LESMAUX QUI AFFECTENT
L'HUMANITÉ SONT NOMBREUX ET ONT DE QUOI NOUS INDIGNER. LESGUERRES, LES FAMINES,
LES MALADIES, LA SOLITUDE
DE CEUX ET CELLES QUI SONTLAISSÉS À EUX-MÊMES SONT AUTANT DE
MAUX QUI NOUS INTERPELLENT. MAIS LE MAL QUITUE L'HUMAIN EST ENCORE PIRE QUE
TOUS CES MAUX.
Bien des maux existent. Ils sont tous porteurs d'une brisure,
d'une souffrance. Pour certains, ce sera la maladie, pour d'autres,des
conditions matérielles de vie intenables, pour certains autres, ce sera un travail
perdu ou inaccessible, une famille brisée, un couple démantelé, une dépendance
incontrôlable...Si tous ces maux affectent profondément la vie,blessent à
divers degrés l'être humain dans sa personne et sa dignité, ils ne tuent pas
l'humain.
Le mal qui tue l'humain n'est pas toujours celui que l'on retrouve dans la pauvreté
qui sillonne les rues de nos grandes villes, qui se cache derrière les portes
closes de demeures anonymes, qui se manifeste dans les larmes de l'enfant
affamé, qui se révèle dans la situation du père et de la mère mis à pied ou
dans celle de la personne âgée abandonnée. Tout en étant des tragédies,ces maux
peuvent souvent se transformer en sources de vie, en gestes de solidarité, en
forces de courage et de lutte, en prises de conscience de valeurs qui élèvent
et humanisent. Ils peuvent donner naissance à de nouvelles relations humaines
fondées sur le respect et l'estime, sur la simplicité et la vérité, sur la
gratuité et le partage. Ce sont des maux qui rappellent les limites de notre
itinérance et forcent au dépassement dans la recherche d'une plus grande vérité
et justice. Ils sont souvent un passage incontournable qui humanise et fait
grandir.
Le mal qui tue l'humain est, pour sa part, beaucoup plus discret, mais combien plus
dévastateur. Il prend souvent la forme de la vertu, de l'intelligence, de la
beauté, de la bonté, de la générosité. À la manière d'un caméléon il se fond dans
les couleurs de son environnement. Comme un parfum, il se répand sur toute la
personne, mais comme un cancer il détruit tout. Ce mal porte plusieurs noms:la
suffisance des arrivistes, la servilité des misérables, l'hypocrisie et le mensonge
des opportunistes, le calcul intéressé des ambitieux. Il vit de la manipulation
et de la tricherie. Ce mal pousse à écraser pour mieux s'élever, à dominer pour
mieux régner, à charmer pour mieux posséder. C'est le mal de l'âme. Il sape à
sa base toute possibilité de relations humaines vraies et parle fait même toute
possibilité de véritables communautés de vie.
Ce mal qui tue l'humain est latent en chaque être humain, en chaque personne. Il
est là derrière chaque masque que nous portons, chaque rôle que nous nous donnons.
Personne n'en est exempt. Tous, nous pouvons en être atteints et, à moins d'une
bonne dose d'humilité et d'une grande liberté intérieure, ce mal s'installera
aux commandes de nos vies. Il s'imposera et tuera lentement mais sûrement toute
possibilité de relations humaines fondées sur l'estime, le respect, la vérité.
Il tuera l'humain et avec lui l'amour qui lui donne son sens.