«N'entrera pas au Paradis quiconque a un atome d'orgueil dans son coeur».
Donc il restera pour l'éternité en Enfer. D'autre part, quiconque
possède un atome de foi, même s'il va en Enfer, ira ensuite au Paradis. Il en
résulte qu'un orgueilleux ne peut avoir un atome de foi, et c'est ainsi
qu'Ibliss a été maudit.
Une précision doit être faite. Si quelqu'un n'a pas la foi, il n'est pas
nécessairement un mécréant. Allah dit:
[Les bédouins ont dit «Nous
avons la foi». Dis: «Vous n'avez pas encore la foi. Dites plutôt: nous sommes
simplement soumis (ou musulmans), car la foi n'a pas encore pénétré dans vos
coeurs. Et si vous obéissez à Allah et à son messager il ne vous fera rien perdre
de vos oeuvres] (49/14).
Donc le niveau de foi est plus haut que le niveau d'Islam. L'Islam est
la soumission du corps et la foi siège dans le coeur. Elle implique des
qualités spirituelles dont la première est la modestie et le respect vis à vis
d'Allah, des hommes et des créatures.
Dans ce verset, Allah nous indique la solution pour atteindre la foi
demandée: l'obéissance à Allah et au Prophète (sala Allah ‘alih wa salam). Mais il
ne suffit pas d'obéir aux ordres physiques en négligeant le rôle du coeur et de
l'esprit. Passer de l'Islam à la foi (imane) exige que nous fassions l'effort
sur notre coeur en même temps que sur notre corps. En effet, le but de toute
adoration physique est que l'esprit et le coeur fassent corps avec les gestes
et les paroles. Par contre, si une personne adore Allah mais son esprit et son
coeur sont ailleurs (fascinés par les créatures et par sa personne) et qu'il
meurt avec son orgueil, là le hadith s'applique sur lui et il ne pourra pas
accéder au Paradis.
Les récits du Prophète, prière et salut sur lui, abondent sur les
adorateurs orgueilleux qui finissent en Enfer.
L'orgueil est le pire défaut
L'orgueil est le pire défaut qui puisse s'installer dans le coeur
d'un homme ou d'un djinn. Donc, après la soumission physique, le premier effort
pour purifier son coeur et pour se rapprocher d'Allah est de se débarrasser de
l'orgueil.
Remède
Satan fait croire aux pratiquants qui se rendent compte de leur
orgueil qu'il n'y a rien à faire et que d'ailleurs tout le monde est orgueilleux
et qu'il y a bien quelque chose qui fera que le hadith ne s'appliquera pas sur
eux et qu'ils iront quand même au Paradis. Dans le même hadith, le Prophète
(sala Allah ‘alih
wa salam) explique l'orgueil en donnant du coup la solution:
«L'orgueil est le refus de la
vérité et le mépris des gens».
Ce sont les deux manifestations principales de l'orgueil que nous
retrouvons dans le Coran:
1-Accepter la vérité :
[Et quand on lui dit: redoute Allah (crains Allah et sois pieux
envers Allah), l'orgueil criminel s'empare de lui (il devient fier et se défend
de son péché)] (2/206).
C'est la réaction du coeur devant un conseil de se sentir attaqué et de
se défendre. Il faut au contraire sentir que le conseil est une aide et que la
personne nous veut le bien et la réussite dans ce monde et l'au-delà. Cette
réaction positive est le signe de la foi. Mais cela ne veut pas dire qu'il faut
agir selon tout ce qu'on nous dit. Allah dit:
[Ceux qui prêtent l'oreille à la parole puis suivent ce qu'elle contient
de meilleur] (39/18).
Donc nous écoutons tous les conseils, qu'ils soient dits avec ou sans
sagesse, qu'ils soient corrects ou incorrects, convenables ou non, puis nous
suivons ce qui nous semble bon. Pour donner le conseil, il faut chercher la
forme et les moyens les plus sages pour être efficace et conserver la bonne
relation avec la personne. Mais quand nous recevons un conseil, il faut
l'accepter quelle que soit sa forme.
Si nous sentons notre coeur bouillonner et se révolter en entendant un
conseil, il faut essayer de se calmer. Une fois l'émotion passée, nous nous
disons: «Mais pourtant mon but est Allah, le Paradis, la guidée... et cette
personne me veut du bien et elle veut m'aider. Je ne cesse de demander à Allah
la guidée, et Allah veut me corriger par son biais. Je devrais être très
content qu'Allah a exaucé ma prière, et qu'il m'a indiqué un défaut que
j'aurais peut-être mis des années à découvrir. La prochaine fois, je vais
écouter très attentivement pour connaître mes erreurs et je vais vivement remercier
quiconque me conseillera...»
En faisant cet effort, petit à petit, nos sentiments et nos réactions
changent, jusqu'à ce que nous ne sentions plus nos coeurs rejeter la vérité.
Nous ne pourrons jamais être sûrs de ne pas avoir d'orgueil, car il peut toujours
y avoir un petit bout qui apparaîtra un jour. Par contre, si nous avons de
l'orgueil, nous pouvons en être sûrs en constatant que nos coeurs rejettent un
conseil alors que nous savons que c'est une vérité, surtout s'il est dit en
public ou sur un ton dur. Nous devons alors concentrer notre effort là-dessus
jusqu'à ce que nous ne sachions plus si nous avons encore de l'orgueil. Alors
nous concentrons notre effort sur l'étape suivante, et chaque fois que
l'orgueil fait une réapparition, nous le combattons de nouveau.
b) Ne pas mépriser : Le mépris des autres nous est expliqué par Satan: [Je
suis meilleur que lui] (38/76). Mépriser quelqu'un n'est pas constater ses
défauts ou ses péchés, mais c'est croire que nous serons meilleurs que lui le
jour dernier.
Il nous arrive de penser: «Tiens! Voici Untel. Regarde sa prière! Il
manque vraiment de connaissances. Moi, je ne commets pas ces erreurs-là. Il a
tellement de lacunes... Sera-t-il meilleur que moi le jour dernier? Hors de
question!...» Quand Satan nous insuffle que nous sommes meilleure que telle personne,
nous devons réagir immédiatement. Si nous nous laissons emporter par son
discours et que nous y trouvons plaisir et facilité, nous nous laissons
convaincre par ces idées, nos sentiments se forment en conséquence et c'est la
destruction de nos coeurs. Répliquons à ces ruses par des arguments radicaux:
nous ne savons pas si nos prières sont acceptées ou non, qui demain sera
croyant ou pas, comment se déroulera le reste de notre vie et comment se
passera le jugement devant Allah... Nous devons nous inquiéter de notre sort
plutôt que de conjecturer sur celui des autres. En réfléchissant ainsi, nous ne
nous plaçons au-dessus d'aucun musulman. Nous devons combattre les murmures de
Satan chaque fois qu'ils viennent. A force de donner les mêmes réponses d'une
logique irréfutable, Satan ne pourra plus nous induire en erreur.
Garder son coeur pur
Ensuite, pour garder son coeur pur, il ne faut pas essayer de
connaître les défauts des autres, ni porter de jugement sur personne, ni prêter
l'oreille à la médisance. Si l'on nous en parle, il faut faire taire la
personne (avec sagesse), ou partir. Si nous entendons un mal sur quelqu'un, il
ne faut pas le croire et imaginer d'autres explications. Si nous en avons la certitude,
il ne faut pas le mépriser mais regarder nos propres défauts. Enfin, il ne faut
répéter aucun défaut. Nombre de hadiths décrivent la très grave punition de
celui qui s'occupe des défauts des autres. S'occuper des défauts des autres
influence obligatoirement le coeur et fait naître et pousser le mépris et
l'orgueil.
Cependant, nous devons ordonner le convenable et interdire le blâmable. Si nous
sommes témoins d'un mal, afin de garder nos coeurs purs, nous devons prier
Allah pour pardonner à cette personne, lui faciliter le repentir et la guider.
Ensuite vient le conseil avec sagesse. Car si nous ne nous orientons pas tout
d'abord vers Allah, le diable peut intervenir dans nos pensées, puisqu'il
murmure dès que nous oublions Allah. Nous risquons alors de ne pas être
vraiment sincères et détachés de notre nafs (notre ego qui nous dit: je suis
meilleur que lui). Le Prophète (sala Allah ‘alih wa salam) priait des heures la nuit pour la
guidée des gens. Si nous ne pouvons pas en faire autant, essayons au minimum de
demander à Allah dans notre coeur sans bouger les lèvres.
Sources :
La Voie Spirituelle : méthode pratique, écrit par Ben Halima Abderraouf,
2ème édition, 64p,