Devenir ami du temps » Paix et Amour entre les peuples

 Devenir ami du temps

11/9/2009

Devenir ami du temps

Isabelle Ohmann

 

Devenir ami du temps, ce n’est pas seulement dégager plus de temps, mais également avoir un temps de qualité et se ressourcer. Quelques conseils simples des anciens peuvent nous être utiles aujourd’hui.

 

«Le temps s’enfuit» était la sentence que les Romains aimaient à graver dans le marbre des murs de leurs villas pour rappeler la condition éphémère de l’existence humaine.

 

Saturne (Chronos chez les Grecs) était le dieu du temps. Père indigne, il dévorait ses enfants, tel un ogre, pour ne pas être détrôné par sa progéniture. Avec sa longue faux, il devenait le précurseur de la mort qui nous emporte tous. Mais il était aussi le souverain de l’âge d’or, source d’abondance et de fécondité. Ainsi le temps prenait un double visage, ennemi ou ami selon les cas.

 

 Le temps ennemi

 

 Chacun de nous, en fonction de notre propre nature, rencontrons différents problèmes avec le temps, parfois les mêmes. Une liste non exhaustive nous suffira à nous en persuader. L’incapacité à faire tout ce que nous avons à faire, la difficulté à concilier vie personnelle et professionnelle, à commencer ou clore une tâche, à programmer avec des plannings utopiques ou trop remplis. De même notre incapacité à dire non, à limiter le temps accordé à une activité ou notre dispersion d’une activité à une autre. Et encore la difficulté à choisir, à gérer l’imprévu ou à agir autrement que dans l’urgence de la dernière minute. Et beaucoup d’autres situations rendent notre rapport au temps parfois douloureux, nous conduisant au stress et à la fébrilité.

 

 Le temps ami

 

 Aristote disait que le temps n’est que la succession des instants. Mais cette vision quantitative et linéaire du temps est la cause de nos angoisses et de nos frustrations. Elle fait que nous sommes préoccupés du nombre d’heures à notre disposition et rend difficiles à assumer les limites que nous oppose le temps. Nous avons du mal à vivre le présent en pensant au temps qui manque.

 

Le temps ami est un temps qualifié, que nous pouvons rendre fécond et riche, à l’image de Saturne maître de l’âge d’or. Rendre le temps ami nécessite un effort, car naturellement, si nous ne faisons rien, notre temps se dépense à des choses parfois futiles et inutiles. Nous avons alors un sentiment de vide, l’impression de n’avoir rien fait de notre temps.

 

 Les choses importantes

 

 Un maître zen qui enseignait à ses disciples, prit un seau et montra à ses élèves comment le remplir à ras bord de gros cailloux. Une fois plein, il leur dit : «peut-on y rajouter quelque chose ?» Puis, joignant le geste à la parole, il prit des graviers et les introduisit dans le seau. À la question suivante, il prit du sable et le versa dans le seau. Enfin, il y fit couler de l’eau. Il interrogea alors ses disciples : «quel enseignement tirez-vous de cette expérience ?» «Quand on pense qu’il n’y a plus de place, il y en a encore» répondit l’un d’entre eux. «C’est vrai, dit le maître, mais il y a quelque chose de plus profond encore. C’est que l’on ne peut mettre tout cela dans le seau que si l’on commence par les gros cailloux, puis les graviers et ainsi de suite. Dans la vie c’est pareil, il faut commencer par les choses importantes si l’on veut pouvoir réaliser toutes les choses que nous nous proposons de faire, les grandes comme les petites. »

 

Ainsi, si nous voulons faire beaucoup de choses, nous devons apprendre à sélectionner les choses importantes et à les placer avant les autres. Il s’agit donc d’établir des priorités. Gérer son temps nous amène à réfléchir aux choses qui comptent dans notre vie et à la place que nous voulons leur accorder. Hiérarchiser nos actions est une façon simple et efficace d’optimiser notre temps. En organisant nos actions dans un ordre simple et clair, nous pourrons donner une place à chacune.

 

 La boucle du temps

 

 Dans les anciennes civilisations, la façon d’apprivoiser le temps était de prendre en compte sa nature cyclique. La succession des jours et des nuits ou des saisons nous fait prendre conscience que le temps est courbe et qu’il passe par des phases semblables.

 

Nous aussi pouvons courber le temps pour le mettre à notre service. Car le temps traverse quatre phases, l’avenir, le présent et le passé, et une quatrième phase un peu mystérieuse, le non-temps, qui forme un cycle complet.

 

 Conquérir l’avenir

 

L’avenir n’est pas «le fruit d’une trajectoire linéaire qui trouve son origine dans le passé et passe par le présent pour se prolonger. Il n’est donc pas question d’extrapoler le présent dans le futur, mais bien plutôt de se placer mentalement dans l’avenir pour le faire venir dans le présent.» (1) Les philosophies et spiritualités orientales insistent pour cela sur la capacité de visualisation et les techniques de contemplation qui permettent de ressentir l’état qualitatif que l’on veut obtenir dans le futur.

 

S’organiser, planifier, programmer, sont aussi des façons de conquérir l’avenir, en envisageant le temps que nous allons attribuer à chaque chose, mais en restant mesuré, sans exagérer nos possibilités. Anticiper sur les choses à venir nous permet également souvent d’éviter de perdre du temps quand arrivent les situations escomptées. Penser à l’avance à quelque chose qui demande créativité est aussi une façon de gagner du temps car, au fil du temps, nous engrangeons les idées consciemment ou inconsciemment, jusqu’au jour où nous devons réaliser le travail.

 

 Affronter le présent

 

 Etre présent, c’est être attentif, et ceci permet d’allonger prodigieusement la vie.

 

Le présent exige de nous concentration et esprit de décision. Si notre conscience est dispersée, nous sautons d’un sujet à un autre, en dépensant beaucoup plus de temps que nécessaire. Au contraire, la concentration peut allonger les minutes de façon étonnante. De même, la difficulté à choisir entre une chose et une autre peut nous faire perdre beaucoup de temps. Il faut donc savoir choisir, sans précipitation, même si nous nous trompons dans nos décisions. Nous gagnerons plus de temps à corriger nos erreurs plutôt qu’à rester indécis à la croisée des chemins.

 

 Tirer l’expérience

 

«Vivre, c’est changer le temps en expérience» disait un philosophe. Mais pour cela, il faut vivre les situations avec conscience. La conscience naît du regard que nous portons sur nos actions, donc de notre capacité à regarder et interpréter notre passé. Tirer l’expérience du vécu est le trésor du philosophe, de celui qui veut apprendre de ses réussites comme de ses échecs, pour préparer les changements du nouveau cycle. Mais pour cela, nous avons besoin d’un temps de régénération.

Se ressourcer

 

 Dans notre journée, c’est le sommeil qui permet de digérer l’activité consciente, d’en tirer les conséquences et de nous préparer à une nouvelle action. Savoir se reposer demande un temps bien utilisé. Il faut programmer notre temps de repos, ce qui est parfois difficile car nous avons du mal à nous arrêter physiquement ou mentalement. Il ne suffit pas de disposer de plusieurs heures pour se délasser, mais il faut par contre que la conscience, en conjugaison avec le temps, puisse se dégager des sujets qui la tiennent occupée pour passer à d’autres ou à aucun en particulier.

 

 Le respect et la compréhension de ces quatre phases nous permettra d’échapper à l’usure du temps et à maintenir, comme les Anciens le souhaitaient, une éternelle jeunesse, source de vitalité et d’enthousiasme.

 

 

* Cet article est inspiré d’un article non publié de Délia Steinberg Guzman intitulé «Le temps : ami ou ennemi»

 

 (1) Le management, un art japonais, article de Fernand Schwarz paru dans la revue Nouvelle Acropole n°135.

 

 «L’instant est un atome d’éternité»

 

Kierkegaard

 

Source : http://www.nouvelleacropole.org/articles/article.asp?id=148

 

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