Une guerre qui ne dit pas son nom » Paix et Amour entre les peuples

 Une guerre qui ne dit pas son nom

21/8/2008

Une guerre qui ne dit pas son nom
par Farouk Zahi

L'Algérie est, affirme-t-on, à la quatrième position mondiale des accidents de la circulation routière.

Cette gradation, peu envieuse d'ailleurs, devrait nous inciter à plus de prudence; malheureusement ce triste palmarès, nous fait complaire dans une attitude à la limite de l'insouciance. L'accident de la route est devenu, par on ne sait quelle fatalité, un sort inéluctable jeté à la communauté nationale. Sur les lieux du drame, on ralentit, on observe, on questionne pour satisfaire sa curiosité morbide et on redémarre, comme si de rien n'était; on n'en garde aucun stigmate. Il est même permis de penser que l'on veuille détrôner les USA, la Grande-Bretagne et la France nos seuls devanciers dans cette hécatombe. Et là encore il n'y a aucune commune mesure avec la consistance des parcs roulants, ni les réseaux autoroutiers des pays précités qui obligent d'ailleurs à aller vite. Aucune mesure coercitive n'est venue au bout de cette guerre que se livrent les automobilistes, les uns contre les autres et qu'ils livrent aux piétons et aux voyageurs.

Cette hydre qui se nourrit de chair humaine, emporte annuellement près de 4.500 vies humaines et occasionne des traumatismes corporels et psychologiques le plus souvent irréversibles. Une simple visite à l'hôpital de Tixeraine spécialisé en rééducation fonctionnelle suffirait à mesurer l'ampleur de la tragédie. Le grand spécialiste en la matière, Mohamed Lazouni, affirme qu'en dépit du nombre encore élevé d'accidents, le chiffre se stabilise depuis déjà une dizaine d'années. Il rapporterait cela au doublement du nombre de véhicules circulant qui connaît une évolution annuelle de 200.000 unités qui aurait bondi de 2.500.000 à 5.000.000 d'engins. Le vaste chantier national du BTP et de la construction a influé sans nul doute sur la flotte de transport de marchandises et autres matériaux. L'indigence du transport ferroviaire et la galère du transport urbain ont boosté le marché du véhicule léger et celui du transport en commun par autocar. L'industrie automobile de l'Asie du Sud-Est et de la Chine a supplanté l'industrie européenne, notamment française, allemande et suédoise connues dans le segment de l'utilitaire et le transport en commun. Les performances de vitesse démultipliées sont probablement à l'origine des fréquents crashs routiers où l'on peut dénombrer plusieurs victimes à la fois. Le dernier en date sur la liaison Oran-Tiaret a tout de même fait 24 morts et plusieurs blessés.

L'accident est devenu de plus en plus spectaculaire: du conteneur mal arrimé qui chute sur la chaussée en écrabouillant un ou plusieurs véhicules, au bus lancé à vive allure qui transperce un parapet faisant une chute dans l'abîme marin, à la grue qui défonce un pont ou une passerelle, à cette semi-remorque qui gît sur le côté sur une voie rapide, à ce camion-citerne bourré de produit inflammable qui s'écrase et prend feu. La liste est malheureusement longue à énumérer pour cerner le rocambolesque du tragique. L'accident qui était jadis interurbain tend de plus en plus à être périurbain ou carrément urbain. Il était jadis rare de déplorer des décès dans les accidents en intra-muros sauf peut-être pour les piétons qui se font heurter rudement par des véhicules. Sur les voies rapides que l'on confond souvent avec l'autoroute, le nombre d'accidents est fonction de l'excès de vitesse et des slaloms qui aboutissent souvent au carambolage ou au débordement sur la voie opposée. Il est même devenu dangereux de côtoyer un cortège nuptial, dirigé le plus souvent par un bolide type 4x4 ou autre grosse cylindrée.

On dépassera tantôt à gauche, tantôt à droite et dans ce cas, il y a inobservance des règles élémentaires de conduite automobile. Le panneau de limitation de vitesse à 80 km/h est allègrement ignoré au vu et au su des agents de la sécurité routière. Quant au sort réservé aux conducteurs-pères tranquilles qui empruntent la voie centrale, il vaut mieux ne pas trop s'y étaler. Celui-ci ira de l'invective, au klaxon rageur, à la queue de poisson punitive et parfois même, suprême ignominie, au bras d'honneur. Les voies de fait ne sont pas exceptionnelles en cas d'arrêt sur l'accotement de la chaussée. Que de rancoeur gratuite, que de violence verbale et physique, que de déchéance que rien ne peut justifier... encore moins expliquer. Des enfants et leur maman, désemparés, ont assisté impuissants au passage à tabac du papa et sans recours aucun... ni secours d'ailleurs !

Que représente le véhicule présentement ? Difficile à dire, encore moins à l'affirmer, mais il est des signes qui ne trompent pas. Il suffit de revêtir l'habit du piéton pour le constater. Essayez de passer à proximité d'un véhicule flambant neuf, l'illustre conducteur vous lorgnera d'un oeil presque dédaigneux et ne vous cédera le passage que de mauvaise grâce. Il peut par contre superbement vous ignorer, les bras tendus, la tête en extension, le regard oblique vers le haut et droit, il fait le détaché. Vous n'existez pas pour lui et si par malheur, vous le heurtez avec un de vos membres, son premier réflexe est de diriger d'abord son regard courroucé sur le point d'impact. Vous, vous pouvez toujours cuver votre dépit. Reprenant son volant, il vous foudroie une ultime fois du regard, marmonnant une remontrance inaudible. Sa position cabrée l'autorise à vous regarder de haut... insolente frime quand tu nous tiens !

Certains petits fonctionnaires ont en fait un nouveau positionnement social. Ils changeront de tenue vestimentaire en rapport avec la Maruti ou la Logan fraîchement acquises, ils sont reconnaissables au macaron «80» accolé à la lunette arrière. Leurs enfants seront les premiers à en parler à leurs camarades et à s'occuper du lustrage. Les femmes porteuses de voile réaffirmeront leur émancipation en dépit de ce que peuvent penser les gens de l'attribut dont elles se couvrent la tête. Un autre type de conducteur surexcité est déjà né, il s'agit du jeune fraîchement sorti de la «fange» qui pour s'affirmer roulera en 4x4 pick-up, il joint la rutilance à l'utilitaire. On le croisera roulant à vive allure, ne tenant compte ni du lieu ni du moment. Le regard fixe derrière des lunettes aussi sombres que le pare-brise, il saluera ostensiblement ses vieux camarades qui n'ont pas eu la chance d'émerger. Là c'est le pouvoir de possession et la frime insolente qui prévaudront. Pour en mettre plein la vue aux envieux, ses manoeuvres exhibitionnistes deviennent un spectacle rituel. Le démarrage en trombe clôturera le rodéo. Il ne faut surtout pas gêner en traînant son corps... le pare-buffle peut être un boutoir redoutable.

Que pourrait-on enfin instrumentaliser pour réduire un tant soit peu les retombées socio-économiques et sanitaires de ce drame aphone qui est en phase de devenir la première cause de morbidité et de mortalité ? Les textes réglementaires et législatifs dissuasifs sont là, leurs instruments d'exécution aussi, il reste à sensibiliser et à former. La formation est le maître mot avancé récemment sur la chaîne radio francophone par le sous-directeur des transports terrestres qui annonce, qu'en plus du permis de conduire de catégorie D exigible pour les conducteurs de poids lourds et de transport en commun, une formation complémentaire sera imposée aux candidats au niveau des centres de formation professionnelle. Ce n'est probablement qu'à ce prix qu'il peut être encore épargné des vies éteintes à la fleur de l'âge.

Source : http://www.lequotidien-oran.com


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