Choc des civilisations ! Accepter ou résister ? » Paix et Amour entre les peuples

 Choc des civilisations ! Accepter ou résister ?

10/12/2009

Al hambra - EspagneChoc des civilisations ! Accepter ou résister ?

Soumis par Mohssen Bouayad .  15-12-2006

 S’est tenue le vendredi 1er décembre 2006, une conférence–débat sous le thème : « Choc des civilisations ! Accepter ou résister ? » Organisée par ATTAC - Rhône, Collectif des Musulmans de France (CMF), Entr'Cultures, Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM), Réseaux citoyens de St-Etienne ; Avec le soutien de l'Union Juive Française pour la Paix (UJFP- Lyon).

 Voici une présentation de la conférence.

La situation du monde serait le résultat d'un affrontement inévitable entre un occident civilisé et des peuples barbares au premier rang desquels les arabo-musulmans. D'abord construction idéologique née dans les milieux ultraconservateurs américains, cette théorie du « choc des civilisations » est devenue depuis le 11 septembre le cadre des politiques américaines et de leurs alliés. En instrumentalisant le terrorisme, en sculptant les fantasmes et les peurs des populations, en attisant les haines réciproques, en donnant une nouvelle vigueur aux logiques coloniales, elle contribue à façonner le monde et semble devenir une sorte de prophétie auto-réalisatrice. Que ce soit à propos des banlieues, des politiques sécuritaires et de contrôle de l'immigration, de la place des musulmans, elle marque de plus en plus le débat politique français et promet un avenir lourd de menaces.

A l’origine d’un concept (Alain Gresh)

« La crise au Proche-Orient (...) ne surgit pas d’une querelle entre états, mais d’un choc des civilisations. » Dès 1964, un universitaire britannique, encore peu connu, lance la formule qui devait connaître une si grande fortune. Incontestablement, Bernard Lewis est un précurseur. Installé aux Etats-Unis en 1974, spécialiste de la Turquie, il est aussi un acteur politique et il ne s’en cache pas. Très proche de M. Paul Wolfowitz et des néo-conservateurs de l’administration Bush, il est partisan de la politique israélienne comme de la guerre contre l’Irak. « Révélé » au grand public après le 11 septembre, il a écrit deux essais très orientés, sous des dehors « scientifiques » : « Que s’est-il passé ? » et « L’Islam en crise », très applaudis. On en a même oublié de rappeler que l’auteur continue de nier le génocide arménien... Passée inaperçue dans les années 1960, la formule est relancée par lui-même, vingt-cinq ans plus tard, dans un article, « The roots of muslim rage » (Les racines de la colère musulmane). Il y décrit l’état d’esprit du monde musulman et conclut : « Ceci n’est rien de moins qu’un choc de civilisations, la réaction peut-être irrationnelle mais sûrement historique d’un ancien rival contre notre héritage judéo-chrétien, notre présent séculier et l’expansion mondiale des deux. » « Je pense, précise-t-il en 1995, que la plupart d’entre nous seront d’accord pour dire, et certains l’ont dit, que le choc des civilisations est un aspect important des relations internationales modernes, bien que peu d’entre nous iront jusqu’à dire, comme l’ont fait certains, que les civilisations ont des politiques étrangères et forment des alliances. »

La vision d’un « choc des civilisations », opposant d’abord deux entités clairement définies, « Islam » et « Occident » (ou « civilisation judéo-chrétienne ») est au cœur de la pensée de Bernard Lewis, une pensée essentialiste qui réduit les musulmans à une culture figée et éternelle. « Cette haine, insiste-t-il, va au-delà de l’hostilité à certains intérêts ou actions spécifiques ou même à des pays donnés, mais devient un rejet de la civilisation occidentale comme telle, non pas seulement pour ce qu’elle fait mais pour ce qu’elle est et les principes et les valeurs qu’elle pratique et qu’elle professe. » Les iraniens ne se sont pas révoltés contre la dictature du chah imposée par un coup d’état fomenté par la CIA en 1953 ; les palestiniens ne se battent pas contre une interminable occupation ; et si les arabes haïssent les Etats-Unis, ce n’est pas à cause de l’appui de ces derniers à M. Ariel Sharon ou de leur occupation de l’Irak : en réalité, ce que rejettent les musulmans, ce sont la liberté et la démocratie. Comment comprendre le conflit du Kosovo ou de l’Ethiopie-Erythrée ? Par le refus des musulmans d’être gouvernés par des infidèles, explique Bernard Lewis.

C’est en 1993 que l’Américain Samuel Huntington reprend la formule du « choc des civilisations » dans un célèbre article de Foreign Affairs.

Rejeté verbalement en France, le concept s’installe pourtant peu à peu dans les consciences. Quand, en décembre 2003, à Tunis, le président Jacques Chirac parle « d'agression » à propos du foulard, la journaliste Elisabeth Schemla s’en réjouit : « Pour la première fois, Jacques Chirac reconnaît que la France n’est pas épargnée par le choc des civilisations. » « Sans en exagérer l’importance, écrit Emmanuel Brenner dans un pamphlet intitulé France, prends garde de perdre ton âme... il faut tenir compte d’enjeux culturels qui traduisent des affrontements entre des conceptions du monde différentes sinon antagonistes. (...) Cette dimension culturelle fait défaut à de nombreux observateurs qui omettent de prendre en compte cet arrière-fond historique qui nous parle à notre insu. Un arrière-fond dont la nature longtemps conflictuelle affleure dans les retours identitaires d’aujourd’hui. Il n’est que d’évoquer les croisades et l’affrontement entre les deux rives de la Méditerranée, il n’est que d’évoquer l’avancée de l’islam dans le sud-est de l’Europe jusqu’aux portes de Vienne au XVIIe siècle, il n’est que d’évoquer aussi le temps du turc redouté et abhorré, puis le temps de la colonisation et son cortège de violences, celui de la décolonisation, enfin, qui fut souvent sanglante. Cette confrontation, ancienne et récurrente, a sédimenté dans les consciences des peuples. » Et c’est pour cela, conclut-il, que nombre de jeunes Beurs français sont « culturellement » antisémites... de Mahomet au siège de Vienne par les ottomans, de la décolonisation à l’islamisme, de l’islamisme à Al-Qaida, du foulard à l’antisémitisme des Beurs, la boucle est bouclée, l’histoire se répète. Sus aux Sarrasins !

 La thèse de l’auteur

Samuel Huntington part du constat que les distinctions essentielles entre les individus ne sont pas de nature idéologique, politique ou économique mais culturelle, car le monde est en butte à une crise générale d’identité. Lorsque les peuples s’efforcent de répondre à la question : qui sommes nous ? Leur réponse fait référence aux ancêtres, à la religion, à la langue, à l’histoire, aux valeurs, aux coutumes, aux institutions. Il en déduit que les peuples s’identifient à des groupes culturels qui reposent sur la religion, disons sur un système de pensée. Pour se déterminer et pour savoir qui il est, l’homme cherche au premier chef à définir qui il n’est pas. La reconnaissance identitaire ne s’effectue pas par une accumulation de traits commun, mais par une opposition aux autres : « Je suis Occidental parce que je ne suis pas musulman, confucéen, hindou, etc. »

Les états-nations qui constituent les principaux acteurs de la scène internationale prennent en compte les liens communautaires, c’est-à-dire qu’ils regroupent des individus ayant le sentiment d’appartenir à une même aire culturelle. Ce ne sont pas les blocs enfantés par la guerre froide mais ceux formés par des aires possédant une unité religieuse qui dominent les relations entre les pays et qui constituent les civilisations majeures de notre planète. Il en résulte que la rivalité entre les différentes puissances a changé de nature : il ne s’agit plus d’une rivalité idéologique opposant le libéralisme au collectivisme, mais une opposition entre des civilisations, des modes de pensée différents reposant sur le fait religieux. Dans ce monde qui s’élabore, la politique locale est celle de l’ethnicité (ou des particularismes locaux) et la politique globale ou internationale, celle des différences civilisationnelles.

 C’est la première fois dans l’histoire que la politique est à la fois multipolaire et multicivilisationnelle. En effet, jusqu'à présent, l’Occident s’était opposé à chacune des autres civilisations ; les techniques et la mondialisation ont pour conséquence le fait que chaque civilisation se trouve désormais confrontée à l’ensemble des autres civilisations.

 Les distinctions primordiales entre les groupes humains concernent les croyances religieuses, les valeurs morales, les institutions, et non les aspects physiques (couleur de la peau, taille, etc.). La différence est du domaine de la pensé et non de l’apparence. Une civilisation est constituée par le groupement humain le plus élevé ayant atteint le niveau d’identité culturelle dont les hommes ont besoin pour se distinguer des autres groupes. Comme ces civilisations reposent sur une identité culturelle commune, elles n’ont aucune vocation politique et peuvent englober des unités politiques de types différents (cité-état, fédération, état-nation de type démocratique, monarchiste, etc.)

 Actuellement Huntington dénombre huit civilisations :

- la civilisation chinoise qui repose sur le confucianisme ;

- la civilisation japonaise, dérivée de la culture chinoise, est shintoïste ;

- la civilisation hindoue avec l'hindouisme ;

- la civilisation musulmane autour de l'islam ;

- la civilisation occidentale ou judéo-chrétienne ;

- la civilisation orientale ou orthodoxe ;

- la civilisation d'Amérique latine est chrétienne, mais s'éloigne de la civilisation occidentale devant le renouveau des cultures indigènes ;

- la civilisation africaine à partir de la religion dite « traditionnelle ».

 Chaque civilisation repose sur un grand ensemble religieux : « les grandes religions sont les fondements des grandes civilisations. » (Ch. Dawson : Dynamics of world history - La Salle (Illinois) - Sherwwod Sugden & Co - 1978 ). L’auteur pense que le XXIème siècle sera caractérisé par un heurt entre les civilisations, chacune ayant des aspirations mondiales ou régionales ; elles seront de ce fait aux prises avec d’autres civilisations ayant les mêmes objectifs. Les conflits entre ces civilisations n’élimineront pas les guerres tribales ou les conflits ethniques, mais le potentiel de violence qui opposera les états et groupes n’appartenant pas aux mêmes civilisations sera infiniment plus élevé. Les chocs entre civilisations, s’ils sont internes aux pays, transformeront rapidement la nature du conflit en raison de l’implication des états frères et les lignes de combat les plus dangereuses sont celles qui coïncident avec les lignes de fractures entre les civilisations.

 Ceci a pour conséquence que des peuples séparés par l’idéologie, mais de même culture, sont réunis (les deux Allemagne) ou le seront (les deux Chine, les deux Corée), alors que les sociétés unies par l’idéologie - ou le gré de l’histoire - mais divisées par la civilisation, sont soumis à l’éclatement (Yougoslavie, Soudan, Sri Lanka, ex-URSS, etc.). Les pays qui partagent des affinités culturelles coopéreront donc économiquement et politiquement ; les organisations internationales dont les états membres reposent sur une base culturelle commune auront plus de chance de réussir (Union européenne, Union du Maghreb arabe, etc.) que celles qui tentent de transcender les cultures (ANZUS, ANSEA, etc.).

 L’auteur développe ensuite sa thèse en se consacrant essentiellement aux rivalités auxquelles l’Occident aura à faire face :

-      la menace musulmane qui concerne l'Europe occidentale ;

-      la menace chinoise, défi crucial lancé à la puissance américaine.

La caractéristique de ces deux menaces est qu’elles reposent sur des bases différentes : la démographie pour la civilisation musulmane, la puissance économique pour la Chine

 

Source : http://www.psm-enligne.org  

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