Un des aspects les plus délicats d’une
relation conjugale est la gestion des conflits. Si l’on a souvent considéré
qu’un couple qui n’a pas de dispute était un signe de bonne santé, force est de
constater que le couple vit et se construit de façon progressive, par
différentes étapes, qui sontelles-mêmes
rythmées par des périodes de crises. Dieu a crée la vie et la mort afin de nous
éprouver. Qui d’entre nous fera acte de Bienfaisance ? Cette compétition
de l’homme et de la femme dans l’œuvre pie est l’une des conditions de
l’épreuve. En effet, notre vie ici-bas n’est qu’un examen de passage vers la
vie éternelle.
Ces contrariétés qui font parfois notre
quotidien sont-elles inévitables ? Quand interviennent-elles ?
Quelles sont les attitudes à adopter face à ces crises ?
Généralement elles interviennent à chaque
changement de situation :
1. Le respect des personnalités et
l’engagement au devoir
Quand on se marie, on a pour objectif inconscient
et dommageable de ne faire qu’un, d’ailleurs un proverbe anglais dit très
justement : «Ne faire qu’un. Oui, mais lequel ?». Pour ne faire qu’un, le
couple plonge spontanément dans la rivalité : l’un doit prendre le pouvoir sur
l’autre. Le désir d’autonomie apparaît forcément d’un côté ou de l’autre. Le
besoin de se réaliser et de se différencier de l’autre. Or cette tentative de
l’un peut être perçue comme un abandon par l’autre. Pour ce dernier, la
différence n’est pas un enrichissement mais une séparation, donc un conflit :
«Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ».Le plus souvent l’homme
commence une dispute en dévalorisant un point de vue ou un sentimentde son épouse. La femme, quant à elle, ne va
pas exprimer totalement sa pensée ou son sentiment et ira jusqu’à juger son
conjoint.
Qu’est ce qui nous pousse à considérer et
aborder notre relation uniquement dans ce sens ?
N’entendons-nouspas à longueur de temps que l’homme est
« supérieur » à la femme de par les degrés que Dieu lui a octroyés ?
N’est-ce pas cela que nous sous-entendons lorsque le mot « qiwama » est évoqué ? Serions-nous devenus des
tyrans domestiques parce que la société nous tyrannise ?
Peut-être serait-il sage de s’arrêter sur
cette notion. La « qiwama » est énoncée clairement
dans le Coran (S Nissa V34), c’est en parlant de la
famille et de ses problèmes que Dieu mentionne cette égalité, car c’est bien de
cela qu’il s’agit, d’une manière explicite, ne laissant aucun doute pour ceux
qui se croient supérieures aux femmes. Elle est aussi un rappel à l’homme de
l’importance de sa responsabilité à l’égard de sa femme, « elle ne
s’inscrit que dans le cadre d’une responsabilité de nature différente de celle
de la femme et nullement d’un privilège accordé aux mâles ». Ce verset
concerné décrit tout simplement la répartition des rôles bien équitable dans le
respect des spécificités de chacun. Dieu dit :
« Les
hommes ont autorité (ont la charge) pour s’occuper des femmes en vertu de ce
par quoi Dieu a conféré aux uns un ascendant sur les autres, et en raison du
fait qu’ils dépensent de leurs propres biens pour elles. Les femmes vertueuses
sont sobres (pieuses) et maintiennent intacte (protégent) en l’absence de leurs
maris ce que Dieu a prescrit de conserver… ».
Dieu a prescrit pour l’homme le statut de
« qiwama» : c’est une responsabilité avec
conscience du droit de l’épouse sur lui, une compréhension des recommandations
prophétiques à son égard. D’après Abû Hurayrah - que
Dieu l’agrée -, le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui -
dit :
« Les croyants qui ont la foi la plus parfaite sont ceux
qui ont le meilleur comportement, et les meilleurs parmi vous sont les
meilleurs envers leurs épouses. »
C’est l’équivalent de la responsabilité
confiée à la femme qui est « alhafidiya »
On sous-entend par cette protection une continuité et une stabilité au sein de
la vie conjugale. Elle doit protéger tout ce que Dieu a protégé. Elle assure la
continuité de l’espèce humaine puisqu’elle est porteuse de l’avenir de
l’Humanité. Quant à la stabilité : elle ne peut l’assurer que dans les
conditions d’amour, de tendresse, de respect, de communication, de concertation
et de confiance .Le concept « alhafidiya »
est donc l’équivalent de « qiwama ». Ces
concepts, s’ils sont vécus, créent entre l’homme et la femme unecomplicité dans leur cheminement vers Dieu et
les soutient dans l’accomplissement de leur mission pour l’Humanité. Conscients
de cela les tracasseries, les disputes et les incompréhensions qui rythment
notre vie conjugale deviennent dérisoires.
2. Quand la famille s’agrandit
L’arrivée d’un enfant est aussi, à elle
seule, un véritable bouleversement pour un couple, le passage du duo au trio,
du trio au quatuor et ainsi de suiten’est pas aisé : la répartition des tâcheset des réajustements doivent s’opérer pour
que chacun trouve sa place. Sans parler du choix du style éducatif. On peut
s’aimer très fort et avoir beaucoup de points communs, mais lorsque l’enfant
paraît on recommence tout. Parce que même si l’on se connaît très bien en tant
qu’homme et femme, on ne sait absolument pas quelle sorte de parent on va
devenir. Ce n’est qu’au pied du mur que l’on se révèle tendre ou autoritaire,
serein ou impatient, sévère ou laxiste. Ce qui, on le sait, ne facilite pas la
tâche, pour peu que les conjoints n’arrivent pas à s’entendre sur comment
éduquer une fille ou un garçon, de qui s’occupe du suivi scolaire des enfants
etc.Alors on procède par tâtonnement au
grès des querelles incessantes.
L’éducation doit être un projet personnalisé,
discuté et mûrement réfléchi par les deux parents. Il importe que l’enfant
sente ses parents solidaires. Papa ne doit pas critiquer maman, et vice-versa
en sa présence. C’est un signe de bonne entente dont l’enfant a besoin pour se
construire.
3. Quand la belle-famille s’en mêle !
Il estassez fréquent qu’à l’origine du problème dans un couple, on trouve
l’irruption des beaux-parents, et surtout de la belle-mère. L’islam préconise
l’équilibre entre la préservation des droits des parents et la bienfaisance à
leur égard d’une part, et les droits de l’épouse d’autre part.
Il n’est pas rare d’entendre les remarques
désobligeantes d’une mère, pleine d’amour pour son fils, mais hargneuse envers
sa belle-fille qu’ellejuge pas
« apte » à remplir ses devoirs d’épouse, lui imposant une nouvelle
garde robe, car celle-ci ne correspond pas au goût de son cher fils ; de
critiquer sa cuisine, car « l’estomac de son fils est
fragile » ; d’intervenir dans l’éducation des enfants puisqu’elle n’a
aucune autorité… Le gendre et sa belle-mère ne sont pas en reste non plus.
Quand celui-ci n’est pas à la hauteur des aspirations de la belle-mère,
« il n’est pas assez bien pour ma fille », qu’il n’est pas
« débrouillard », qu’il a un comportement rude, dénué de toute
sensibilité et de tendresse à la limite de la brutalité…En somme autant de
remarques agréables à entendre. Les conjoints se doivent de trouver un juste
équilibre dans leurs rapports avec tout le monde, sans favoriser les uns par
rapport aux autres, et sans sacrifier un devoir pour en accomplir un autre.
Pour que tout se passe au mieux au sein du couple l’un des deux partenaires
devra parfois affirmer sa propre position, sans se laisser inhiber par la force
de la relation de l’autre avec ses parents. Trouver sa vitesse de croisière
avant de savoir quelle place accorder à sa belle-famille. L’important, c’est de
ne pas s’installer dans le malaise et la frustration en subissant passivement
la situation. Le secret d’une bonne communication, c’est peut-être aussi de
savoir reconnaître derrière les défauts parfois exaspérants de sa belle-mère de
vraies qualités humaines : celle de maintenir la cohésion des liens familiaux.
En effet Dieu nous dit :
« Si vous craignez
le désaccord entre les deux [époux], envoyez un arbitre de sa famille à lui, et
un arbitre de sa famille à elle. Si les deux veulent la réconciliation, Dieu
rétablira l’entente entre eux. Dieu est certes Omniscient et Parfaitement
Connaisseur » (coran)
4. De la médiation à la thérapie du couple !
Parfois, la routine et une certaine
exaspération des rapports familiaux donne l'occasion aux revendications
égoïstes de se manifester et menacer l'équilibre et l'harmonie du couple. Plus
on est rigide ou figé sur des principes, plus la relation risque d’exploser.
Les conséquences peuvent être très fâcheuses voir même fatales. Dans ce cas ne
serait-il pas judicieux de consulter un(e) conseiller(e) conjugal(e) avant
qu’il ne soit troptard. Plutôt que d’en
référer à des « frères et sœurs » certes bien intentionnés mais malheureusementparfois maladroits ?
Ne devrions-nous pas engager cet effort
plutôt que de s’en tenir à régler superficiellement les problèmes ?
Combien de couples se sont déchirés parce
qu’ils n’ont pas trouvé d’oreille attentive, combien ont souffert d’être jugés.
Combien de femmes sous prétexte que la« patience est mère des vertus » se sont vues faire le deuil
de leurs revendications et d’une relation épanouie.
Sans
cesse en évolution, le couple risque de rompre si les deux partenaires sont
trop rigides. Leur apporter souplesse et compréhension pour éviter que les
prises de bec ne se transforment en conflits ouverts, pousser chacun à
affronter la réalité plutôt que des chimères et idéalisations. Telle est alors
l’ambition de la thérapie de couple. Alors, pourquoi pas ?!
5. Quelle est finalement la meilleure
attitude à adopter face à ces crises?
Il ne faut surtout pas les nier mais oser en
parler afin de minimiser le sentiment d’angoisse et donc de les dépasser. Un
couple qui dure est un couple qui accepte les différences et qui transforme la
situation de façon à être de nouveau satisfait.
Vouloir changer l’autre, c’est difficile.
Mais on peut le faire évoluer en se comportant soi-même différemment.
L’humilité, constitue en effet une bonne approche. C’est sur soi qu’il faut
travailler et non sur l’autre.
Le lien conjugal
est un projet qui comme tous les projets de notre vie doit être un champ pour
la Vie Future. Dieu nous dit :
« Je ne changerai rien en un peuple, tant
qu’il n’aura rien changé en lui-même. »