Un remède pour l'inhibition du phénomène des "harraga" » Paix et Amour entre les peuples

 Un remède pour l'inhibition du phénomène des "harraga"

24/7/2008

Suggestion d'un remède pour l'inhibition du phénomène des «harraga»

par Mokhtar Zair

"La terre, au lieu de la mer, la mort ou la prison"

Un projet de développement économique et social destiné à quelque 36.000 jeunes chômeurs de 20 à 30 ans, sur 900 localités de la région nord du pays, pour 0,73 milliard de dollars. Le projet consiste à concéder à chaque jeune démuni 05 ha de terre mise en valeur, un logement rural avec 50% sous forme de crédit, un véhicule utilitaire à 100% de crédit et une indemnité d'insertion et de fixation de 10.000,00 DA par mois sur une année. L'activité agricole proposée permettra de générer un revenu de 1.500.000 DA par an, à chaque individu et ce, dès la cinquième année, ce qui lui facilitera le remboursement des deux crédits. Ce revenu est progressif et atteindra les 3.000.000 DA, en année de croisière.

Peut-on réserver 0,73 milliard de dollars à 36.000 jeunes chômeurs des deux sexes, en liste d'attente pour l'immigration clandestine et leur éviter cet acte extrême qui conduit soit à la mort, soit à l'humiliation?

Peut-on affecter 0,73 milliard de dollars à une action concrète de développement économique et social et arrêter d'abreuver ces victimes de «la malvie» de discours prometteurs à travers les séminaires et reportages?

Peut-on mettre 0,73 milliard de dollars en direction de 36.000 jeunes désespérés et leur notifier que leur destin constitue réellement une préoccupation des pouvoirs publics?

Peut-on, finalement, allouer 0,73 milliard de dollars au «sauvetage» de 36.000 candidats potentiels à l'immigration clandestine?

Le Président de la République a, dans son discours consacré à la jeunesse, lors de la réunion gouvernement - walis, en 2006, confirmé l'insuffisance, voire l'échec, des actions dirigées pour les jeunes, notamment au niveau des institutions en charge des problèmes de la jeunesse. Dans son discours du 05 juillet 2008, il a rappelé, encore une fois, les résultats en matière de gestion du dossier de la jeunesse «les acquis en matière de réalisations sont en deçà des objectifs et des investissements».

M. Ahmed OUYAHIA a appelé, tout récemment, à une amélioration du système bancaire pour le financement des projets initiés par les jeunes. Il est vrai que des programmes ont été conçus pour les jeunes, allant du pré-emploi à l'allocation-chômage en passant par la formule des 100 locaux commerciaux par commune et du micro-crédit, mais les acquis restent en deçà des objectifs assignés.Les programmes n'ont, en fait, concerné qu'une infime partie des jeunes, celle disposant d'une qualification.

Pour la seule wilaya d'Oran, 30.000 dossiers environ ont été déposés depuis 1997, le taux d'intégration n'a pas dépassé les 25% dont 05%, seulement, dans le secteur privé. Le nouveau dispositif d'aide à l'insertion professionnelle, piloté par l'ANEM, offre plus d'opportunités, mais il semble destiné spécialement aux scolaires et universitaires.

Ceci montre néanmoins, que l'Etat a les moyens et la volonté politique de lutter contre le chômage et contre le phénomène de l'immigration clandestine.

  Quelle lecture peut-on alors faire
de ce comportement de dernière génération?

Les médias font allusion à un acte suicidaire, mais au-delà du risque y a-t-il vraiment un désir de se suicider? Bien au contraire, arrivé au bout de ses peines, le jeune veut s'extraire, à n'importe quel prix, de la misère sociale alors il tente l'inimaginable à la recherche du bonheur, de la vie.

En cas d'échec, le retour est synonyme de prison pour avoir tenté d'aller illégalement à la recherche de la nourriture.

Il s'agit d'une contribution modeste au traitement du dossier de l'emploi par le biais d'une action de développement économique et social visant à créer une activité génératrice de revenus et offrant une base de vie nécessaire à la fixation des jeunes chômeurs désireux d'abandonner l'idée du geste qui tue, «l'immigration clandestine». En dehors du financement à mobiliser, le montage est simple que ce soit dans la conception du programme, son exécution, son suivi et son évaluation. Il ne fait appel à aucune institution nouvelle; il s'appuie sur les structures décentralisées de l'Etat, et implique les élus locaux, de son élaboration à sa clôture. Le délai de réalisation ne dépasse pas 18 mois.

Ce programme s'accommode à celui de la mise en valeur des terres par la concession agricole avec une gestion simplifiée mais améliorée sur le plan du suivi et de l'évaluation. Si par endroits, le PNDA a connu certains dérapages, ceci est le fait du mauvais choix des hommes chargés de l'encadrement et de l'absence totale de suivi comme l'ont montré les récentes expertises. Ceci ne devrait pas, par conséquent, pénaliser la poursuite des programmes qui ne souffrent d'aucune insuffisance sur le plan de leur conception et des objectifs qui leur sont assignés.

Pourquoi l'option Agriculture?

Tous les secteurs productifs sont en mesure d'apporter leur concours au volet de la jeunesse, à travers l'éventail d'opportunités d'investissement, mais l'agriculture constitue le créneau essentiel de développement économique et social parce qu'elle présente des solutions réelles et durables aux facteurs conduisant à la pauvreté. Celle-ci est d'abord rurale, c'est à ce niveau que se situe la catégorie de jeunes la plus démunie et la plus vulnérable. Le chômage et le logement sont les raisons essentielles du phénomène de l'immigration clandestine et de l'immigration tout court

L'exode rural n'a pas cessé, 1.400.000
ruraux sont venus grossir les cités.

Malgré une nette amélioration des conditions sécuritaires en milieu rural, la migration vers la ville n'a pas cessé. La population rurale qui représentait 34% en 1998 est passée à 30% en 2008, selon le dernier RGPH d'avril 2008, ce qui explique que 1.400.000 ruraux sont venus grossir les cités et le nombre de demandeurs d'emplois.

L'agriculture et l'habitat rural peuvent, non seulement, freiner l'exode rural vers les agglomérations chefs-lieux, mais augmenter les superficies agricoles utiles par la mise en valeur de nouvelles terres. L'agriculture et l'habitat rural sont indissociables, ils représentent «l'activité économique» et «la base de vie». L'un ne marche pas sans l'autre et les programmes initiés séparément en sont la preuve.

La mise en valeur des terres pour l'extension des superficies agricoles trouve sa justification dans la nécessité de récupérer celles (les terres) qui ont été livrées au programme national de l'habitat. Ce sont des milliers d'hectares qui ont servi et qui continueront de servir, logiquement et nécessairement, l'habitat.

La mise en valeur de nouvelles terres répond à la demande croissante de la population dont le ratio était de 0,75 ha par personne en 1966, contre 0,25 ha, aujourd'hui.

C'est, par ailleurs, l'ultime alternative d'accroître les productions, la meilleure formule qui réside dans l'augmentation de la productivité (valorisation des facteurs de production à l'hectare) s'étant heurtée à la récurrence manifeste de la sécheresse et aux techniques non appropriées aux terres fragiles.

L'effort à accomplir doit être dosé par
rapport à la problématique de la région

La politique du «renouveau rural» initiée par le département de M. Rachid BENAÏSSA, aujourd'hui ministre de l'Agriculture et du Développement rural repose, outre la réorganisation des institutions et la valorisation de l'encadrement, sur la définition de programmes régionaux. N'a-t-il pas souvent répété «qu'il n'y a pas de région sans avenir mais des régions sans programmes?»

Voici, finalement un rapide exposé des motifs de ce projet destiné à 36.000 jeunes chômeurs; une idée faisable techniquement et raisonnable économiquement, donc réalisable. L'image de cette idée passe par la concrétisation du projet, ne dit-on pas «qu'il vaut mieux l'image d'une idée que l'idée d'une image?»

Les composantes essentielles du projet :
«Une vision économique et sociale»

Le projet vise la création de 900 périmètres agricoles et 900 foyers ruraux répartis sur 30 wilayas, au nord du pays.

Chaque wilaya aurait à identifier 30 localités ce qui donnera en moyenne, un périmètre par commune.

Chaque périmètre aurait une superficie de 200 ha, soit d'un seul tenant, soit répartis sur 02 à 03 poches.

Le périmètre, une fois mis en valeur totalement, serait concédé à 40 jeunes à raison de 05 ha, chacun.

Le projet comprend également la construction d'un logement rural (F2 cour) par personne, avec 50% sous forme de crédit.

Il est prévu, par ailleurs, l'octroi d'un crédit pour l'acquisition d'un véhicule utilitaire (type Pick up) pour les activités agricoles et para-agricoles. Comme il est prévu une indemnité d'insertion de 10.000 DA par personne sur la 1ère année.

Un financement à hauteur de 47,5 milliards de DA

Le coût des opérations de mise en valeur, actions structurantes, plantations et apiculture, s'élèverait à 25,2 milliards de DA sur concours définitif de l'Etat. Les 36.000 logements ruraux reviendraient à 36 milliards de DA, dont 50% remboursables soit 18 milliards de DA. Les 36.000 véhicules utilitaires coûteraient 32,4 milliards de DA remboursables à 100% . L'indemnité de «fixation» serait de 4,3 milliards de DA.

Le coût global du projet atteindrait 97,9 milliards de DA, dont 50,4 milliards de DA remboursables, soit 47,5 milliards de DA, sur concours définitif de l'Etat, soit 0,73 milliard de dollars US.

Un revenu de 1.500.000 DA/an/personne
à partir de la 5e année

En attendant la 5e année, démarrage de la production arboricole (l'olivier étant l'espèce dominante conseillée, à cause de sa rusticité), les jeunes concessionnaires auront à cultiver en intercalaire, soit des légumineuses alimentaires en sec (petits pois, fèves) ou des fourrages et orges en vert, de même qu'ils s'adonneront à l'apiculture prévue à raison de 10 ruches pleines par individu.

Sur la base des productions attendues dès la 5e année, le revenu serait de l'ordre de 1.500.000 DA, par an et par personne, ce qui offre la possibilité de rembourser les 02 crédits: logement et véhicule utilitaire. Ce revenu est progressif, il pourra atteindre 3.000.000 DA, en année de croisière.

Un élément essentiel
de la feuille de route de l'UPM

Si par un passé récent l'Algérie a su faire face aux retombées de la mondialisation et au poids de la dette extérieure, en déployant son plan d'ajustement structurel, elle a su, en même temps, maintenir un dispositif opérationnel de lutte contre le terrorisme et venir en aide aux victimes des inondations et des séismes. Il lui reste aujourd'hui, en plus des divers programmes de relance économique en chantiers, à accélérer la mise en oeuvre des opérations relatives aux trois grands dossiers de l'heure: la sécheresse, le chômage et la corruption.

La démocratisation des institutions de l'Etat, la valorisation de l'encadrement et le financement des investissements productifs sont les principales solutions. Les potentiels humain et financier de l'Algérie répondent parfaitement à cela.

Sur le plan régional et méditerranéen en particulier, l'Algérie a toujours fait preuve de bon sens, tant sur le plan politique que sur le plan économique.

Consciente de la pratique révolue de «la chaise vide», l'Algérie adhère pleinement à l'Union pour la Méditerranée, en espérant qu'elle ne constitue pas une simple réédition du processus de BARCELONE, dont la seule opération réussie fût celle de contenir les flux migratoires, ce qui a aggravé le chômage dans les pays du Sud et ceux du Sahel, en particulier.

Le président de la République, M. Abdelaziz BOUTEFLIKA estime que la difficulté de l'UPM se situe au niveau du financement des actions programmées. Ceci est tout à fait clair dans la mesure où la seule opération de dépollution de la Méditerranée, si elle venait à être projetée, reviendrait à quelque 3 milliards d'euros par an.

EUROMED a, dans sa sixième rencontre, tenue récemment en Italie, souhaité qu'un apport financier vienne soutenir les mécanismes de promotion de l'investissement dans la région méditerranéenne. La commission européenne et le consortium «Anima Investmed» viennent d'initier un projet de développement de la PME, à hauteur de 12 millions d'euros, impliquant les 27 pays de l'Union européenne et les pays de la rive sud de la Méditerranée, ce qui est insignifiant.

Ce sont là quelques indicateurs de la difficulté à trouver les bailleurs de fonds pour l'impulsion d'une dynamique d'envergure nécessaire au développement durable des pays méditerranéens et ceux de la rive sud, en particulier.

Si le problème de l'immigration clandestine continue de représenter le vrai danger pour l'Europe et pour les Euro-méditerranéens, en particulier, qu'ils soient rassurés, l'Algérie a les moyens de permettre à ses enfants de garder «les pieds sur terre», sur leur terre.

L'Algérie est consciente que seul le développement local multisectoriel est capable de générer l'emploi et résorber le chômage. La prise en charge du chômage de masse par le financement de projets locaux, à caractère socio-économique, constitue un élément essentiel dans l'amélioration des conditions de vie des populations locales.

Elle représente, d'ores et déjà, un élément non négligeable dans la feuille de route de l'UPM, qui ne ferait plus de l'immigration clandestine son cheval de bataille, et consacrerait son programme aux projets qualitatifs d'intérêts communs, relevant du domaine de la science et de la technologie.

Voici donc, un projet national pour les jeunes démunis en réponse à ceux qui avancent que le destin des jeunes et leur bien-être ne sont pas la préoccupation des pouvoirs publics.

Voici un projet à concrétiser pour répondre à ceux qui disent: «On fait tout pour empêcher les jeunes de partir mais on ne fait rien pour les retenir».



*Expert consultant en développement agricole

 

 

source : http://www.lequotidien-oran.com

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