Qui sont les Gens du Livre ? » Paix et Amour entre les peuples

 Qui sont les Gens du Livre ?

9/10/2009

Qui sont les Gens du Livre ?

 

Le Coran parle de la possibilité de se marier avec les "femmes vertueuses parmi les gens qui ont reçu l'Ecriture avant vous". Qui sont les Gens du Livre ? Uniquement les juifs et les chrétiens ? Ou bien aussi les adeptes de certaines autres religions ? Et puis fait-il partie des Gens du Livre celui qui croit en Dieu l'Unique mais qui n'a pas encore choisi sa religion ?

A l'unanimité des savants musulmans, les Juifs ainsi que les Chrétiens unitariens relèvent de ces "Gens du Livre" ("Ahl Al-Kitab") dont le Coran parle et qui sont concernés par les deux règles à savoir le mariage avec leur femme et la consommation de leur nourriture. Par contre, il y a des avis divergents quant à savoir si relèvent des "Gens du Livre" les Chrétiens trinitaires, les Zoroastriens, les Sabéens, etc.…

Les Chrétiens sont-ils des Gens du Livre malgré la croyance qu'ils ont développée à propos de Jésus ?

Tous les chrétiens font-ils partie, au regard des musulmans, des "Gens du Livre" en sorte que ces musulmans puissent vivre à leur égard les règles concernant la licité de consommer la chair de l'animal qu'ils ont abattu et de se marier avec une femme d'entre eux ? Ou bien seuls les chrétiens étant demeurés sur l'authenticité des enseignements de Jésus le sont-ils ? La question se pose aussi bien à propos des chrétiens croyant en la nature divine de Jésus que des chrétiens trinitaires. ..

Selon un avis très isolé (Tafarroud), seuls sont considérés comme faisant partie des "Gens du Livre" les chrétiens considérant Jésus comme un Messager de Dieu et non comme possédant en lui à la fois une nature divine et une nature humaine ; quant aux autres, ceux qui croient en l'Incarnation et / ou en en la Trinité, ils ne sont pas des Gens du Livre ; ou bien peut-être le sont-ils, mais en tout cas les règles de la licité, pour un musulman, de consommer l'animal qu'ils ont abattu et de se marier avec une femme de leur religion ne leur sont pas applicables. Ainsi, quand on questionnait Abdallah ibn Omar au sujet du mariage avec une juive ou une chrétienne, il disait [à propos du mariage avec une chrétienne]: "Dieu a interdit que les musulmans se marient avec des associatrices. Or je ne connais pas d'associationnisme plus grand qu'une personne dise que son Seigneur est Jésus, alors que ce n'est qu'un serviteur parmi les serviteurs de Dieu" (rapporté par Boukhari, n° 4981 ; voir Fath Al-Bari, tome 9 p. 515).

De nombreux savants chafiites ont quant à eux émis comme avis que les règles relatives à l'abattage d'un animal et au mariage ne sont applicables que :
– aux personnes qui descendent des Fils d'Israël et dont au moins on n'a pas connaissance du fait que leurs ancêtres se sont convertis au christianisme après que celui-ci eut connu les apports extérieurs qu'il a connus ;
– aux personnes qui certes ne descendent pas des Fils d'Israël mais dont les ancêtres se sont convertis au judaïsme ou au christianisme, et dont on sait pertinemment que ces ancêtres s'y sont convertis avant que Dieu ait déclaré cette religion abrogée et avant que le christianisme ait connu les apports extérieurs qu'il a connus (voir Al-Fiqh Al-Islami wa Adillatouh, Az-Zouhayli, tome 4 pp. 2761-2762 et tome 9 pp. 6655-6656).

Cependant, d'après les autres savants, même si le chrétien croit que Jésus possède une nature divine, même s'il est trinitaire, il fait partie des "Gens du Livre". Et c'est cet avis qui semble juste, car il est un verset du Coran qui adresse cette invitation : ô gens du Livre (Chrétiens), n'exagérez pas dans votre religion, et ne dites d'Allah que la vérité. Le Messie Jésus, fils de Marie, n'est qu'un Messager d'Allah, Sa parole qu'Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui.Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas “Trois”. Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n'est qu'un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant. C'est à Lui qu'appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et Allah suffit comme protecteur ."  (Coran 4/171). Voyez : Dieu nomme explicitement "Gens du Livre" des chrétiens qui sont trinitaires.
Moufti Chafiî' écrit : " Les (...) chrétiens à propos de qui le verset stipule la licéité de consommer l'animal qu'ils ont abattu et de se marier avec les femmes parmi eux sont ceux-là mêmes dont le Coran dit (...) qu'ils ont rendu un culte à Jésus..." (Djawahir Al-Fiqh, tome 2 p. 393).
L'imam Ibn Hadjar écrit quant à lui que l'un de ses maîtres a déduit : " que les règles concernant le mariage et la consommation de l'animal abattu s'appliquent à toute personne qui professe la religion des Gens du Livre (...), puisque le Prophète a appelé Héraclius et son peuple des "Gens du Livre" alors qu'ils se sont convertis au christianisme après le changement ; ceci contrairement à ceux qui pensent que ces règles ne s'appliqueraient qu'à ceux des Gens du livre qui sont des Fils d'Israël ou dont on sait que leurs ancêtres se sont convertis au christianisme avant le changement. " (Fat'h Al-Bari, 1/54).
Quant à l'avis de Ibn Omar, il s'agit d'un avis complètement isolé parmi l'avis des autres savants (lire à ce sujet Fat'h Al-Bari 9/515, Qaîda Djalila fi At-Tawassoul wal Wassila p. 134 puis p. 138, et Madjmou' Al-Fatawa 14/91 et 32/178).

Les Gens du Livre et les Musulmans :

Sur le plan social, en terre musulmane, Gens du livre et polythéistes ont l'entière liberté de ne pas se convertir à l'Islam et donc de continuer à être ce qu'ils sont et à pratiquer leur religion : ils sont citoyens à part entière de ce pays musulman. Sur le plan purement théologique, maintenant, les Gens du Livre sont bien sûr des croyants en Dieu, en un ou certains messagers de Dieu et en le Jour dernier ; toujours sur un plan purement théologique, la foi telle que la conçoit le Coran ("Imane") demande cependant qu'il y ait aussi croyance en le message de Mohammed. C'est bien pourquoi le Coran, qui désigne l'absence de cette foi voulue sous le terme de "Koufr" (mot qui signifie étymologiquement "voiler" et désigne le fait de ne pas avoir la foi que Dieu agrée), emploie ce terme à propos de ne pas croire à la fois en Dieu et en le message envoyé par Son dernier Messager (Coran 48/13), et à propos du fait de ne pas croire en chaque Messager de Dieu (4/150-151). Le Coran emploie donc ce terme à propos des Gens du Livre qui ont choisi de ne pas croire en le message de Mohammed comme des Polythéistes : Coran 2/105. Attention, le Coran demande aux musulmans d'agir en bien avec tous les non musulmans ("Kafer"), qu'ils soient Gens du Livre ou Polythéistes, ou autres : Coran 60/8.
Le Coran enseigne ainsi la liberté religieuse et le respect sur le plan social, et, parallèlement, sur le plan théologique, le rappel de sa responsabilité et des conséquences – dans l'autre vie – du choix qu'on aura fait dans cette vie-ci.
Il faut pourtant que le message de Mohammed soit réellement parvenu à des Gens du Livre pour que, dans l'autre vie, ils soient aussi considérés comme n'y ayant pas adhéré ("Koufr Inda Allah"). Que se passera-t-il au cas dans l'autre vie où ce message n'était pas parvenu et qu'ils étaient restés sur la religion fondée sur un message antérieur d'un messager de Dieu ?

Les Gens du Livre ne forment donc qu'une partie de l'ensemble de ceux qui ne sont pas musulmans ("Kafiroune" ). Cependant, à cause du fait qu'ils sont monothéistes, qu'ils se réfèrent à un ou plusieurs authentiques messagers de Dieu ayant précédé Mohammed, enfin qu'ils possèdent des Ecritures (c'est le sens de "Kitab", "livre") qui sont issues de ces messagers et qui renferment toujours certains enseignements authentiques (notamment les règles relatives au mariage et à l'abattage), le Coran enseigne qu'ils ont un certain nombre de conceptions communes avec les musulmans et qu'il est donc permis au musulman de consommer l'animal qu'ils ont abattu, de même qu'il est en soi permis au musulman de se marier avec une femme faisant partie de leur communauté..

Les anciens Iraniens croyaient en un créateur de l'univers, Ahura-Mazdâ, mais croyaient également en d'autres divinités dont l'ensemble forment les forces du Bien, au monde de qui s'oppose l'empire des Ténèbres et du Mal, dont Ahriman est considéré le chef. Les Iraniens honoraient Ahura-Mazdâ par le feu qu'ils faisaient rayonner au sommet des tours cultuelles ; ils offraient à la plupart de leurs divinités des sacrifices sanglants ; ils buvaient le haoma et tombaient dans une ivresse extatique. Au VIème siècle avant l'ère chrétienne, un réformateur religieux apparut : Zoroastre (Zarathushtra) enseigna aux Iraniens que Ahura-Mazdâ est le seul  Dieu, qu'Il a tout créé, bien et mal, qu'Il a ainsi créé deux êtres invisibles, l'un du bien, l'autre du mal et que ce sont eux qui tentent, avec la permission de Dieu, d'influencer l'homme. Ce dernier doit donc choisir et est responsable de ses choix. Adorer Dieu, enseigna Zoroastre, c'est garder le cœur pur, délaisser les idoles et les sacrifices sanglants, abandonner l'ivresse du haoma, honorer Dieu par le moyen de la prière (le feu n'en étant plus qu'un accompagnement). A celui qui respecte ces enseignements, Ahura-Mazdâ donnera le bonheur éternel le jour où il se manifestera dans un embrasement de l'univers. Pendant quelques décennies, de nombreux Iraniens demeurèrent fidèles à l'enseignement de Zoroastre. Mais peu à peu, au fil du temps, ils se mirent à ne plus suivre que partiellement son message et à y ajouter d'autres pratiques : polythéisme, culte du feu, sacrifices sanglants, recours à la magie réapparurent. Et c'est ainsi que ce qu'on appelle la "religion zoroastrienne" fut en fait une religion ayant mélangé des éléments extérieurs et des éléments du message originel de Zoroastre. (Ces éléments sont extraits du Mémo Larousse, p. 297. Voir également Qassas Al Qur'ane, As-Syohârwî, tome 3 pp. 167-171.) Il est possible que Zoroastre ait été un prophète, envoyé par Dieu au monde iranien de l'Antiquité, mais il est cependant difficile d'en être sûr au point de le déclarer formellement. Nous préférons donc nous contenter de dire ici que l'enseignement de Zoroastre était apparemment conforme à celui des messagers de Dieu. C'est globalement la position du savant musulman indien As-Syohârwî (Qassas Al Qur'ane, tome 3 pp. 167-171).

Alors, les Zoroastriens sont-ils des Gens du Livre ?

 Ibn Hazm et l'école Dhahirite, de même que Abou· Thawr, sont d'avis que les Zoroastriens sont effectivement des Gens du Livre. Ces savants ont recours au raisonnement suivant : d'un côté seuls les Gens du Livre peuvent être des Mouâhid / Ahl Adh-Dhimma, car le Coran ne fait mention que d'eux à ce sujet et d'ailleurs le Prophète, (paix et bénédictions d’Allah sur lui), n'a jamais conclu de contrat de Dhimma avec des idolâtres. D'un autre côté le Prophète, (paix et bénédictions d’Allah sur lui), a accepté les Zoroastriens comme Mouâhid / Ahl Adh-Dhimma. Donc les Zoroastriens sont des Gens du Livre (Fiqh As-Sunna, tome 4 p. 167, tome 2 p. 382, voir Al-Mouhalla, tome 5). De plus, un Hadith existe qui dit à propos des Zoroastriens : " Qu'il en soit avec eux comme avec les Gens du Livre. "(Rapporté par Malek, n° 617), ce qui montre qu'ils sont des Gens du Livre.

 Par contre, selon l'avis d'autres savants (notamment ceux des écoles hanafite, malékite, hanbalite), même s'ils se réfèrent au message et au livre apportés par un réformateur ayant peut-être été un prophète de Dieu, les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre, car ils ont, au fil du temps, opéré tellement de changements par rapport à ce message qu'il est impossible de dire d'eux qu'ils sont demeurés monothéistes : ils croient ainsi en deux divinités, l'une du bien, Yazdân, l'autre du mal, Ahriman ; et ils rendent un culte au feu. Or les gens d'une religion donnée ne peuvent être comptés parmi les Gens du Livre qu'à moins d'être déjà monothéistes (plus d'autres conditions, que nous allons voir plus bas). A propos du fait que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), n'a jamais établi de contrat de Dhimma avec des idolâtres, Ibn Al-Qayam dit que cela ne signifie pas qu'il soit impossible de le faire : si le Prophète n'a pas établi un contrat de Dhimma avec des idolâtres, c'est parce que l'institution de ce contrat de Dhimma a été révélée l'année de Tabouk, en l'an 9 de l'hégire, à un moment où les Arabes idolâtres s'étaient déjà convertis à l'Islam [pour certains] (Az-Zad, tome 5 p. 91, tome 3 p. 154), pour d'autres avaient déjà conclu d'autres types de traités avec le Prophète. Ibn Qayam écrit : " On sait que ces Arabes se référaient à la religion de Abraham, lequel avait laissé des écritures ("Souhof") et une voie ("Charia"). Les changements que ces adorateurs d'idoles [les Arabes] avaient effectués dans la religion et la voie de Abraham ne sont pas plus importants que ceux que les Zoroastriens ont effectués dans la religion de leur prophète et dans leurs écritures si [l'existence d'un prophète et d'écritures parmi eux] est établie"(Az-Zad, tome 5 p. 92). En effet, écrit Ibn Al-Qayam, " les idolâtres [Arabes] reconnaissaient l'unicité divine en ce qui concerne la gestion des événements ("Tawhid Ar-Rouboubiya") et le concept que Dieu est le seul  créateur ; ils disaient que s'ils adoraient des entités distinctes de Lui, c'était pour qu'elles les rapprochent de Lui." "Ils ne sont pas allés jusqu'à dire qu'il y aurait deux créateurs du monde, l'un du bien l'autre du mal, comme le disaient les Zoroastriens" (Az-Zad, tome 5 p. 91). Or, les Arabes de la période préislamique n'ont pas été considérés comme des Gens du Livre mais comme des polythéistes (Mouchrikine). Comment donc les Zoroastriens, qui ont opéré dans la religion originelle des changements plus importants que ceux que les Arabes y ont opérés, seraient-ils des Gens du Livre et non des polythéistes ? Ibn Al-Qayam écrit également : " Quelle différence y a-t-il entre ceux qui rendent un culte à des idoles et ceux qui rendent un culte au feu ? " (Ibid., tome 5 p. 91 ; voir aussi tome 3 p. 153).

Quant au Hadith " Qu'il en soit avec eux comme avec les Gens du Livre", s'il est authentique (voir Nasb Ar-Raya), il semble indiquer que les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre, puisqu'il est demandé d'agir avec eux… comme on agit avec les Gens du Livre ; lesquels Gens du Livre sont donc autres qu'eux (cf. Madjmou' Al-Fatawa, tome 32 p. 189).

Enfin, Ibn Abbas, parlant de l'offensive des Byzantins contre les Perses au VIIème siècle, événements dont le Coran fait mention (30/2-6), rapporte que les polythéistes Mecquois souhaitaient la victoire des Perses, "qui étaient polythéistes comme eux", alors que les musulmans souhaitaient celle des Byzantins, "qui étaient des Gens du Livre" (rapporté par At-Tirmidhi, n° 3193, voir Madjmou' Al-Fatawa, tome 32 p. 188).

 

Qui sont les gens du Livre ? Les Sabéens sont-ils des Gens du Livre ?

Le Coran parle des Sabéens ("As-Sâbi'oûn") dans quelques versets : 2/62 ; 5/69 ; 22/17. Qui sont ces gens ? Les avis sont partagés sur le sujet. Il semble qu'à l'époque de la révélation du Coran, ils habitaient la région de l'Irak. L'imam Ibn Kathir parle d'eux comme des gens qui croyaient en Dieu l'unique, et d'après certains savants c'est ce qui ferait que les idolâtres Mecquois traitaient Mohammed et ses Compagnons de "Sâb'ioûn" (Tafsir Ibn Kathir, commentaire du verset 2/62).

Les Sabéens sont-ils des gens du Livre ou pas ? Les avis sont partagés sur le sujet :

 Selon Abou Hanifa, les Sabéens sont effectivement des Gens du Livre (Al-Hidaya, tome 2 p. 290).

 Selon Abou  Youssouf et Mohammed ibn Al-Hassan, les Sabéens ne sont pas des Gens du Livre (Al-Hidaya, tome 2 p. 290, note de bas de page).

 Selon certains savants chafiites et hanbalites, il faut faire des recherches pour chercher à savoir quelles sont réellement les croyances des Sabéens : si, à l'instar des juifs et des chrétiens , ils croient en Dieu, croient en des Messagers de Dieu et se réfèrent à des Ecritures laissés par un Messager, alors ce sont des Gens du Livre ; au cas contraire non (Fiqh As-Sunna, tome 2 p. 381).

Une définition des Gens du Livre :

Selon l'école hanafite, les Gens du Livre sont ceux qui remplissent ces trois conditions :
a) se réclamer d'une religion qui a été révélée par Dieu ;
b) se référer à des écritures qui étaient à l'origine celles laissées de façon authentique par un Messager de Dieu ;
c) ne pas être devenu un pur polythéiste (d'après Fiqh As-Sunna, tome 2 p. 382).

 Je n'ai pas connaissance des définitions données par d'autres écoles, mais le troisième avis que nous avons vu ci-dessus à propos des Sabéens rejoint implicitement certains éléments de cette définition.
C'est parce qu'ils ne remplissent pas la troisième condition que les Zoroastriens ne sont pas des Gens du Livre. Quant aux Sabéens, si divergence il y a entre Abou  Hanifa et ses deux élèves à leur sujet, ce n'est pas à cause d'une divergence à propos de cette définition mais bien à propos de la connaissance de ce qu'étaient réellement (Fahm Al -Waqiâ') les Sabéens : selon les recherches de Abou  Hanifa, les Sabéens étaient monothéistes, d'après celles de Abou  Youssouf et de Mohammed ibn Al -Hassan, ils étaient astrolâtres (voir Al-Hidaya, tome 2 p. 290, note de bas de page).
Ici se pose une question : comment se fait-il que ceux des savants qui pensent que les Zoroastriens avaient bien reçu des écritures mais ne sont plus considérés comme Gens du Livre parce qu'ils se sont ensuite mis à croire en deux divinités et à les adorer, considèrent-ils quand même les chrétiens trinitaires comme des Gens du Livre alors que ceux-ci se sont mis à croire en la nature divine de Jésus et en la Trinité ? Pourquoi n'ont-ils pas considéré ici la même chose que ce qu'ils ont fait là ? J'avais posé une question voisine à un de mes professeurs, Cheikh Dhou-l-Faqâr, et ce qu'il m'avait répondu m'a permis de comprendre la réponse à la question qui nous préoccupe ici : il m'a dit en substance que les chrétiens qui sont trinitaires disent qu'il n'y a qu'un Dieu Unique mais qu'un mystère fait qu'il est Un en trois personnes : les trois personnes sont distinctes, mais elles ne forment qu'un seul  Dieu ; de même, ces chrétiens croient en l'Incarnation, dont ils disent qu'il s'agit d'un mystère faisant qu'il n'y a qu'un Dieu Unique mais qui s'est fait chair en la personne de Jésus, en qui cohabitaient à la fois une nature humaine et une nature divine.

Bien évidemment, les musulmans ne peuvent ni adopter ni partager ni approuver une telle conception de l'unicité divine ; mais cette conception chrétienne reste différente de celle des Zoroastriens (qui ont adopté un dualisme clair), et c'est ce qui fait que ces savants considèrent comme faisant partie des Gens du livre les Chrétiens trinitaires mais non pas les Zoroastriens.

Synthèse:

Nous avons vu une définition des Gens du Livre : ce sont ceux qui remplissent ces trois conditions :
1) se réclamer d'une religion qui a été révélée par Dieu ;
2) se référer à des écritures qui étaient à l'origine celles laissées de façon authentique par un messager de Dieu ;
3) ne pas être devenu un pur polythéiste.

Je n'ai pas connaissance des définitions données par d'autres écoles.
Ce qui est cependant certain c'est que l'agnostique – celui qui dit que Dieu existe peut-être mais qu'on ne peut rien savoir de Lui – et le déiste – celui qui croit en Dieu mais ne se réfère au message d'aucun Messager de Dieu – ne font pas partie des Gens du Livre.

 

Sources : http://www.islamweb.net

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