Al-Ghazâlî, L’alchimiste du bonheur » Paix et Amour entre les peuples

 Al-Ghazâlî, L’alchimiste du bonheur

22/2/2010

Al-Ghazâlî, L’alchimiste dubonheur
Un film qui interpelle chacun d’entrenous

Par Tayeb Chouiref 

Chacunsait qu’al-Ghazâlî est l’une des plus importantes autorités religieuses etspirituelles de l’Islam. Celui qui fut surnommé hujjat al-islam, ‘‘la Preuve de l’Islam’’ a été lu et médité depuisdes siècles en terre d’Islam et depuis les débuts de l’érudition orientaliste,les études et les traductions de son oeuvre – qui peuvent parfois être de grandequalité – se sont multipliées. Pourtant l’énigme demeure : l’homme et sonoeuvre semblent résister à toute approche extérieure. Toute tentative de rendrecompte de leur nature paraît laisser échapper l’essentiel : Le cheminementintérieur d’al-Ghazâlî en son for intérieur.

C’estprécisément cette difficulté à saisir la trajectoire spirituelle d’al-Ghazâlî àpartir de sa quête intérieure qui amena Ovidio Salazar, réalisateur anglaisd’origine argentine, à concevoir un film où chaque détail de la vie de ce sageest pris en compte pour nous permettre d’entrer, autant que faire se peut, dansson intériorité spirituelle. Pour réaliser son film ‘‘al-Ghazâlî, l’alchimiste du Bonheur’’, Ovidio Salazar se renditdans la région natale d’al-Ghazâlî, mena une enquête minutieuse et interrogeales plus grands spécialistes mondiaux.

Lesscènes reconstituant la vie du sage sont ainsi entrecoupées des interventionsde Seyyed Hossein Nasr (Université Georgetown), de Hamza Yusuf (ZaytunaInstitute, Californie) et de T. J. Winter (Université de Cambridge) entreautres…

Mais quiest al-Ghazâlî ? Sans trop dévoiler le contenu du film, donnons quelquesrepères sur sa biographie.

AbûHâmid al-Ghazâlî est né à Tûs, ancienne ville du Khurâsân, en 450 de l’Hégire,soit en 1058 de notre ère. Les biographes Ibn Khallikân (m. 1282) et Tâj al-Dînal-Subkî (m. 1370) lui ont consacré des notices dans leurs ouvrages maisal-Ghazâlî a fait lui-même le récit de son évolution intellectuelle etspirituelle dans autobiographie al-Munqidhmin al-dalâl (littéralement : Celuiqui sauve de l’égarement[1]).

L’exemplaritédu parcours intérieur d’al-Ghazâlî tient dans le fait que malgré une formationthéologique et juridique très poussée, il sut se défaire du conformisme ambiantpour se mettre en quête de sincérité, d’authenticité et de vérité intérieure.Il dut pour cela faire littéralement ‘‘table rase’’ de tout ce qu’il savait oucroyait savoir – y compris les concepts les plus largement admis –, assumer sesdoutes et ses incertitudes et refuser de les étouffer par les réponses toutesfaites de la théologie officielle. C’est à ce prix – et en faisant preuve d’unhéroïsme spirituel admirable – qu’il put accéder à la ‘‘grande Certitude’’ (haqq al-yaqîn), celle qui confère laplénitude et la paix intérieure tant recherchée.

On peutdistinguer quatre grandes périodes dans la vie d’al-Ghazâlî :

- Les années d’apprentissage et d’étude.

- L’enseignement à la mosquée-institut Nizâmiyya (1085-1095).

- La retraite spirituelle (1095-1105).

- Le retour à l’enseignement et l’écriture de son Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn.

Sa quêteintérieure lui permit de découvrir la connaissance intime que l’être porte enlui-même, connaissance que les mystiques musulmans appellent ‘ilm al-mukâchafa, la science pardévoilement :

« Par la science du dévoilement, j’entends lalumière jaillissant dans le coeur lorsque celui-ci est purifié. Cette lumièreéclaire maintes réalités sur lesquelles on avait jusqu’alors les idéesconfuses. Lorsque cela se produit, apparaît la véritable connaissance… ainsique la contemplation de visu qui ne laisse aucundoute. »[2]

Al-Ghazâlîquitta ce monde le 14 Jumâdâ II 505 / 18 décembre 1111 laissant à la postériténon seulement une oeuvre d’une densité remarquable mais aussi et surtout unmodèle de cheminement intérieur et d’exigence d’authenticité spirituelle :

« J’avais acquis la certitude que les soufisne sont pas des gens de ‘‘discours’’ mais des êtres ayant atteint de hautsdegrés dans la réalisation spirituelle. Je possédais tout ce qui pouvaits’apprendre par l’étude. Le reste ne pouvait s’acquérir par l’écoute ou l’étudemais seulement par le ‘‘goût’’ (dhawq) et le cheminementspirituel (sulūk). […]

Cela ne peut se réaliser qu’en s’éloignant deshonneurs et de l’argent et en fuyant tout ce qui distrait et enchaînel’homme. 

Je suis resté en retraite spirituelle dixans ; j’eus, durant cette période, le dévoilement de chosesinnombrables… »[3]

Par sontalent, Ovidio Salazar a su mettre en parallèle la quête d’al-Ghazâlî et cellede l’homme moderne en quête de certitude et de paix intérieure. O. Salazar nousdonne ainsi à voir le récit d’une vie qui interpelle l’homme au plus profond delui-même. Le questionnement sur son époque troublée politiquement etsocialement, et son insatisfaction face aux ‘‘savoirs officiels’’ ne sont pasétrangers au cheminement spirituel d’al-Ghazâlî et à son refus du littéralismeconformiste, lesquels aboutirent à l’écriture de son oeuvre maîtresse : Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn (la Revivification dessciences de la Religion) .

Par cetouvrage, notre sage a ouvert la voie de la profondeur et de l’intériorité à denombreuses générations :

« En résumé, celui dontl’oeil intérieur n’est pas ouvert ne perçoit de la religion que l’écorce etl’apparence, non le fond et la réalité. »[4]

Oncomprend pourquoi le message d’al-Ghazâlî n’a rien perdu de sa fraîcheur ni deson actualité.

* * *

Ovidio Salazar

Né enCalifornie, Ovidio Salazar réalise des films documentaires depuis plus de 20ans.

Après desétudes de théâtre et de cinéma à Los Angeles et à New York, son intérêt pour lesoufisme l’amène en Europe et Moyen-Orient où il suit des cours d’arabe et desciences islamiques (à Londres et au Caire).

Il anotamment produit une série pour la BBC intitulée "Faces of Islam" eta filmé à de nombreuses reprises le pèlerinage à la Mecque. Il a d’ailleursréalisé en 2001 pour la BBC le documentaire plusieurs fois primés "HajjJourney of a Lifetime" diffusé récemment sur la chaîne Planète (début2006).


[1] Edité et traduit par FaridJabre sous le titre Erreur et délivrance,Beyrouth, 1959.

[2] Ihyā’ ‘ulūm al-dīn, ch. 1.

[3] Al-Munqidh min al-dalâl.

[4] Ihyā’ ‘ulūm al-dīn, ch. 1.

 

Extraitdu site : http://www.oumma.com 

Tags : Al Ghazali
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