Confucius et le combat intérieur » Paix et Amour entre les peuples

 Confucius et le combat intérieur

31/8/2009

Confucius et le combat intérieur

Jean-Michel Chatelier

 

Dans une époque de violence et de décadence du pouvoir, Confucius prône la vertu individuelle comme source de l’harmonie sociale. Ses enseignements nourrissent la sagesse chinoise depuis plus de deux millénaires et demi.

 

 «Confucius, grand penseur et pédagogue de l’antiquité chinoise…inaugure en Chine la grande œuvre que sont l’éducation et la formation de l’homme», déclare l’actuel ministre de la culture de la République Populaire de Chine (1). La philosophie de Confucius (Kongzi, 551 à 479 av. J.-C.) reste l’une des plus profondes et des plus originales de la pensée chinoise. Au cœur d’une société décadente où les royaumes centraux sombrent dans la violence guerrière, rongés par le processus d’usurpation du pouvoir et menacés par les barbares qui les entourent, Confucius milite pour un monde meilleur. Il a très peu écrit mais a bravé tous les dangers, affirmé sa pensée face aux hostilités et dépassé les calomnies qui le visaient. Il forma des disciples qui eurent la force d’âme de propager son enseignement à travers les royaumes en désordre, en étant eux-mêmes des exemples vivants. Vers l’an mille, les principes de son enseignement se figeront dans une orthodoxie stérile, largement projetée par les tyrannies de tous bords et dont l’image déformée est parvenue jusqu’à nous.

 

 Une philosophie morale

 

 Les élèves des disciples de Confucius ont compilé les enseignements du maître dans les Entretiens, qui constituent l’une des quatre sources principales permettant de connaître la pensée de Confucius (2). Quelle que soit l’histoire exacte de ce document, il s’avère que les hommes y trouvent des règles de comportement pour leur existence depuis 2500 ans.

 

Confucius ne crée pas un système de pensée ni ne fonde une religion mais réactualise les anciens écrits, les «classiques» (3) dans lesquels il a puisé la sagesse de son enseignement. Il définit une philosophie morale basée sur les valeurs humaines. Comme pour  Socrate, l’homme occupe la place centrale de son enseignement. Confucius a la conviction que l’homme peut s’améliorer et se perfectionner à l’infini. «Etudier, apprendre par l’expérience» est le premier axiome confucéen.

 

 Se gouverner soi-même

 

 Confucius axe son enseignement sur la vie en société, s’attachant à apporter les fondements d’un retour à la paix et à l’harmonie sociale. Dans un pays en chaos, le souverain doit être, selon lui, un modèle de sagesse et de droiture. Sa légitimité tient à sa noblesse d’âme et à sa vertu. S’adressant à tous, Confucius fait naître en chacun le sens de la responsabilité. Il montre l’analogie entre «gouverner» et «se redresser», homophones en chinois. Il engage ainsi chacun, par la pratique de la vertu à acquérir la capacité de se gouverner soi-même. «L’homme de bien chérit la vertu, l’homme de peu les biens matériels», déclare-t-il.

 

Le modèle qu’il propose est le Jun Zi, le chevalier au sens archétypal, l’homme à la pensée droite, au cœur noble et aux actes justes. C’est l’homme qui s’efforce de pratiquer la vertu parfaite d’humanité, le rén, les qualités humaines à leur plus haut degré, notamment la loyauté envers soi-même et les autres ainsi que la fidélité à la parole donnée. «Pratiquer le rén, c’est commencer par soi-même : vouloir établir les autres autant que l’on veut s’établir soi-même et souhaiter leur accomplissement autant qu’on souhaite le sien propre», dit Confucius dans les Entretiens.

 

Tout au long des Entretiens, Confucius exhorte l’homme à s’examiner et à se corriger. Il enseigne que chaque homme possède les vertus en lui-même mais que ce sont les passions humaines qui les obscurcissent et les empêchent de rayonner. La voie du Jun Zi est de suivre les lois de la Nature, la perfection de l’œuvre du Ciel, qui siègent en son cœur. Interrogé sur la vertu parfaite, Confucius répond qu’il s’agit de se vaincre soi-même et de rendre à son cœur l’honnêteté qu’il tient de la Nature. «L’homme de bien exige tout de lui-même, l’homme de peu attend tout des autres.» C’est ainsi que l’étude n’est pas seulement livresque. Le maître insiste sur la nécessité de pratiquer l’enseignement et sur l’inutilité de cumuler un savoir vain et de céder à la simple curiosité pour satisfaire ses désirs. La vie de l’aspirant à la vertu parfaite, l’amoureux de la sagesse conduit à un combat intérieur, une guerre à ses propres défauts pour se corriger. «Par leur nature les hommes sont proches, c’est à la pratique qu’ils divergent».

 

 Une bataille au quotidien

 

 Confucius engage chacun à s’imposer des règles, pour se libérer de l’esclavage des passions et gagner en fermeté d’âme. Ses contemporains disaient qu’il parlait de choses ordinaires. En effet, pour Confucius, la vie quotidienne est le cœur de la bataille visant à développer ses vertus. Le quotidien est lui-même étroitement mêlé à la vie en société, d’où l’importance de régler les rapports entre les hommes par la pratique de la vertu. Confucius nous dit de ne jamais critiquer autrui mais de veiller à ne pas sombrer dans les travers révélés par d’autres. Les défauts sont à chercher en soi, non chez son voisin. «L’homme honorable commence par appliquer ce qu’il veut enseigner». Le sage se distingue par ses règles de vie, surtout face aux circonstances défavorables. Pour Confucius, s’isoler est la facilité, signe d’un refus de la confrontation à soi-même et de la fuite de la responsabilité dans la vie collective.

 

Il ne faut attendre que de ses propres efforts pour parvenir à être heureux, quelles que soient les circonstances, et posséder la joie intérieure malgré les privations. Les résultats naîtront de la persévérance, source de perfectionnement. Il n’est pas reprochable de commettre des fautes mais seulement de ne pas s’en corriger. Et voilà un grand bonheur que de le faire ! Le maître incite à travailler sans relâche à acquérir la sagesse tout en veillant à ne pas perdre ce qui est acquis.

Le dojo des enseignements de Confucius est la vie courante, celle que nous pouvons saluer rituellement chaque matin comme en pénétrant dans un espace qualifié, décidés à nous dépasser  et à acquérir un peu plus de pouvoir sur nous-mêmes pour contribuer à une meilleure harmonie sociale et pour tenter de laisser briller un rai de l’œuvre du Ciel.

 

 1. Sun Jiazheng, lors de l’exposition sur Confucius qui eut lieu en 2004 au musée Guimet à Paris.

 

2. Entretiens de Confucius, traduit par Anne Cheng, Seuil, collection Points Sagesses, dont sont extraites toutes les citations de l’article.

 

3. Notamment, le Livre des documents, le Livre des odes et le Livre des mutations (Yi Jing ).

 

 Citation :

 

«Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse, ne l’inflige pas aux autres»

 

Confucius, Entretiens

 

 À lire :

 

Le maître de lumière Philippe Franchini, Éditions 1, 2003,

 

L’envol du phénix, Philippe Franchini, Éditions 1, 2002

 

Source : http://www.nouvelleacropole.org/articles/article.asp?id=148

 

Tags : Confucius
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