Les "avantages" collateraux du terrorisme » Paix et Amour entre les peuples

 Les "avantages" collateraux du terrorisme

2/2/2008

terrorisme

LES"AVANTAGES" COLLATERAUX DU TERRORISME
mercredi 13 juillet 2005

de Patrick MIGNARD

Lapratique politique du terrorisme est non seulement éthiquement condamnable maisaussi, en soi, politiquement absurde. Une fois que l’on a dit cela, on a ditl’essentiel, mais on n’a pas tout dit.

Leterrorisme est une pratique politique qui, si elle ne peut historiquementatteindre, seule, ses fins, n’en est pas moins un élément sur l’échiquierpolitique de la société qu’elle frappe. A son action la société réagit d’unemanière qu’il est intéressant d’examiner car elle est un révélateur de cequ’elle est réellement.

L’ATTITUDEAMBIVALENTE DE L’ETAT

Passonssur la vision naïve de l’Etat qui se fonde sur la croyance en sa neutralité àl’égard des structures économiques et sociales de la collectivité.

L’Etatn’est évidemment pas neutre et est le garant de la structure existante,aujourd’hui le système marchand fondé sur le salariat. Il est donc dans safonction de faire en sorte que ce système fonctionne. Le problème c’est que cesystème est essentiellement fondé sur l’instrumentalisation de l’individu (voirles articles « LE TRAVAIL EN QUESTION »), ce qui inévitablement crée unesituation conflictuelle. C’est cette situation conflictuelle que l’Etat doitgérer afin qu’elle ne soit en aucun cas un obstacle à ce qui constitue lefondement du salariat : la valorisation du capital.

L’Etatest donc tiraillé entre deux attitudes : l’une qui consiste à favoriser lavalorisation du capital, l’autre à gérer les contradictions (conflits sociaux)que cette action génère. Ce que l’on appelle la politique de l’Etat c’est cettedouble action qui évolue au fil des évènements, des rapports de forces, desnuances dans l’idéologie du personnel politique.

Latendance logique de l’Etat est de se donner les moyens politiques, juridiques,administratifs et idéologiques de contrôler la situation afin que le systèmefonctionne avec le minimum d’accrocs et de conflits et ce d’autant plus que sesmarges de manœuvres s’amenuisent et les contradictions s’accroissent.

Paradoxalementla présence du terrorisme peut lui faciliter la tâche.

L’EXTENSION(INESPEREE) DE LA CRIMINALISATION

Toutle monde sait qu’une période de tension est propice au renforcement de lalégislation, de même qu’après une série de catastrophes, on renforce lesmesures de protection... ce qui n’est d’ailleurs pas forcément la meilleuresolution, en effet on agit souvent plus sur la conséquence que la cause. Enmatière de terrorisme on procède exactement de la même manière

Lemaître mot est le « consensus », mot magique qui fait rêver tous lesdirigeants, mot qui matérialise leurs rêves les plus fous, celui d’une sociétéoù tous les conflits sont aplanis, disparus, où la population fait bloc avecses dirigeants, bref, la société « idéale » où le salarié, et celui quil’embauche quand il en a besoin, et le licencie quand il n’en a plus besoin,marchent la main dans la main.

Or, leterrorisme, par sa brutalité, l’irrationalité qu’il véhicule, l’aveuglement quile caractérise, le nihilisme qu’il inspire, fait fusionner dans la mêmecrainte, mais aussi la même détermination, les catégories sociales qui ont desintérêts opposés. C’est cette fameuse « union sacré » que sait si bienexploiter le nationalisme aux époques de tension internationale.

L’Etatn’a même plus à faire de gros efforts pour réaliser ce qui, en temps « normal», lui est quasiment impossible de réaliser : l’union nationale. Toutes ettous font bloc avec lui, lui demandant protection et détermination dans lalutte contre le nouveau fléau.

Leterrorisme jette aujourd’hui les citoyens dans les bras de l’Etat, comme auMoyen Age, la peste faisait se précipiter les fidèles dans les églises.

L’Etatn’en demande pas tant, mais il va sauter sur une occasion aussi exceptionnelleet répondre au besoin de protection au-delà de tous les espoirs mis en lui. « Vousvoulez, du contrôle ? Vous allez en avoir ! »

Laréponse au terrorisme nous est présentée comme essentiellement technique « plusde... ». Plus de contrôles, plus de fichages, plus de policiers,... Ce « plusde ... » est bien entendu une contrainte supplémentaire (financière et en termede libertés) pour le citoyen qui non seulement ne peut pas s’y opposer, maisencore fini par l’accepter « faut bien en passer par là », « c’estune contrainte nécessaire », « comment faire autrement ?».entraînant ainsi, de manière générale, une soumission librement acceptée...ce qui encourage l’Etat à en rajouter.

Oncomprendra que cette situation est tout bénéfice pour l’Etat qui bien entenduen profite pour étendre son contrôle, porter atteinte aux libertés publiques etindividuelles, ficher, contrôler... car l’arsenal juridique, policier,administratif, mis en place « contre le terrorisme » est acquis une fois pourtoute et pourra servir pour tout autre chose que la « chasse aux terroristes» : par exemple le fichage des militants, des syndicalistes, des opposantsaux OGM,... Car qui garanti les limites des dispositifs mis en place ? L’Etatet lui seul.

Ainsila boucle est bouclée.

LESMEDIAS, INSTRUMENTS DE LA MISE EN CONDITION

Dansce véritable conditionnement des citoyens, les médias jouent un rôlefondamental, faisant, soit dit en passant, une publicité tout à fait conformeaux objectifs des auteurs de tels actes... mais l’information est unemarchandise et en tant que telle doit être servie bien emballée auconsommateur.

Demême que les feux de forêt, les tsunamis, le Tour de France ou les JeuxOlympiques sont d’extraordinaires points de fixation et d’abrutissement del’opinion publique, les actes terroristes mobilisent cette même opinion aupoint de lui faire oublier sa situation. Dit plus brutalement : « Pendantles actes terroristes, les affaires continuent »... je veux dire par là, oncontinue à faire des profits, à privatiser, à licencier, à délocaliser, àporter atteinte aux acquis sociaux, à criminaliser les conflits sociaux, àexclure, à faire proliférer les OGM, à détruire la planète,... Mais ces actionspassent au second plan, « détrônées » par la nouvelle qui « fait la une »,répétée jusqu’à plus soif pendant des jours et des semaines, supprimant touteautre information, faisant l’impasse sur les doutes et les craintes desdispositifs mis en place. Comme pour les Jeux olympiques : « la nationest unanime ! »(sic)... A la limite, toute restriction, contestation,voire critique est qualifiée au mieux d’irresponsable, au pire de « complicitéavec les terroristes »... Même pas besoin de censure, l’autocensure suffit.

L’information,dramatique en elle-même, est médiatiquement démultipliée au point de faireperdre à la majorité l’esprit critique, bref l’esprit citoyen pour se fondredans une unanimité qui annihile toute réflexion, tout recul par rapport àl’évènement et qui fait prendre la rumeur pour vérité et le discours officielpour certitude.

Exagération? Pourtant, nous ne pouvons que constater les succès médiatiques des dirigeantsqui « ont eu » des actes terroristes alors qu’ils étaient au pouvoir, et alorsqu’ils ont su gérer intelligemment la situation... le maire de New York et sonprésident en particulier, le premier ministre britannique, ainsi que leprésident russe qui a parfaitement intégré le « terrorisme » dans sa stratégiede pouvoir et en fait la clef de voûte de sa gouvernance. Rien de tel pour «ressouder » une société qui se délite... un peu comme autrefois où l’on faisaitune « bonne guerre » pour réaliser l’unité nationale.

Leterrorisme réussi ce qu’aucun Etat ne peut faire : détruire tout esprit critiqueavec l’accord volontaire du plus grand nombre et redonner du crédit au plusminable des dirigeants.

TERRORISME« NON OFFICIEL » ET TERRORISME « OFFICIEL »

Dans «terrorisme », il y a « terreur », mais la terreur n’est pas le monopole desgroupes non officiels, les Etats, même ceux qui se prétendent démocratiques etrépublicains, pratiquent aussi ce genre d’action.... avec des modalitésdifférentes, évidemment.

Commentqualifier les pratiques de la grande démocratie américaine qui a exterminé lesIndiens d’Amérique ? de l’armée française pendant la Bataille d’Alger ? lecoup d’état militaire, et ce qui a suivi, de Pinochet (soutenu par les USA) auChili en 1973 ? Comment qualifier les pratiques de l’Etat russe en Tchétchénie? de l’Etat d’Israël en Palestine ?... pour ne citer que ces quelques cas. Laseule différence avec le terrorisme « classique » c’est que ces Etatsdétiennent le pouvoir et l’utilisent comme instrument de la terreur.

LesEtats ont d’ailleurs une sélectivité particulière en ce qui concerne lesterroristes : en France les terroristes de l’OAS ont eu globalement undestin différent de ceux d’Action Directe. En Italie les terroristes d’extrêmegauche ont été traités différemment que ceux d’extrême droite. Idem en Espagne.Les terroristes juifs d’avant l’Etat d’Israël sont devenus fréquentables unefois au pouvoir, de même pour le FLN algérien, sans parler des « terroristes »de la Résistancecondamnés puis reconnus héros.

On nepeux donc pas ne pas se poser la question : y aurait-il des bons et desmauvais terrorismes ? Réfléchissez bien avant de répondre...

On nepeux pas non plus ne pas se poser la question : où commence le terrorismeet où fini-t-il ?

C’estdifficile à admettre, et pour cause, mais le terrorisme nous interroge sur nos certitudes.Pas toujours sur nos valeurs, mais toujours sur la manière de les mettre enœuvre.

Amoins de croire qu’il existe des « terroriste-nés », ce qui est une absurdité,le terrorisme a des raisons qui plongent dans une situation politique, économiqueet sociale, autrement dit au cœur même de notre société. Il est le produitde la société dans laquelle nous vivons. Il pose des revendications(justifiées ou pas), avec des méthodes contestables et condamnables, pourlesquelles il n’y a aucun espace social pour les traiter. Il est le produitd’une surdité politique généralisée. Continuer à fonctionner comme nous lefaisons, c’est à terme se cloîtrer dans un blockhaus sécurisé... belleperspective d’avenir !

Si leterrorisme ne peut pas apporter une réponse sérieuse au problème qu’il pose, lariposte que l’on apporte aujourd’hui au terrorisme ne peut pas répondresérieusement aux raisons qui font qu’il existe.

Letraitement administrativo-policier du terrorisme loin de l’éradiquer ne peutque le raviver en ne le considérant pas comme un phénomène social. Mais nous lesavons désormais : les politiciens ont une vue à très court terme, leurhorizon est borné par les échéances électorales pour lesquelles ils doiventfournir un spectacle... le terrorisme leur offre le théâtre.

 

De : Patrick MIGNARD
mercredi 13 juillet 2005

 

Source :http://bellaciao.org/

 

 

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