intégration des musulmans au marché de l'emploi, bloque l'accès à une qualité de vie décente et nuit au sentiment d'appartenance à la société d'accueil.

L'islamophobie est un phénomène réellement grave dans les pays occidentaux et sa progression est indéniable. Son ampleur dépasse celle de l'antisémitisme ou du racisme envers toutes les autres communautés ethniques d'Occident. Elle affecte la structure et l'équilibre des pays membres surtout si on considère qu'un nombre croissant de musulmans de deuxième et troisième génération sont des citoyens occidentaux à part entière. Une éducation à la citoyenneté et à la diversité sociale doit être obligatoirement insérée dans le cursus officiel des écoles et des positions politiques claires et courageuses sont indispensables afin de juguler ce fléau social. Quant à l'égalité des chances à l'emploi, la promotion des CV anonymes est une mesure minimale qui devrait aider à aplanir la disparité entre l'employabilité des citoyens de souche et de ceux issus des autres communautés. L'empathie et l'ouverture à l'autre sont des gages de la bonne santé d'une société moderne, égalitaire et résolument tournée vers l'avenir.

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