L'inégalité des Algériens est-elle un fondement de l'état ? » Paix et Amour entre les peuples

 L'inégalité des Algériens est-elle un fondement de l'état ?

8/11/2007

L'inégalité des Algériens est-elle un fondement de l'état ?

par Mohammed Guétarni*

Avant l'Indépendance, « tous » les Algériens étaient logés à la même enseigne : « tous » colonisés, donc « tous » des indigènes. Au lendemain de l'Indépendance, ils constatent qu'ils sont inégaux. Quelle est le mystère de cette inégalité dans leur propre pays pour lequel ils ont « tous » combattu avec « un égal » élan patriotique ? Est-il (mystère) prescrit par une loi naturelle, alors laquelle ? Par un édit politique, pourquoi ? Ou, tout simplement, son origine a-t-elle été décrétée par des esprits vicieux et nostalgiques de l'ère coloniale mais nationale, cette fois ? Ces questions sociologiques nécessitent un débat national. Ce que refuse le Pouvoir par manque de volonté et de courage politiques, mais aussi, parce que l'honnêteté et l'envie de partager le pouvoir font défaut.

En 1962, la majorité écrasante de la société algérienne était, certes, analpha - mais pas bête, pauvre matériellement - mais riche patriotiquement. Afin de consolider son Indépendance économique, le peuple algérien avait unanimement opté pour faire de l'Algérie le Japon arabe, sinon africain. Hélas, des volontés mafieuses ont décidé autrement. Elles ont préféré la voie d'un progrès à rebours qui garantit leurs propres intérêts caractérisés par le mensonge et la filouterie politiques, la corruption des moeurs socio-politiques, les détournements de fonds, l'instrumentalisation de la religion à des fins (et des faims insatiables) partisanes, la griserie du Pouvoir. D'où la question prophétique du feu Président Boudhiaf en 1964 : « Où va l'Algérie ? ». Elle est, on ne peut plus clair, d'actualité.

Au lendemain de l'Indépendance, certains dirigeants sans noblesse morale se sont laissés choir sur la pente douce - ô combien suicidaire pour l'Algérie ! - d'une voie ténébreuse pour justifier leur cécité. Des erreurs se sont mues en véritables délits politiques par manquement au serment donné aux martyrs tombés au Champ d'Honneur pour que vive l'Algérie. Ceci, parce que n'importe qui se voyait parachuté à n'importe quel poste de haute responsabilité sans science, ni conscience. Ce qui a provoqué la ruine du pays. Le « ârchisme », le tribalisme, le cousinage, le copinage, l'éloignement de la sphère du pouvoir de « tous » ceux qui n'étaient pas proches du « Zaïm » par n'importe quel filon (sang, compagnonnage, idéologie, pensée...) ont fait le reste. C'est en raison de ces pratiques délétères que les moeurs politiques ont dégénéré. La belle image de marque de l'Algérie d'antan, celle du sacrifice du million et demi de ses meilleurs fils, de la tête de lance révolutionnaire de l'Afrique, voire du Tiers-Monde du 20ème siècle, a été sérieusement affectée.

Aujourd'hui plus qu'hier. Au lieu d'être les parangons de la vertu, nombre de Responsables se sont conduits en modèles d'immoralité tout en étant investis de hautes fonctions de l'État. Des vices sociaux apparaissent aujourd'hui et au grand jour, notamment chez les jeunes desperados : drogue, terrorisme, « hitisme », « harraga ».... Ils rejettent la politique actuelle parce qu'ils se sentent abandonnés par un Pouvoir qui n'a cessé de montrer ses limites. L'absence de l'État est « remarquablement présente ». Le pays souffre de la mauvaise gestion.

Il ne suffit pas d'avoir un territoire, un emblème, un hymne, un peuple pour dire qu'il y a un État. Ce dernier est l'expression organisée d'une société harmonisée au moyen de l'élaboration managériale d'un projet qui incarne la conscience collective de la société. Celle-ci le reconnaît et l'accepte comme tel parce qu'il est investi par sa majorité à un taux supérieur à 50 % au suffrage universel et non à moins de 20 % comme c'est le cas de l'actuelle législature qui n'est autre que l'ombre d'elle-même et pourtant maintenue. N'est-ce pas une insulte à toute la nation ? Un bon chef d'État doit tisser des liens d'affection et d'attachement avec ses compatriotes. Il leur doit respect et, surtout, écoute pour s'enquérir, de visu, de leurs inquiétudes. C'est une des démarches premières pour conforter la réconciliation nationale à laquelle tous les citoyens aspirent pour sortir de la spirale de la violence. En paraphrasant Homère, il doit être « Le Pasteur de son peuple ». Si les droits ne sont pas les mêmes pour « tous », ils doivent être inhérents au seul mérite que l'on peut considérer comme une forme de « discrimination positive constructive ». Chaque citoyen se sent motivé par un esprit d'émulation pour doubler de zèle au profit de la nation. Dans ce cas, chacun reçoit selon ses mérites. Il va de soi que le meilleur reçoit davantage. Ce qui n'est, malheureusement, pas le cas chez nous. L'homme du pouvoir reçoit plus que les autres, « tous » les autres, parce qu'il est « Algé-Roi ». Les autres, « tous » les autres, restent des « Algé-Riens ». Ministres et députés - parfois sans niveau (spécificité algérienne supplémentaire) - perçoivent respectivement cinq et trois fois le salaire d'un professeur-chercheur titulaire d'un doctorat, dernier degré universitaire. Cela défraie toute chronique et dépasse tout entendement. C'est le salaire de la honte. Un Pouvoir qui favorise l'élite politique (?) sur l'élite intellectuelle en matière de rémunération salariale et considération sociale est un Pouvoir qui récuse le mérite et n'a cure de la Justice sociale. Il se sert sans modération parce qu'il se prend pour le maître du pays sinon pour son soleil levant. Sans lui, peuple et pays s'étiolent. Cela est une conduite de déviance par rapport aux normes de la morale politique et surtout de la bonne gestion et, son corollaire, la bonne gouvernance. C'est le corps qui répugne sa propre âme qui le tient en vie. Au lieu de l'entretenir et de la bichonner, il la maltraite. Oui, l'Université est l'âme du pays. Le Pouvoir refuse de respecter le Savoir que Dieu a pourtant glorifié. N'en déplaise à ceux qui ne l'ont jamais fréquentée et qui se trouvent, sans qualités requises, dans la sphère du Pouvoir. Dans ce cas, que signifie l'article 2 de la Constitution : « L'Islam est la religion de l'État » ?

Aucun responsable, du Président d'APC au Président de la République, du Chef de Daïra au Chef du Gouvernement, n'est assigné à rendre, périodiquement, des comptes au peuple. De même, il n'y a pas de revues - ni même de rubriques - économiques qui décortiquent recettes et dépenses publiques du Président d'APC, du Wali, du Chef de Daïra, du Chef du Gouvernement... pour une gestion transparente des deniers publics. Ce qui peut être un moyen de freiner, sinon de ralentir les détournements à répétition. Le responsable, se sentant ainsi à l'abri des feux de la rampe, fait ce que bon lui semble sans craindre rien ni personne. Chaque Chef se prend pour le seigneur tout-puissant de la contrée qu'il gouverne. N'est-ce pas le retour à une forme de féodalité qui ne dit pas son nom ?

L'homme vient au monde avec une nature bonne et une âme immaculée. S'il devient mauvais, la source de son mal réside dans sa propre société qui l'a corrompu en raison des inégalités sociales criantes dont il est victime. L'éthique est une dérivée de la morale. Celle-ci a pour but la droiture de l'homme dans et pour la société. C'est la sagesse en tant que valeur humaine. Un Responsable, dans le temps et dans l'espace, qui en est dépourvu, devient un danger imminent pour son peuple de par son iniquité. Si la justice est l'ordre des choses, la sagesse est le discernement du juste.

Justice, sagesse, modération donnent au dirigeant une force morale pour être, avant tout, un citoyen au service de sa nation. « Vous êtes tous Pasteurs, disait le Saint Prophète (QSSL), et chaque pasteur est responsable de ses sujets ». Un chef d'État efficient, impartial et incorruptible est un bonheur moral pour son peuple parce qu'il assure le bonheur matériel à son peuple.

Cependant, lorsque les candidats aux élections sont imposés aux électeurs par le sommet, même s'ils sont incompétents, lorsque le peuple refuse de voter à hauteur de 70, voire à 80 % et le Pouvoir s'interdit de décrypter ce message silencieux mais ô combien éloquent, lorsqu'il refuse de respecter la volonté populaire, lorsqu'il reste sourd aux doléances de la jeunesse, lorsque les prix ne cessent de flamber sans que les salaires, de plus en plus anémiés, ne suivent plus et que le Chef du gouvernement - mais quel gouvernement ? - avoue, publiquement, son incapacité à les (prix) contrôler, lorsque la corruption, cet incendie criminel, ne cesse de gangrener « tous » les secteurs du pays qui passe de la 80ème à la 99ème place. De grâce, où est la présence de l'État, sa légitimité, sa force et son respect ? Doit-on, encore, lever les bras au ciel et accuser, une fois de plus, la politique de « Allah Ghaleb » ?

Qui est responsable de l'état déliquescent de l'État : l'homme d'État ou le citoyen de la rue impuissant qui ne sait plus rien comprendre parce qu'il sait qu'il n'y a plus rien à comprendre ?

Ceci est dû au grave déficit de la morale politique. Celle-ci devrait être la bonne santé de l'esprit des dirigeants, toutes strates du Pouvoir confondues et, en même temps, leur feuille de route. Le souci constant d'un Responsable vertueux est de bien faire pour les autres en méprisant son Moi personnel à l'instar de Omar Ibn El-Khattab. Faute de quoi, c'est le tarissement des valeurs nobles qui n'est autre que l'immoralité qui risque de devenir la règle d'or à suivre, si ce n'est déjà le cas. Le poète arabe disait : « Toute nation dépend de sa morale. Si la morale vient à disparaître, toute la nation disparaît ». Mon Dieu ! L'Algérie est-elle en voie de disparition ?

Un Gouvernement respectueux de son peuple ne doit pas être coupé de lui. Au contraire, il s'applique à le servir et le rendre heureux sans le rendre taillable ni corvéable à sa merci. Or, peut-on vivre heureux dans une Algérie qui ne cesse de s'enrichir en pétrodollars et l'Algérien qui ne cesse de s'appauvrir ; un pays où le salarié n'arrive pas retirer sa paye en raison de la pénurie de liquidité qui frappe nos bureaux de poste tandis que les réserves de change dépassent les 100 milliards de dollars sans que le premier argentier du pays ne s'en soucie; où un enfant sur cinq souffre d'une « dénutrition endémique » parce que 20 importateurs seulement tiennent en laisse 34 millions de consommateurs sans consumérisme. Ils fixent « leurs prix » à «leurs convenances » faisant fi de toutes les règles universelles du marché. Tel est le constat d'échec d'une politique qui manque de maturité.

Lorsqu'un peuple dispose pleinement de sa souveraineté, il respecte les lois de sa République. Lorsqu'elle lui est confisquée, c'est le règne du chaos que nous vivons douloureusement.

C'est, peut-être, une des raisons qui expliquent ces inégalités injustifiées entre Algériens. Celles-ci risquent d'être une pépinière du terrorisme. Que l'État prenne sérieusement en charge les problèmes de la jeunesse (travail, logement, distractions...) et le terrorisme cessera de lui-même par manque de terroristes. Lorsque les Algé-Riens - particulièrement les jeunes - recouvreront leurs droits et leur dignité dans leur pays, l'Algérie aura des chances de se rétablir du cancer des nations désorganisées et sous-développées pour rattraper le concert des nations organisées et développées. Alors, tous les Algériens auront des chances d'être des « Algé-Rois ». Pour ce faire, il faut que la tête reprenne ses droits. C'est-à-dire que la direction du pays revient aux compétences ès qualité.


Aux bons gestionnaires, la nation est reconnaissante.



*Docteur ès lettresUniversité de Chlef

 

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