Palestine:Une guerre de 70 ans déjà. » Paix et Amour entre les peuples

 Palestine:Une guerre de 70 ans déjà.

4/12/2007

Palestine : une guerre de 70 ans, déjà

par Pierre Morville

 
Durant la guerre de Cent Ans entamée en 1337, plusieurs lignées de rois français et anglais s'affrontent pour le contrôle de l'Ouest de la France. Depuis que les Normands, partant de France, avaient conquis l'île saxonne et porté leurs princes sur le trône anglais, l'Angleterre et la France formaient un camaïeu d'intérêts communs et divergents. On parlait français à la cour d'Angleterre mais la Normandie, une partie du Nord de la France, l'Aquitaine, étaient anglaises. Durant cette guerre de Cent Ans, longue suite d'escarmouches, de vraies batailles, de longues trêves, de faux armistices, se répandit une épidémie de peste qui priva l'Europe d'un tiers de ses habitants. Finalement la France gagna. Les deux pays furent définitivement séparés mais cette défaite anglaise fut pour certains, à l'origine du judicieux choix maritime et industriel de l'Angleterre.

Entamée en 1618, la guerre de Trente Ans fut infiniment plus barbare. Villes mises à sac, massacres en tous genres, pendaisons, estrapades, bûchers étaient le lot quotidien des populations de la plupart des pays d'Europe. A la sortie de cette guerre cruelle, le Saint Empire germanique s'écroule en une myriade de petits royaumes, l'Espagne entre dans une décadence prolongée. Tout le reste de l'Europe en sort exsangue, sauf l'Angleterre et la Russie qui s'étaient soigneusement tenues à l'écart du conflit.

1936-1939: la «grande révolte arabe» en Palestine

A l'évocation de ces grandes guerres passées, cela peut paraître très éloigné de l'actualité internationale la plus immédiate. Leur durée exceptionnelle permet néanmoins de les comparer avec le très long conflit israélo-palestinien. Celui-ci dure depuis plus de 70 ans, depuis le déclenchement de la «Grande Révolte» arabe, mouvement de protestations multiformes violemment réprimé, qui secoua la Palestine de 1936 à 1939.

En avril 1936, le mufti de Jérusalem, Amin al-Husseni, appelle à une grève générale pour protester contre l'immigration juive, en forte croissance depuis la fin de la 1ère Guerre mondiale. La révolte s'exprime également contre la puissance coloniale britannique et la politique de son administration qui acquiert des terres de paysans palestiniens pour les redistribuer ensuite à des colons juifs. En dépit de la présence de 35.000 soldats britanniques et de l'activisme de la Haganah, la force militaire du mouvement sioniste, la révolte arabe s'est poursuivie pendant trois ans. L'ordre n'est rétabli qu'en mars 1939: plus de 5.000 Palestiniens ont trouvé la mort ainsi que 500 colons juifs et 200 soldats britanniques.

Face à cette première «Intifada», les autorités britanniques réagissent avec hésitation. La violence a ainsi diminué en 1936 à la suite de la constitution d'une commission d'enquête, dite commission Peel. Celle-ci préconise alors la création des deux Etats, proposition acceptée par le mouvement sioniste mais refusée par les Arabes.

En mai 1939, le secrétaire anglais aux colonies, Malcolm MacDonald, publie un «Livre blanc» après une conférence anglo-judéo-arabe qui s'est tenue à Londres en février 1939. Le rapport prévoit au contraire une limitation des ventes des terres à la colonisation juive, l'immigration elle-même ne devant pas dépasser un tiers de la population globale de la Palestine. Enfin, un Etat unitaire indépendant, à majorité arabe, est envisagé dans un délai de dix ans.

Le Livre blanc entraîne à son tour de vives réactions dans le mouvement sioniste mondial. Il provoque une vague d'attentats contre les Britanniques, par deux mouvements juifs armés, l'Irgoun (dirigé par le futur 1er ministre Menahem Begin) et une scission encore plus violente de celui-ci, le Lehi, ou groupe Stern (qui comptera parmi ses membres, le futur 1er ministre Yitzhak Shamir). Les attentats durèrent jusqu'en 1942 !

Permanence de la «Muraille d'acier»

Le mouvement sioniste est alors schématiquement divisé en deux tendances. La première, majoritaire, est d'inspiration socialisante, avec David Ben Gourion comme leader incontesté. Ce courant donnera naissance au Parti travailliste israélien. L'autre courant s'est cristallisé autour du Parti révisionniste, nationaliste et très marqué à droite, fondé par Vladimir Jabotinsky. Ce dernier fait paraître en 1923 son principal ouvrage d'orientations politiques, «La Muraille d'acier». Contrairement aux idées en vogue dans le mouvement sioniste où il était de bon ton de penser qu'il serait aisé de duper des paysans palestiniens naïfs et cupides, Jabotinsky ne méprise pas ses adversaires: «Les Arabes de Palestine n'accepteront jamais la transformation de la Palestine arabe en un pays à majorité juive, écrit-il, ils sont aussi fins psychologues que nous. On peut leur raconter ce que l'on voudra, ils lisent dans nos coeurs aussi bien que nous lisons dans le leur». La seule solution ? Eriger une «muraille d'acier» pour protéger l'Etat juif. Dans son esprit, il s'agissait d'une armée puissante mais l'image trouve un écho curieux dans le «Mur de protection» actuellement en cours de construction. Jabotinsky n'écartait pas l'idée d'une paix avec les Palestiniens mais sur la base d'un compromis dicté par le futur Etat israélien: il n'y aura d'accord que lorsque le rapport de forces sera clairement établi en faveur des sionistes, «autrement dit, le seul moyen d'obtenir un accord dans l'avenir, c'est de totalement renoncer à en obtenir un dans le présent». Paroles prophétiques puisque, plus de 80 ans plus tard, le Likoud, l'héritier de son courant politique, les travaillistes ou le parti Kadima d'Ehud Olmert, continuent d'appliquer avec obstination le même précepte: ne rien céder aujourd'hui contre la promesse d'une paix toujours remise à plus tard.

Le leader extrémiste du Parti révisionniste a finalement marqué beaucoup plus en profondeur la société israélienne que les utopies socialisantes de l'aile travailliste: le syndicat Histadrout est profondément affaibli et les Kibboutz ne sont plus que des cas d'école.

Les deux autres principales idées fortes de Jabotinsky continuent à être d'actualité en Israël:

- l'idée d'un Etat juif s'établissant sur les deux rives du Jourdain, correspondant à la Palestine sous mandat anglais, a marqué le pas mais elle continue à être portée par les partis sionistes extrémistes qui, proportionnelle oblige, font l'appoint indispensable de toutes les coalitions gouvernementales. Le «Grand Israël» reste la bannière du «mouvement des colonies», légales ou sauvages.

- La défense, déjà, du libéralisme économique contre toute intervention de l'Etat dans l'économie.

C'est là tout le corpus idéologique d'un Benyamin Netanyahou, très proche des néo-conservateurs américains et principal challenger d'Ehud Olmert pour le poste de futur 1er ministre d'Israël.

Une telle continuité de positions rend évidemment très sceptique sur l'ouverture faite par Ehud Olmert, en réaction à la proposition de paix globale renouvelée jeudi dernier au Sommet arabe de Riyad. «J'appelle tous les chefs d'Etat arabes, dont bien sûr le roi d'Arabie Saoudite, à se réunir avec nous pour discuter», a déclaré dimanche le chef du gouvernement israélien en présence de la chancelière allemande, Angela Merkel. Le Roi Abdallah avait déjà révélé en 2002 les grandes lignes de ce plan de paix arabe: c'est l'offre à Israël d'une paix durable et de la normalisation de ses relations avec tous les pays arabes en échange du retrait des territoires occupés depuis 1967 (dont le Golan syrien), de la création d'un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale et d'un règlement «équitable et agréé» de la question des réfugiés palestiniens. Jusqu'à présent, Israël avait rejeté cette offre arguant du fait qu'il y était fait mention du «droit au retour» des réfugiés palestiniens. Les trois points restent ceux qui ont fait échouer les accords d'Oslo, de Camp David et de Taba.

Olmert laisse dubitatif

L'offre faite par Ehud Olmert à «tous les dirigeants arabes» de discuter avec lui de la paix au Moyen-Orient laisse donc dubitatif. Après avoir subi de fortes pressions de l'administration américaine, soucieuse de faire oublier sa pitoyable équipée irakienne et d'élargir ses appuis internationaux face à l'Iran, le 1er ministre israélien se devait de lâcher du lest. Affaibli après son échec lors de l'intervention de l'armée israélienne au Liban contre le Hezbollah, au plus bas dans les sondages après une série de scandales qui secouent son gouvernement, Ehud Olmert a choisi finalement de botter en touche, promettant une fois de plus la paix à l'issue d'un processus, encore à définir, d'une négociation longue et compliquée. Il sait que les pressions du gouvernement Bush, peu convaincu sur le fond, ne dureront qu'un espace de temps. Celui d'une éventuelle épreuve de force avec l'Etat iranien. Une telle hypothèse impose à Washington de s'assurer au moins ponctuellement la neutralité des grands pays sunnites.

Après ? On peut craindre que les promesses ne continuent d'engager que ceux qui y croient. On peut également espérer que l'opinion publique israélienne abandonne son obsession d'une éternelle «Muraille d'acier» et choisisse la carte de la négociation souhaitable pour tous.

Entamée en 1337, la guerre de Cent Ans déboucha malgré tout sur la paix. 116 années plus tard, en 1453.

 

 

 

Source : http://www.lequotidien-oran.com  

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