La transmission des valeurs : une nécessité et une responsabilité » Paix et Amour entre les peuples

 La transmission des valeurs : une nécessité et une responsabilité

7/9/2008

La transmission des valeurs : une nécessité et une responsabilité

Ludivine Barry

Le XXIe siècle arrive avec ses nouveautés, ses promesses d’un monde meilleur où l’espérance de vie a gagné du terrain. Mais qu’en est-il des valeurs et de la culture du passé ? Doit-on en faire table rase ou au contraire continuer à les transmettre ? Des questions auxquelles tentent de répondre deux philosophes de notre temps : George Steiner (1) et André Comte-Sponville (2).

Encore au début du XXe siècle, les valeurs de notre société s’adossaient à la morale religieuse présente dans les esprits. Le Bien était en lien avec cette morale chrétienne généralement adoptée. Dans la morale transcendante, le Bien est ce qui commande, le mal est ce qui est interdit. Avec la chute des valeurs morales, le statut des valeurs a changé : l’idée du Bien est devenue «ce qui me fait du bien» et le mal, «ce qui me fait du mal». Tout se rapporte désormais à l’individu et à son bien-être. De nombreux exemples édifiants tirés des comportements actuels illustrent ces propos. Actuellement, on pense que chacun est libre dans la mesure où il ne fait de mal à personne. Ainsi, aucune pratique n’est  répréhensible si elle ne fait de mal à personne. Au nom de quoi interdire alors ? Comment distinguer le bien du mal ? Aurions-nous besoin de nouvelles valeurs pour le XXIe siècle ?

 

 Des valeurs atemporelles

 

Pour ces deux philosophes, il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles valeurs mais de reprendre celles qui ont traversé les temps et qui guident l’humanité depuis toujours. C’est ainsi que nous savons qu’il est bon de transmettre la générosité plutôt que l’égoïsme, la justice plutôt que l’injustice, le courage plutôt que la lâcheté, la douceur plutôt que la brutalité.

Selon André Comte-Sponville, les valeurs qui nous guident actuellement sont l’héritage d’une période très fertile pour l’humanité au VIe siècle avant J.-C., dans laquelle sont apparus simultanément de grands penseurs et philosophes : Lao-Tseu et Confucius, en Chine, Bouddha en Inde, Zoroastre en Perse, Anaximandre, Héraclite, Parménide en Grèce... Tous ces philosophes ont vécu à la même époque, et ont professé un enseignement moral, essentiellement convergent, lui-même issu de traditions beaucoup plus anciennes. Ce sont ces valeurs qui ont guidé le développement de l’Occident jusqu’à nos jours et ont forgé sa culture.

 

 Une panne de la transmission

 

Mais, répond George Steiner, cette culture philosophique, littéraire, musicale n’a pas réussi à enrayer la barbarie. «Humaniser l’homme par la culture, c’était la grande promesse des Lumières !» a-t-il exprimé au journal l’Express en 2000 (3). «Le XXe siècle est le siècle le plus meurtrier de l’Histoire humaine […], ce siècle a fait baisser le seuil de ce qui était humain dans l’humanité. Nous savons maintenant de quoi l’homme est capable ! […] la culture ne rend pas plus humain. Elle peut même rendre insensible à la misère de l’homme».

 

 Progrès moral ou progrès technique ?

 

Le progrès de la civilisation ferait-il baisser le taux d’humanité ? Oui sans aucun doute, si on se réfère à la dimension technique et mécanique du monde moderne, où l’argent et la machine ont supplanté l’homme au centre des préoccupations actuelles. Devant une telle menace, dit George Steiner, «il nous faut reprendre les assises fondamentales de la tradition occidentale, reconstruire notre système de valeurs ». Et ceci, avec beaucoup d’humilité. Face aux dérapages violents dont l’histoire est le témoin, demandons-nous toujours : «Et moi, qu’aurais-je fait ?». Pour André Comte-Sponville, il n’y a pas de progrès véritable sans la conservation et la transmission de ce que le passé a produit de meilleur. C’est en dialoguant avec deux philosophes, Montaigne et Spinoza, ou en lisant les dialogues socratiques ou les Évangiles, qu’il trouve une source féconde d’inspiration.

 

 Les valeurs du passé, langage universel

 

Hannah Arendt précise avec justesse que pour éduquer un enfant, il faut lui transmettre les valeurs du passé, pour qu’il invente l’avenir. Ainsi l’amour et la justice ne sont pas des attributs du conservatisme étroit, mais sont l’apanage d’une véritable éducation traditionnelle. André Comte-Sponville, cite un dicton africain qui dit : «Quand on ne sait où l’on va, il faut se souvenir d’où l’on vient». C’est sans doute plus vrai aujourd’hui qu’à d’autres époques car l’avenir est incertain et imprévisible. Et il ajoute : «mais la seule façon de savoir où on veut aller, c’est de se souvenir d’où l’on vient».

 

 Les valeurs métaphysiques

 

George Steiner rappelle aux jeunes gens qu’ils doivent se souvenir qu’ils sont porteurs d’infini et que, jamais, ils ne doivent se laisser enfermer dans des visions réductrices d’eux-mêmes.

«Je sais que l’immortalité a visité l’homme» dit le philosophe qui nous rappelle que les valeurs ne sont pas simplement morales mais sont le véhicule d’une ouverture spirituelle. «Penser veut aussi dire rêver» ajoute-t-il. C’est pourquoi il recommande que très tôt l’enfant soit sensibilisé à la question de l’infini et du mystère. Ainsi, la musique, les mathématiques, l’architecture sont des langages universels qu’il est capital d’enseigner et de faire aimer. «Les hautes mathématiques sont l’autre musique de la pensée» déclare-t-il. De plus, tout homme devrait avoir une certaine connaissance de base pour appréhender toutes les nouvelles sciences. Pour cela, il faut étudier.

 

 Des valeurs à vivre

 

Dans notre société si ouverte sur l’information et le savoir, nous avons accès à cette culture, à ce passé, à ces philosophes. Les valeurs sont là, à notre disposition. Mais nous manquons de courage pour les vivre. La société est devenue paresseuse, passive, avec une absence totale de discipline. Il y a une sous-estimation terrible de notre potentiel. La transmission des valeurs a disparu. Or, celle-ci est la clé du succès. La famille y joue un rôle prépondérant, car c’est elle qui donne les valeurs. Même pauvres, dans certains bidonvilles du monde, des enfants apprennent la dignité. Or, actuellement en Occident, les familles démissionnent, ne transmettant plus les valeurs. Ceci entraîne la perte de tout un potentiel.

 

C’est pourquoi ces deux philosophes appellent à une réhabilitation de la philosophie, comme porteuse de valeurs atemporelles. Elle permet d’offrir des repères, des champs de réflexion sur nous-mêmes et notre culture moderne, indispensables pour sortir d’une forme de vide moral et métaphysique qui s’est emparé de nos sociétés modernes. La philosophie nous amène à la prise de responsabilité face à la vie. Car il est de notre devoir de transmettre à nos enfants non seulement les valeurs de tous les temps mais aussi le nécessaire courage pour les incarner et les vivre.

 

 

(1) Philosophe, journaliste à l’Economist, critique littéraire au New Yorker, professeur de littérature anglaise et comparative à l’Université d’Oxford, auteur d’une vingtaine de livres. A donné une conférence à la Cité de la Réussite en octobre 2006 sur le thème «la responsabilité de la transmission».

(2) Philosophe et enseignant, auteur de nombreux ouvrages philosophiques. A donné une conférence le mercredi 22 novembre 2006 au Temple Protestant de l’Étoile, Paris XVIIe, sur le thème «quelles valeurs transmettre ?»

(3) Interview de George Steiner dans l’hebdomadaire L’express du 28/12/2000

 
Source : http://www.nouvelleacropole.org 
 

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Comments

 bribescoeur, le 07-09-2008 à 03:38:31 :

Commentaire sans titre

bon dimanche islam&paix..et molo sur le shour 

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