Nombre d’esprits
modernes, étrangers, ou simplement pacifistes se posent la question : l’Islam prône t-il la violence ?Il est de notre devoir de tenter d’apporter un éclairage clair sur la question de la violence, de la
guerre, notamment les énoncés de la Sourate IX du Coran qui sont souvent mis en
avant, par les uns, pour tenter de justifier, pour les autres, d’essayer d’accuser, que l’Islam préconiserait l’usage de la
violence.
Il y a lieu de souligner que le mot Islam en arabe est de la
même racine que le mot Paix, Salam, un des beaux noms de Dieu. L’islam et son Prophète préconisent à chacun des croyants face à l’adversité,de pardonner, de patienter, de faire preuve de
miséricorde, comme preuves de la piété.
Le Coran nous donne comme exemple à suivre celui d’Abel qui dit à son frère Caïn : « Si tu tends la main sur moi
pour me tuer, je ne tendrai pas la main pour te tuer. Je crains Dieu, Seigneur
des univers.». Le Coran dit aussi : « Celui qui tue injustement un être
humain, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité » Cela est proche des préceptes chrétiens et humanistes. Pour l’Islam la guerre est un état d’exception
que les circonstances et les ennemis imposent. Elle est strictement codifiée.
L’Islam interdit absolument toutes formes
d’agressions. Le recours à la guerre est autorisé à des conditions
très strictes et précises, uniquement sous la forme de légitime défense, de résistance
à des agressions et violences. C’est la
contre-violence, ultime recours, comme guerre juste. Il n’y a donc pas de guerre sainte, mais de guerre juste, au sens de
contraint et forcé.
C’est une obligation à titre collectif,
pour ne pas favoriser le rapport du loup et de l’agneau,
pour défendre le droit à l’existence et à la liberté, sauvegarder
la pérennité de la religion et de la nation, de la communauté, du peuple,
auxquels ont appartient. Les musulmans sincères assument ce principe. Et
personne au monde, aucun peuple, aucune nation, n’ont jamais
tendu l’autre joue en cas d’agression.
La « guerre juste», que le Prophète, modèle de l’homme
total, qualifia de « petit djihad »,comme légitime défense, avec donc des
conditions très strictes, n’est en aucun cas ces pratiques de
violences aveugles qui dévient et déforment le vrai sens. Ne jamais être l’agresseur, préserver les civils, les faibles, la nature, et rester
toujours équitable : telles sont certaines des conditions. C’est le principe de la « guerre juste » et non point « guerre
sainte » comme le traduisent certains à tort.
Saint Augustin, les Pères de l’Eglise et
les Prophètes bibliques n’ont pas dit plus. Le Djihad est une
notion qui signifie l’effort sur soi. Le grand djihad, comme
le souligne le Prophète, est la maîtrise de soi, l’élévation spirituelle, le bel agir. En fidélité à ces prescriptions,
les musulmans, dans leur immense majorité, réprouvent l’instrumentalisation de la religion et la violence aveugle. Ils
savent qu’elles sont issues de lectures arbitraires des textes, d’une part, et,d’autre part, qu’elles ont des causes politiques, vu les agressions, les brutalités
et les manipulations que subissent des musulmans, poussés au désespoir.
L’histoire des musulmans, depuis 15
siècles démontre que l’écart entre la théorie et la pratique n’est pas important, de manière générale, malgré un certain nombre
de dérives, d’usurpations du nom, et d’infidélités
au texte et au Prophète, les musulmans admettent et recherchent la coexistence
pacifique, le vivre ensemble et respectent le droit à la différence. La
vitalité, les conversions et l’expansion de l’Islam se sont, la plupart du temps, opérées grâce à l’éclairage, à l’alchimie et la force incomparable de la
vérité de la Révélation,
la persuasion et la tolérance,comme l’attestent
les faits, et les décrivent la majorité des historiens et les orientalistes.
Chaque jour, 15 siècles après, les nouvelles et nombreuses conversions en sont
la preuve.
Aux temps de la violence de la chrétienté, de l’inquisition et autres formes de répressions et oppressions, les
juifs et autres minorités, se sont réfugiés en terre d’Islam. La violence en pays d’Islam
contre les non musulmans, comparativement, ne fut jamais systématique et
génocidaire. Mais toujours passagère, limitée et liée à des problèmes
politiques et groupes incultes. L’expression
de Dar el Islam, espace de l’Islam, opposée au reste du monde, à Dar
El harb, espace de la guerre, propre à un contexte idéologique ancien des
confrontations, n’est ni consensuelle, ni coranique. D’autant que ce mot de guerre « harb » n’existe pas dans le Coran. La plupart des guerres de résistances musulmanes,
comme celles de l’Emir Abdelkader en Algérie, n’ont pas dégénéré, bien au contraire, par exemple, le traitement
des prisonniers et le respect de la parole donnée par les musulmans étaient exemplaires,
de l’avis unanime de leurs adversaires.
Quant à la
Sourate IX, il faut signaler que c’est la seule sourate qui ne débute pas par la formule religieuse :
« Au nom de Dieu, miséricorde, miséricordieux », et les commentateurs
classiques ne sont pas unanimes quant aux raisons de cette absence. Certains
disent qu’elle est un prolongement de la huitième. Plus encore, il n’y a pas d’accord quant à l’ordre de la descente de la révélation de cette Sourate. Ce n’est pas forcement la dernière révélée. Ce qu’il a lieu de retenir c’est le fait
que la bismillah soit une formule de Paix qui ouvre toutes les sourates du
Coran. Le contenu de cette Sourate, sans la bismillah, concerne, nous disent la
plupart des commentateurs, la relation avec les polythéistes, les païens, les
idolâtres des tribus violentes qui trahissaient leurs promesses et les pactes
de paix conclusa vec le Prophète. Le Coran précise au verset 12: « S’ils violent leur serments, après avoir conclu un pacte avec vous,
et s’attaquent à votre religion,combattez les chefs des infidèles, car
pour eux il n’y a point de serment qui vaille, et ce afin qu’ils renoncent à leur hostilité. » De plus, l’ordre de combattre ne cible ici que les chefs polythéistes qui ont
conclu les pactes et les trahissent. En aucun cas les chrétiens, les juifs et
les autres peuples qui respectaient les pactes ne sont concernés par cette
sourate, à l’exception du verset 29 que nous interpréterons.
Le Prophète a reçu l’ordre, lors
du pèlerinage (en 631) de prendre définitivement ses distances face aux polythéistes,
et notamment par rapport à ceux qui agressaient les musulmans. En conséquence,
le Coran lui demande d’annoncer la rupture définitive des
liens avec le paganisme et les polythéistes, en leur précisant que le Paradis
leur est fermé. Il leur demande en conséquence de se repentir, d’où le nom, le titre de la Sourate : El Tawba. La Sourate prend soin d’annoncer aux polythéistes et idolâtres qui ont trahi leur parole
et le pacte de paix, un délai de quatre mois pour se repentir, faute de quoi
ils seront combattus. Le verset 5 leur déclare la guerre juste, afin de mettre
fin à leur trahison, sédition et agressions, mais précise : « S’ils se repentent et reviennent à Dieu laissez leur le champ libre,
car Dieu est indulgent et clément ». Plus
encore le Coran ajoute au verset 6 : « Si un polythéiste cherche protection
auprès de toi, protége-le jusqu’à ce qu’il entende la Parole
de Dieucar les polythéistes sont, en vérité
des gens qui ne savent pas. » C’est une forme claire de droit d’asile, de
protection et d’ouverture tolérante sur l’autre, y compris l’athée, le dénégateur, le polythéiste, qui
ont le droit de s’interroger, de chercher à comprendre et
connaître. Nul n’a le droit de les condamner. Le verset
7 précise: « Tant qu’ils seront loyaux avec
vous, soyez loyaux avec eux. Dieu aime les gens pieux ». Face à l’adversité, aux menaces et agressions
perpétrées par les polythéistes qui cherchaient à tuer le Prophète et à liquider
l’Islam et ont commencé les hostilités comme le précise encore le
Coran, il est demandé, par le verset 14, aux croyants de combattre : « Combattez
les donc ! Dieu les châtiera par vos mains et les couvrira d’ignominie. Il vous fera triompher d’eux, guérira ainsi les coeurs
meurtris de croyants. » Il ajoute au verset 16 que la
guerre défensive est incontournable, une épreuve, comme un mal nécessaire et
libérateur : « Avez-vous supputé que vous serez laissés à l’abri, de toute épreuve, que Dieu ne connaît pas ceux qui luttant
pour sa cause, n’ont pris aucun associé en dehors de
Lui, de son Prophète et des croyants ? Dieu est, en vérité, informé de ce que
vous faites. ».
Le Coran nous dit encore, verset 20 : « Ceux qui croient,
émigrent, mettent leur bien et leur personne et font effort, combattent, pour l’amour de Dieu, sont à un rang considérable auprès de Dieu,ce sont
eux qui seront le plus récompensés. » Au regard de l’hostilité des idolâtres et polythéistes, le Coran encourage les
croyants à la fermeté et à la résistance, pour la face de Dieu Seul, que l’on doit aimer et adorer au-dessus de tout. Ce verset fait penser à
la Parole de
Jésus : « Et quiconque aura quitté, à cause de mon nom, ses frères, ou ses soeurs, ou son père et sa mère,ou ses maisons, recevra le centuple et
héritera de la vie éternelle. »
Matt,XIX, 29.
Ainsi, dans ce contexte d’hostilité
subie, de risque et d’épreuve, le verset 29 énonce aux
musulmans ce qui suit : «Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, ni au jour
dernier et ne s’interdisent pas ce que Dieu et son
Prophète ont prohibé. Combattez également ceux parmi les gens du Livre, qui ne
professent pas la religion de la vérité, à moins qu’ils ne versent la capitation directement et en toute humilité. »
Il n’y a pas confusion entre les polythéistes et les gens du Livre
(juifs et chrétiens), qui, s’ils sont
pacifiques et non auteurs d’hostilités et d’agressions, sont respectés. Il est seulement demandé le payement d’un impôt en échange de leur autonomie et liberté de culte. L’ordre, au conditionnel, de combattre, dans le contexte de la
naissance de l’Islam, concerne certains «parmi les
gens du Livre », dit le Coran, qui pratiquent l’arrogance, l’agression et refusent de payer l’impôt. Même
si des antagonismes perdurent,et qu’il faut
pratiquer la vigilance, les conditions et le contexte des événements relatés
par la Sourate IX
n’existent plus aujourd’hui. Le
Sceau des Prophètes est auprès de son Seigneur, l’Islam est
présent aux quatre coins du monde et les frontières entre les individus et les
peuples s’estompent. Il faut en tirer les leçons et garder le cap sur la
coexistence, en témoin fidèle, fier et digne de sa foi, et comme dit le Coran
qui : « recommande le bien ».
Dans tous les cas de figure, légitime défense, résistance,
mesures préventives et autres combats durant 23 ans, temps de la mission prophétique
finale, n’ont coûté que moins de 100 personnes
tuées pour les musulmans et autant pour les polythéistes, moins de dix
personnes pour les juifs et les chrétiens.
L’histoire des religions, contrairement
aux préjugés, n’aura jamais enregistré de conquête de
tant de territoires et de coeurs avec moins de pertes et violences.
Par exemple, la prise de la
Mecque s’est faite sans aucune effusion de sang
et avec la pratique du pardon à tous les adversaires, sans exception. Tout
comme l’expansion de l’islam naissant s’est faite sur la base de trois choix : 1- Ecouter, prendre
connaissance de la Parole
révélée et l’adopter librement. 2- Garder son ancienne croyance monothéiste
(juif, chrétienne, sabéenne, Zoroastrienne),
préserver son autonomie et coutumes, et simplement payer l’impôt de compensation. 3- Refuser les deux premiers choix et se
mettre en état d’hostilité. La plupart du temps, ce
furent l’un des deux premiers choix qui fut adopté, l’Islam se présentant, le plus souvent, comme logique,simple,
tolérant, libérateur et égalitaire, comparativement aux systèmes en place à l’époque dans les autres contrées et civilisations. Cette Voix qui
nous parle, Le Coran est la lumière incomparable qui transforme, gagne et
apaise les coeurs, et non point la contrainte. « Dieu guide à sa Lumière qui Il
veut », nous dit le Coran, qui ajoute à l’adresse du Prophète,
et après lui à chaque croyant : « Tu n’es
point chargé de les oppresser, mais de les avertir ! ».