LES DÉFIS DE NOTRE TEMPS - Inventer la civilisation mondiale » Paix et Amour entre les peuples

 LES DÉFIS DE NOTRE TEMPS - Inventer la civilisation mondiale

16/10/2009

LES DÉFIS DE NOTRE TEMPS - Inventer la civilisation mondiale
15 Octobre 2009

Seul un monde multipolaire permet aux différences de s’exprimer et de vivre dans la complémentarité et le respect mutuel.

70 ans après la Seconde Guerre mondiale, 50 ans après le temps de la décolonisation et 20 ans après la chute du mur de Berlin, l’humanité se débat dans des problèmes complexes. La sauvagerie, la loi du plus fort et l’unilatéralisme dominent. On nous dit que des nouvelles puissances émergent, sur la base d’une forte croissance économique. Mais sont-elles des modèles d’indépendance et différentes du système dominant? Actuellement, il n’y a pas d’ordre mondial juste, ni de civilisation. Il y a de l’injustice, de l’inégalité, de la violence. Les impasses, malgré les progrès scientifiques, dominent. Les musulmans sont au centre de polémiques et prennent la figure du dissident, méconnu, déformé et incompris. Tous les problèmes se posent en même temps. Le plus grave c’est l’opposition entre l’Orient et l’Occident qui n’a pas lieu d’être. Seul un monde multipolaire permet aux différences de s’exprimer et de vivre dans la complémentarité et le respect mutuel.
Quel rapport entre la souveraineté des peuples et la mondialisation? Entre la puissance économique et les rapports de force? L’alliance et plus encore la symbiose entre les civilisations sont-elles encore possibles? Comment résister, rester libre et s’ouvrir au monde? Comment sortir du sous-développement, de l’ignorance, des despotismes, des totalitarismes, des fanatismes et des compréhensions fermées du monde? Comment faire face à l’hégémonie, répondre à la crise de la modernité, au «désenchantement», à la «désignification» du monde, et au libéralisme sauvage? Comment faire face à la loi du plus fort, au risque de recolonisation sous d’autres formes, à la déshumanisation, autrement que par la dénonciation?

Responsabilités
Comment saisir la «fin» du cycle des civilisations et qu’il y a encore du sens à venir, à découvrir dans le partage? Comment comprendre que ce n’est plus sous l’expression de ce que nous avons connu comme «sens» et comme «indépendance»? Il faut se demander qu’est-ce qu’une société libre, indépendante, et qui tire profit des avancées internationales? D’autant que les traditions ne peuvent être des systèmes alternatifs qui auraient à prévoir une réplique à toutes les interrogations. On doit assumer nos responsabilités, car la joie de vivre, l’indépendance et le droit à la différence sont remis en cause. Les gens de partout ont besoin de bonheur.
Le premier élément de réponse réside dans le fait qu’il faut changer le mode de vie stressant et angoissant fondé sur la fuite en avant. Retrouver l’art de vivre qui arrive à maitriser les besoins, dépassant la posture de la course pour les richesses matérielles. Inventif, affirmatif, constructif, il faut oser penser la politique liée à la morale. On veut nous faire croire que le monde unipolaire, unilatéral et marchand est en train de faiblir, alors que la mondialisation est occidentalisation, avec ses inconvénients et ses avantages. Nous refusons que ce modèle dominant soit imposé, sans que nous ayons le droit à notre souci de tri. Nos intérêts et valeurs doivent êtres pris en compte. C’est à l’échange, à la synthèse, au droit à la différence, que nous appelons. Pour tenter de créer une nouvelle civilisation, le monde doit débattre et s’organiser sur les plans politique, économique et culturel. Faire l’impasse sur une de ces dimensions c’est déséquilibrer les sociétés.
La culture dominante coupée du sens de la justice et de l’éthique montre ses limites. C’est le moment de refonder des liens avec tous ceux qui restent attachés au droit comme fondement des relations entre les peuples. Les pratiques des cultures religieuses comme idéologie, qui s’inscrivent dans les crispations et l’obscur, en contradiction avec les textes, ne permettent pas de faire face à l’exigence de justice et de vivre ensemble. L’altermondialisation s’essouffle, faute de doctrine politique claire et transculturelle. Le mutisme est contre-productif, même si le retrait, la distance, le recul sont une méthode légitime, comme figure de sens. Faire face aux défis du devenir est urgent, premièrement par une mémoire vivante: la redécouverte et la compréhension des expériences historiques majeures, comme celle de l’épopée de Novembre, des textes et des réalités politiques évolutives. Le monde a changé. Il est possible de sortir de l’attentisme si l’intelligence prévaut et prend acte.
Deuxième élément de réponse: sans relativisme, favoriser le dépassement de différences comme celles entre le Nord et le Sud, car le Nord est partout et l’Orient et l’Occident sont imbriqués. La ligne médiane, la symbiose des cultures autour de réponses face aux menaces sont une voie. Le monde entier constate à quelles catastrophes conduisent, à la fois, les dérives fanatiques d’adeptes d’idéologies meurtrières comme le sionisme qui agit dans l’impunité et le libéralisme sauvage, d’un côté, et celles d’extrémistes religieux, d’un autre côté. Il s’agit de monstruosités, qui utilisent les manipulations et la propagande à grande échelle. Un mouvement de refus de ces courants doit voir le jour: le premier dominant (la cause des problèmes) et le deuxième réactif (les effets).
Dans ce contexte, pour faire diversion aux problèmes d’injustices, des discours pratiquent l’amalgame, ne discernent pas entre religion et déviations, entre résistance légitime et violence aveugle et brandissent les mots d’ordre de libéralisme. L’autre différent est défiguré, diabolisé. Les peuples ne sont pas dupes, ils refusent, à la fois, l’hégémonie arrogante et la réaction aveugle au désordre du monde. On ne peut plus se contenter de dénoncer les dérives, puis de garder le mutisme. Les dégâts sont trop importants pour ne pas s’interroger. La responsabilité est collective.

De la démocratie
Les relations internationales ne sont pas démocratiques. Les questions de justice sont pressantes et nombreuses. Nul esprit, soucieux de contribuer au vivre-ensemble, ne peut se dérober au devoir de témoigner. Les discours de propagande sur le prétendu «choc des civilisations», le retour de la haine, raciale et religieuse, de la xénophobie, les fanatismes, l’imaginaire de la peur et du dénigrement, les amalgames et l’hégémonie par le «Marché sauvage» troublent l’époque. Face à la complexité de la situation, aux désordres, à la crise que traverse l’humanité, les citoyens du monde, ont pour devoir de débattre, de s’opposer aux mouvements de la fermeture et des divisions, de dépasser les divergences et répondre aux défis.
Le système dominant mondial divise pour régner, s’oppose à tout changement et pratique le double standard. La voie de la synthèse universelle, adaptée aux incertitudes, peut se régénérer, en dépassant des clivages anciens. Il s’agit de mettre fin à l’uniformisation et à l’unilatéralisme, aux extrêmes et d’enclencher une nouvelle dynamique des relations internationales, notamment celles entre l’Orient et l’Occident.
L’Algérie, à la riche histoire à ce sujet, peut être un trait d’union. L’adoption de règles du droit international sur la base du multilatéralisme est la voie. L’actuel président des USA qui a créé un nouveau climat dans la politique internationale et tous ceux qui sont attachés à un ordre fondé sur le droit, prendront acte de la démarche qui favorisera le règlement négocié des injustices, le dépassement de l’alignement et le renouveau de mouvements transfrontaliers constructifs.
Des musulmans attendent des puissants de sortir de la politique des deux poids,deux mesures. Des non-musulmans attendent de comprendre pourquoi des «musulmans» ont des difficultés à respecter l’exercice du libéralisme et à réagir de manière subjective? Nous avons pour devoir de répondre à ce type d’interrogations. En précisant que le monde musulman est hétérogène, s’étend sur plusieurs siècles et continents. Au vu de tant de discours hâtifs et cyniques, qui s’inventent des ennemis, discriminent, les questions de la justice du vivre-ensemble sont prioritaires.
Quel regard portons-nous sur nous-mêmes, la crise mondiale et le recul du droit? Comment réapprendre à vivre ensemble? En déconstruisant le regard que nous avons les uns sur les autres. Certains, affirment que la société moderne est menacée seulement par le risque du retour du religieux fermé, ou au contraire par seulement la marginalisation des valeurs abrahamiques et morales. Alors que les deux tendances sont nuisibles.
Nous devons mettre fin aux oppositions stériles et aux amalgames; en dépassant les formules telles que «rechercher la paix et instaurer l’amitié». Il s’agit de résister, de pallier la méconnaissance, à la marginalisation des valeurs morales, aux injustices et à la désignification du monde et sa marchandisation. Les mots «paix et amitié» sont stéréotypés; il faut voir au-delà: repenser la portée des mots «civilisation», «justice», et «droit». Les citoyens veulent de la justice et non de la compassion et des consolations. Sur le plan politique, la constitution d’une «instance internationale de la démocratie» sous l’égide de l’ONU, sera salutaire pour faire avancer le caractère démocratique des relations internationales et des pays. Sur le plan économique, l’humanité a besoin d’un ordre économique juste, basé sur la négociation, les aspects énergétiques et écologiques étant prioritaires. Sur le plan culturel, soutenir la création. Traduire en pratiques les politiques de l’exception culturelle, du dialogue des cultures, de la valorisation des métiers artistiques et culturels et de la circulation des savoirs.
Pour dépasser les discours si peu engagés dans le réel, il y a lieu de rechercher un nouvel ordre juste et une nouvelle civilisation mondiale qui allient justice et sens. Cela passe par l’échange pour aboutir à des symbioses. L’autocritique et le droit à la critique constructive sont incontournables, dans le respect mutuel. Reste à ne pas accepter les deux folies: la loi du plus fort et la réaction aveugle. La voie de la rectitude, médiane, du juste milieu, signifie réfuter ceux qui mènent l’humanité dans la mauvaise direction. Le but est réinventer un nouveau monde civilisé, avant qu’il ne soit trop tard.

intellectuels@yahoo.fr

Mustapha CHERIF

Source : http://lexpressiondz.com/

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