Par rapport au statut de la femme
précédant la Révélation islamique on peut affirmer que celle-ci lui a accordé
une considération systématiquement méconnue jusque là. Sous l'égide de la foi
nouvelle, l'élément féminin put jouir de droits personnels, éducationnels et
successoraux, dont elle demeura longtemps privés.
Gustave Le Bon affirmera que «l'islamisme
a relevé la condition de la femme et nous pouvons ajouter que c'est ici la
première religion qui l'ait relevée ; toutes les
législations antiques ont montré la même dureté pour les femmes. ; la situation légale de la femme mariée, telle qu'elle est réglée par le
Coran et ses commentateurs, est bien plus avantageuse que celle de la femme
européenne".(1)
La majorité des exégètes du Livre
s'accordent pour dire que tous les versets coraniques relatifs aux devoirs et
aux droits de l'homme, concernent également la femme, sauf contre-indication
formelle. Pour corroborer cette affirmation, ces juristes citent souvent le
Hadith affirmant que " la femme est la soeur germaine(ou la moitié) de l'homme",
c'est-à-dire son égale devant la loi.D'autre part, le Prophète a tenu à mettre
en relief la personnalité de la femme en acceptant solennellement son acte
d'allégeance. Lui-même chérissait ses femmes et ses filles montrant un contre
exemple à des gens qui « suffoquaient »à l'annonce de la naissance d'une fille
et qui allaient même jusqu'à l'enterrer vivante :
"Lorsqu'on annonce à l'un d'entre
eux la bonne nouvelle (de la naissance) d'une fille, son visage noircit et il
suffoque (de colère)." (Coran XVI,
58 et sourate 81)
- Dans toute gestion d'ordre civil,
économique ou personnel, la femme jouit de capacités et de droits inconditionnels.
Elle peut hériter, donner, léguer, contracter une dette, acquérir, posséder en
propre, passer un contrat, attaquer en justice et administrer ses biens. Elle a
aussi le droit de choisir librement le compagnon de sa vie ou d'acquiescer à un
tel choix, de se remarier après veuvage, ce dernier droit n'a été reconnu à la
femme occidentale que bien tardivement. Au sein du foyer, elle a plein pouvoir.
Elle a le droit à l'éducation au même titre que l'homme, le droit de garder son
nom de jeune fille, le droit de divorcer (13 siècles avant l'occident).
La double part d'héritage reconnue à
l'homme s'explique par le fait que toutes les charges familiales lui incombent
alors que la femme en est totalement exemptée ; Elle peut disposer entièrement
et en toute quiétude de ses biens, aussi opulents soient-ils, le mari n'ayant
aucun droit sur ceux-ci. Non seulement le mariage impose au mari logement,
habillement, nourriture, aide ménagère, mais l'entretien de toute la famille au
sens large (sa mère ou ses soeurs en cas de veuvage, par
exemple).Cet héritage représente un apport extraordinaire compte tenu du fait
que la femme auparavant n'avait droit à aucune part. Les musulmanes ont
d'ailleurs hérité bien avant leurs consoeurs
occidentales (au IXXe siècle), ces dernières pouvant d'ailleurs être
déshéritées selon le bon vouloir de celui qui rédige le testament.. Chose qui
ne peut avoir lieu en Islam : ce droit est inaliénable. L'abroger reviendrait à
laisser libre cours à de nombreux et éventuels abus. Par ailleurs, aucun verset
n'indique qu'il est interdit de favoriser la femme de son vivant, si l'on
craint, eu égard à certaines conditions contextuelles, que celle-ci soit lésée.
- La femme musulmane sut profiter de
l'esprit libéral de la législation islamique. Et s'imposa très vite dans la vie
cultuelle de la communauté musulmane. A moins de 20 ans, Aïcha, fille du ler
Khalife et épouse du Prophète, élevée selon les nouveaux principes, par sa
profonde érudition fut une des plus brillantes figures de l'époque: les
compagnons du Prophète venaient la consulter sur les questions juridiques,
historiques, littéraires et même médicales. Des femmes juges dans les marchés
sont déjà connues au temps d'Omar, 2ème Khalife. Une majordome abbasside
rendait des jugements, un jour par semaine(2) Plus tard, on connaît Oum Derda
qui donnait des cours publics dans la Mosquée de Jérusalem, auxquels assistait l'Emir
Omeyyade Soleiman Chafii, chef d'une des quatre écoles juridiques del'Islam ;
On connaît aussi la célèbre Noufissa, maîtresse de conférences au Caire. Ibn
Hajar, un des célèbres imams de l'Islam, sera formé avec cinquante de ses
condisciples à l'école d'Aïcha El Hambalia ainsi qu'à celle de Zeineb, auteur
des traités en droit et en Hadith. Dans ses oeuvres biographiques, Ibn Hajar
cite plus de quinze cents femmes parmi lesquelles figurent des juristes et des
"savantes". Assakhaoui consacre tout un volume(3) aux intellectuelles
du IXè siècle de l'hégire dont plusieurs originaires de Fez. Ibn Assakir fut le
disciple de 81 femmes "âlem"(4) ainsi qu'Ibn Athir El Ed-Dhahabi,
lequel préfère la femme traditionaliste qui serait - d'après lui - plus
scrupuleuse que son collègue du sexe masculin. Citant une femme de Fès, El
Aliya, fille de Taib ben Kirane, qui donnait des cours de logique à la mosquée
andalouse, Moulieras (fit: "Une femme arabe professeur de logique ! Qu'en
pensent nos géographes et nos sociologues qui ont répété, sur les tons les plus
lugubres que le Maroc est plongé dans les ténèbres d'une barbarie sans nom,
dans l'océan d'une ignorance incurable ? Une intelligente marocaine plane dans
les régions élevées de la sciences"(5).
A toute époque et en tous lieux, la
femme musulmane s'est distinguée par son efficience intellectuelle. Ces grandes
figures de l'Islam sont trop nombreuses pour toutes les citer. Il y eut des
grandes spécialistes des traditions, des conférencières, des grammairiennes,
des rhétoriciennes, des pédagogues, des auteurs de nombreux traités en
jurisprudence et sciences coraniques, des directrices d'instituts, des
professeurs de médecine, des sommités en théologie et en droit, des consultantes
en philologie, des intervenantes auprès des princes, des juges etcElles ne se comptent pas non plus dans le domaine de l'esprit et de l'art
:des lettrées, des poétesses, des calligraphes
- La femme musulmane admise dans
l'armée, non seulement en tant qu'infirmière mais comme combattante, a laissé
de nombreux exemple de courage et d'héroïsme. Edouard Gibn rapporte l'anecdote
saisissante de ces femmes de Damas qui, surprises par l'ennemi, alors que leurs
maris combattaient loin de la ville, se défendirent vaillamment: en usant de
sabres, de lances et de flèches, elles abattirent une trentaine de soldats
ennemis. Dans un épisode de la célèbre bataille de Yermouk, une armée féminine
improvisée à la dernière heure, fit subir à un bataillon romain, une défaite
humiliante. On cite également le cas de plusieurs femmes qui ont combattu côte
à côte avec leurs maris telles la nièce et la soeur du
Prince Oussama, lors des Croisades en Palestine. On peut citer aussi l'exemple
de Ghazala qui mit en déroute l'armée Omeyyade d'El Hajaj .
- Le rôle de la femme musulmane dans la
vie politique n'a pas été moindre non plus. Malgré ce Hadith: "Aucune
réussite pour une nation qui élève une femme au rang de chef d'état",
qui illustrerait surtout une limitation au droit héréditaire de la fille de
succéder à son père dans le régime monarchique, les reines en Islam n'ont pas
manqué. Elles ont régné non seulement sur les trônes musulmans d'Asie,
d'Afrique, d'Europe, des îles d'Indonésie et des Maldives mais aussi près de la
Mecque.
Déjà, en l'année 349 de l'Hégire
l'impératrice Sati régnait à Bagdad. Cinq siècles après l'islamisation du Yemen
qui avait gardé le souvenir de la reine Saba, trois reines se relayèrent à la
tête du pays. On gardera en mémoire, la plus célèbre : la reine Urva qui
dirigea les affaires de l'Etat et planifia les stratégies de guerre jusqu'à sa
mort en 484 (l090 de l'ère chrétienne). On faisait les prières en son nom du
haut des chairs des mosquées. On évoquera aussi la grande reine Alam, morte en
1150 à l'apogée de son règne et que l'on surnommait « El Horra »(celle qui ne
dépend de personne). Plus tard, au XIII e siècle, Chajarat Eddor qui signifie «
Arbre de perles », femme d'une grande beauté portée au pouvoir par les émirs et
les mamelouks, et qui se fera couronner au Caire. C'est elle qui au printemps
1250 organisa les troupes contre le roi Louis IX qui s'attaquait à l'Egypte et
planifia sa défaite. Dans l'Inde musulmane, Radia devint reine de Delhi en
1236. Bien qu'on puisse en citer encore beaucoup d'autres, on terminera par les
reines indonésiennes portant des noms tels que «Couronne de l'univers » (taj al
Aalam), « Lumière de l'univers » (Nour alAalam). ___________________________ (1)Gustave le Bon (dans la La civilisation des Arabes, p. 428-436)
(2) Arib dans son annexe à l'histoire de Tabari, p. 7 1
(3) T.XII. d'Ed- Daw Ellahim
(4) Moojam Yacout, t. 5 p. 140
(5) Le Maroc Inconnu. t. 2. p. 742.