Orient - Occident, qui menace l'autre ? » Paix et Amour entre les peuples

 Orient - Occident, qui menace l'autre ?

28/12/2007

LES INCERTITUDES DES RELATIONS INTERNATIONALES
Orient-Occident qui menace l
autre?

 De 1945 à 1989, le monde techniquement développé et puissant a vécu sous le règne de la guerre froide, et le tiers-monde fragile a vécu attaché à ses racines et valeurs dans le cadre du non-alignement. Depuis la chute du mur de Berlin et le triomphe apparent de la première puissance les données se sont aggravées et ont changé. LOuest sest inventé un nouvel ennemi sans pouvoir prévoir lavenir. Les incertitudes; les menaces et les défis échappent à tous les spécialistes. Il ny a plus de clef clairement définie pour se prémunir et se préparer à faire face aux risques multiples. Qui menace lautre? On ne sait plus comment identifier les ennemis et les alliés. LIslam et le monde musulman apparaissent comme des boucs émissaires pour faire illusion. Pourtant, lOccident classique a été judéo-islamo-chrétien et gréco-arabe, pas seulement judéo-chrétien et gréco-romain. Le monothéisme, qui a forgé les cultures autour de la Méditerranée et au-delà, a trois branches qui sentrecroisent. Toute civilisation conjugue la pluralité, les échanges et la synthèse dans lunité de son creuset. Aujourdhui, tous les peuples sont confrontés aux mêmes défis et incertitudes. Pourtant, des discours et des pratiques cherchent à imposer des divisions et des confrontations. Certains de nos voisins du Nord pratiquent lislamophobie et cherchent à dicter leur loi. Le dialogue sert parfois de justification à des logiques de dominations.

Au Nord, certains prétendent que les problèmes de développement, de violence et les causes des retards sont internes à nos pays. Ce serait aux sociétés du Sud seules de se réformer, de corriger leurs archaïsmes et insuffisances. Ils ajoutent que nous ne serons pas crédibles, tant que le modèle occidental dominant qui sappuie sur le capitalisme, le laïcisme et la techno-science nest pas appliqué. Lessentiel semble absent autant au niveau international quinterne: les mesures de confiance, la démocratie sur le plan politique et la recherche de lalliance entre lauthentique et le moderne sur le plan culturel.

Lautre

Le besoin de diversion et la tactique de la stigmatisation et de lamalgame battent leur plein. Pourtant, les causes des problèmes sont dabord politiques, historiques, économiques et sociales, même si des questions de renouveau de nos valeurs et la nécessité de faire évoluer linterprétation se posent. Les mécanismes qui permettent de vivre ensemble dépendent de la capacité à dialoguer, à écouter lautre, à rendre possibles des synthèses et des alliances. On ne peut pas toujours accuser lautre, la responsabilité est collective. Il est urgent de déconstruire ensemble la vision de lOccident au sujet de lIslam et réciproquement. Dautant que les espoirs déçus au regard des dérives de la modernité, le retour du fanatisme et de la xénophobie et laggravation des inégalités, plus quà tout autre époque de lhistoire de lhumanité, sont symboliques de létat du monde. Certes, des avancées prodigieuses sur nombre de plans ont été enregistrées, notamment scientifiques, techniques et sociales. Cependant, malgré des opportunités, dominent les inégalités, les fractures, lintolérance, la loi du plus fort. Il y a des Orients et des Occidents. Mais la ligne dominante en Occident, malgré des critiques de remise en cause de lordre dominant, semble être celle de laccoutumance aux dérives déshumanisantes de la modernité, aux remises en cause du droit à la différence et aux inégalités. Et la ligne dominante en Orient, malgré la persistance de la culture de la résistance, semble être celle de laccoutumance à labsence de démocratie et à la religion refuge.
L
Occident évalue aujourdhui les menaces en se fondant sur cinq jugements hâtifs et erronés. Le premier jugement qui affaiblit et disqualifie, voire ruine la position sécuritaire et morale de celui qui lénonce: le terrorisme des faibles est perçu à la fois comme la seule grande menace et issu de lIslam. Amalgame qui aboutit à la perte de soutien des musulmans, car constitue une contrevérité, propagée par ceux qui ont usurpé le nom de lIslam et par la propagande du choc des civilisations. Deuxième jugement infondé :lincompatibilité supposée de la démocratie et de la sécularité avec la culture arabe et musulmane, contrevérité génératrice dun sentiment de rejet et de peur. Troisième jugement: la démographie des pays du monde musulman, conçue comme un risque par les pays du Nord, pousse ces derniers à contrôler et à limiter la circulation des populations. Quatrième jugement: lexistence de sources majeures dénergie dans les terres arabes est perçue comme une menace qui contraint certaines puissances à vouloir contrôler et à exercer leur domination. Cinquième jugement: la proximité, la situation géopolitique et la persistance de la religion des pays arabes et musulmans sont ressenties comme des occasions de rivalité et une résistance insupportable.
Quelles en sont les causes? Premièrement, la cause politicienne. Après la fin de la guerre froide, afin de faire diversion aux problèmes de fond, d
éviter davoir à résoudre la crise des valeurs et du droit, et de tenter dasseoir une hégémonie fondée sur la loi du plus fort, le système mondial dominant, par un besoin inhérent, sest inventé un nouvel ennemi. Cela fait montre dune cécité et confusion totales. Deuxièmement, la cause économique dans le cadre du libéralisme sauvage. Certains médias et autres vecteurs liés à des cartels dintérêts jettent de lhuile sur le feu, privilégient de donner la parole aux extrêmes ou à des contrepoids illusoires, censurent les voix non conformes à leurs stéréotypes, cultivent la peur, accentuent le climat de tension et traitent de lIslam, sur la base de logiques instrumentales à visée sécuritaire ou économique. Au lieu de contribuer à poser les questions de fond, notamment celles sur les causes des discriminations et des comportements radicaux.
Troisièmement, la cause due à l
ignorance et à la méconnaissance au sujet de la troisième religion abrahamique. Les études objectives et lenseignement de la religion, de la civilisation musulmane et de la langue arabe ont reculé en Occident.

Deux poids, deux mesures

Dans ce contexte, certains hiérarchisent aveuglement les cultures et enferment les musulmans dans des ghettos. Ces facteurs sont aggravés par les contradictions et faiblesses du monde musulman, qui inquiète lopinion publique internationale. Ils donnent de leau au moulin des tenants des politiques aventuristes et aux xénophobes. Les contradictions des sociétés musulmanes actuelles, dune part, et les différences de points de vue, par-delà le socle commun, entre les deux mondes occidental et islamique, dautre part, sont exploitées, amplifiées et manipulées. Elles ruinent limage du monde musulman. Les atouts de ce monde, porteurs de références singulières, liées à sa source spirituelle, son sens de lexistence vécu comme une totalité, sa culture de la résistance, sa position géostratégique et ses richesses naturelles font de lui un dissident paradoxal.
Les pays arabes et musulmans considèrent que les menaces ont d
autres origines. Premièrement, la tentative dhégémonie et de domination de puissances occidentales et leur politique belliciste constitue la menace principale. Situation aggravée par la politique du deux poids, deux mesures à lencontre des musulmans, dont la situation en Palestine et en Irak sont les tragiques illustrations. Deuxièmement, «le désordre mondial» fondé sur la loi du plus fort et le non-droit, la violence des puissants. Troisièmement, loubli du sens, de léthique, de la morale et la marginalisation des valeurs spirituelles. Le refus du droit à la différence, quimpose la logique moderne marchande, est une forme de menace qui touche aux fondements de lhumanité. Situation marquée par lesprit anti-religieux. Quatrièmement, la suprématie de nombreux autres pays, leur avance en matière de savoir scientifique et technologique sont un autre motif de préoccupation quand on les compare au retard considérable pris par les pays arabes et musulmans. Cinquièmement, les réactions violentes des groupes extrémistes politico-religieux, manipulés, nourries à la fois par lignorance, les contradictions de régimes arabes et du désordre mondial.
Le recul du droit figure ainsi parmi les principaux problèmes internationaux urgents. Le problème est politique. Mais la perte de sens est une question de fond qui retient l
attention des musulmans. Doù lurgence de dialoguer. Le processus infini daccroissement de la production a désormais franchi la limite au-delà de laquelle il nest plus possible pour le système dominant actuel de dissimuler, dune part, le besoin dhégémonie et, dautre part, le besoin dun «ennemi» pour faire diversion. Mondialisation, totalisation, diversion: nous sommes engagés dans ce processus aux formes inédites. Le système mondial veut diviser pour régner, nous devons au contraire lier et unir nos efforts.
Comment se mettre d
accord, Orient et Occident, sur des concepts et normes universels, et se préserver des divisions infondées? Comment vivre ensemble raisonnablement et respecter les aspirations des peuples et des nouvelles minorités dans la Cité? Comment assurer une sécularité féconde, lharmonie entre lancien et le nouveau, entre la logique et le sens, entre le spécifique et le général? Ce nest pas sur la base du mépris de lautre, du monopole et des ignorances, mais du dialogue, de léchange et de lalliance. Toute concurrence exacerbée est un vain combat darrière-garde tant les risques sont communs. Reste à discerner et ne pas faire endosser à la religion ce qui relève des incohérences de la politique.
L
Orient aspire à la coexistence et non à la guerre. Nous devrions aller le plus loin possible en dépassant des formules comme: la recherche de la paix, instaurer lamitié et la fraternité, pallier la marginalisation des valeurs morales et spirituelles.
Il n
y a pas de paix sans justice. Ce mot «paix » est stéréotypé, il sert souvent danathème répété contre lOrient qui sempresse de les répéter à son tour; il faut essayer de voir au-delà: par exemple, de repenser la portée des mots «universel » et «valeur » et se demander quelle «signification »on peut ou on veut opposer à lhégémonie, à linjustice, et à la «désignification »du monde. Tout cela, est de la plus grande importance pour dépasser certains discours qui stigmatisent, si peu engagés dans le réel.
La question de la justice, du droit, de la réforme des institutions internationales et de la recherche d
une nouvelle civilisation universelle qui fait tant défaut sont le but du dialogue et de lalliance. Plus que jamais, on ne doit pas sinventer des ennemis, ni caricaturer lautre, mais accepter la différence. Cest cela réduire les risques et les incertitudes.

Source : http://www.mustapha-cherif.com

 

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