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 Al qaeda mythes et réalités

17/1/2008

Al-Qaeda... Mythes et réalités

par Lamine Benallou *

La tragédie et l'horreur des attentats à caractère islamiste et la responsabilité de Al-Qaeda dans cette barbarie nous poussent à poser cette question qui, de prime abord, peut paraître saugrenue : Al-Qaeda existe vraiment ?

Au-delà de la simple interrogation rhétorique, il nous paraît intéressant de réfléchir sur ce péril constant qui semble régner maintenant sur la planète.

Avant tout, il nous semble qu'en tant qu'organisation opérative, structurée, pyramidale, Al-Qaeda n'a jamais existé. Je préfère parler de «courant» influencé par Ben Laden, de réseau ou de connexion salafiste. Il s'agirait donc plus d'un «label», dont se revendiquent les organisations islamistes, que d'une structure organisée. Des groupuscules isolés de radicaux, de criminels qui ne paraissent pas avoir de connexions directes entre eux, mais qui partagent ce courant idéologique qui se base fondamentalement sur une haine viscérale envers l'Occident.

Le terme Al-Qaeda pourrait être traduit comme base, règle, infrastructure, conduite morale et a été utilisé, popularisé et divulgué par les services secrets britanniques qui, sous cette dénomination, ont classé l'ensemble des activités salafistes proches de Ben Laden qui aurait été le premier à élaborer une espèce de base de données de toutes les activités salafistes.

Entre 1979 et 1989, période de la guerre d'Afghanistan contre la présence soviétique, environ 20.000 volontaires arabes passent par différentes organisations afghanes qui luttent contre l'Armée Rouge. L'arrivée de ce contingent de mercenaires arabes se fait grâce à l'appui des services secrets pakistanais, financés par l'Arabie Saoudite et avec l'accord tacite des services secrets américains qui trouvent ainsi une autre forme de lutte contre le péril rouge.

C'est à partir de ces tendances d'«Afghans arabes» qu'apparaît le personnage de Ben Laden et son bras droit Ayman Al-Zawahiri.

En 1992, lorsque commence la deuxième guerre d'Afghanistan entre les différentes factions de la résistance afghane, une partie de ces «Afghans arabes» reste en Afghanistan et se fond dans les différentes factions.

D'autres reviendront dans leur pays d'origine et vont «exporter» leurs idées.

A partir des années 90, ces «Afghans arabes», la «nébuleuse salafiste» avec idéologie wahabie et celle des Frères Musulmans sont les fondateurs des premiers groupes armés en Algérie, en Egypte et jusqu'aux Philippines.

Commence, alors, un cycle de violence et de terrorisme salafiste sectaire, dont les principales revendications sont la reconstitution du Khalifat et la création d'une «Oumma», nation islamique idéalisée et utopique.

Quant aux revendications, il nous faut être prudent étant donné que, seulement à Londres par exemple, une vingtaine de groupuscules peuvent utiliser le terme de Al-Qaeda. Cette utilisation frauduleuse du nom de Al-Qaeda permet de «criminaliser» parfois d'authentiques organisations de résistance nationale. Les atrocités commises lors des attentats de Madrid, par exemple, n'ont rien à voir avec la violence des territoires palestiniens : le Hamas palestinien, et ce, malgré les morts qu'entraînent certains attentats, n'en reste pas moins un mouvement de libération nationale et l'amalgame entre les deux choses me paraît être léger et dangereux. Cependant, il était intéressant, pour les responsables américains, de maintenir cette confusion. En réalité, les attentats du 11 Septembre ont seulement eu pour conséquences la radicalisation de la politique étrangère des Etats-Unis : «construire», et «fabriquer» alors un nouvel ennemi.

Avaliser la thèse d'une qaeda planétaire, transnationale, organisée, nous mène à accréditer la thèse d'une menace globale, un péril mondial. Et à cette menace globale doit correspondre une réponse globale.

Cette réponse est celle que propose la doctrine officielle du Pentagone, de l'administration Bush et la thèse des néo-conservateurs américains qui, au nom de ce «péril» islamiste global, ont commencé la guerre en Irak et, surtout, appuient les dirigeants israéliens dans leur approche strictement militaire du conflit palestinien.

Présenter Al-Qaeda comme une menace globale justifie la doctrine américaine et cette croisade, cette guerre sans fin contre le terrorisme. Si Ben Laden et Al-Qaeda sont partout, il faut mettre des soldats américains partout. Cette thèse justifie le déploiement militaire américain le plus important depuis la Deuxième Guerre mondiale, et qui n'a pas d'autres objectifs que leur puissance hégémonique impériale et économique et leur intérêts énergétiques et géostratégiques. Après l'attentat du 11 Septembre, la destruction et la disparition du régime des talibans pousse la «nébuleuse» Ben Laden à se replier et s'installer dans les zones tribales pakistanaises, un espace en dehors du «droit international» où les «Afghans arabes», les talibans et la tendance «djihadiste» bénéficie de la bienveillance et de la protection de trois structures d'accueil et d'appui : les 250 «madrasa» qui apprennent quotidiennement à leurs étudiants, la haine envers l'Occident et les vertus de la guerre sainte, les différents partis islamistes de l'opposition, et le I.S.I, les services secrets de l'armée pakistanaise à majorité «pachtoun», la même ethnie que les talibans.

A partir du printemps 2002, on assiste à une nouvelle phase d'attentats : Bali, Casablanca, Ryadh... qui marquent une nouvelle rupture.

Il s'agit de l'émergence de «néo-salafistes», une nouvelle génération qui a pu être formée par les vétérans d'Afghanistan mais dont l'ancrage est fait plus de revendications politiques et économiques locales. Un terrorisme qui nous porte plus vers des facteurs endogènes : les recrues sont les délinquants les plus méprisables, des jeunes sans futur qui n'ont jamais été en Afghanistan bien que leurs contacts ont pu avoir ce lien. Nous sommes alors bien loin de cette chimérique reconstitution du Khalifat et du rétablissement de cette lointaine et utopique «Oumma» musulmane.

En réalité, le seul lien qui unit les différents mouvements locaux, c'est la forme, le «label», comme nous l'avons déjà signalé. «On» revendique Al-Qaeda ou Ben Laden, sous une forme symbolique, comme étendard ou courant idéologique, une sorte de communauté symbolique ou idéologique. Il n'y a, cependant, jamais eu une internationale islamiste structurée, le seul leader qui s'y essaya et échoua, fut le soudanais Hassan Turabi au milieu des années 80.

Cette internationale islamiste structurée n'a donc jamais existé mais c'est celle que veulent nous faire admettre les néo-conservateurs américains qui sont porteurs d'une stratégie de «choc de civilisations».

Il est plus qu'urgent, aujourd'hui, que les musulmans prennent position, surtout ceux qui vivent à l'étranger. Ils doivent dénoncer toutes les formes de violence, au nom de l'Islam et cette anachronique guerre sainte. On a le droit d'exiger à la communauté musulmane vivant en Europe, la stricte adhésion aux lois de la démocratie, de la République, mais en parallèle, permettre leur intégration : le respect à nos croyances et traditions peuvent se concevoir seulement dans la mesure où ils ne choquent pas le pays d'accueil : respect et adhésion aux principes universelles et démocratiques : liberté individuelle, droits de la femme, etc.

Les barbaries que commettent ces monstres décadents ne sont, ni prétendue manifestation rationnelle de lutte de l'Orient contre l'Occident, ni une confrontation entre l'Islam et la chrétienté, ni un affrontement entre le monde arabe et l'Europe. C'est la représentation abjecte et abominable de la barbarie la plus cruelle et irrationnelle contre la civilisation.


*Ecrivain et enseignant. Il réside actuellement en Espagne.

 

Source : http://www.lequotidien-oran.com 

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Comments

 debactu, le 18-01-2008 à 00:10:47 :

Commentaire sans titre

Ton blog est très intéressant et pertinent.
Nous espérons que tu viendras sur notre blog et que tu nous laisseras un joli commentaire.
+5*****.

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