La convergence des valeurs de société entre l’Islam et l’Occident » Paix et Amour entre les peuples

 La convergence des valeurs de société entre l’Islam et l’Occident

19/3/2010

La convergence des valeurs de société entre l’Islam et l’Occident

Il s’agit de franchir les vieilles barrières édifiées par l’être humain ; de faire preuve de plus de tolérance active ; de porter l’attention sur des valeurs de société communes à l’Islam et à l’Occident ; de débattre sur leur convergence.

Aussi bien les musulmans que les chrétiens cherchent ardemment à progresser dans la voie de la vérité contre l’ignorance dont le champ, selon Ibn Khaldoun, « ...offre toujours à l’humanité son pâturage insalubre ; mais la vérité est une puissance à laquelle rien ne résiste, et le démon du mensonge est conjuré par les lumières de la raison... C’est à l’intelligence critique de s’appliquer à découvrir la vérité profonde ; c’ est au savoir de nettoyer et de polir pour la critique des tablettes de la vérité »(1) L’Islam et le catholicisme, deux messages qui, au-delà de leur opposition dans les dogmes, sont à même de répondre à la quête de l’être humain sur son identité et sa raison de vivre ici bas ; tous deux se concentrent sur des normes tournées vers une organisation sociale pour construire et coexister dans la paix. Etant donné qu’au point de vue chiffres, l’équilibre est presque possible entre les deux mondes ; la proportion du christianisme est de 30%, celle de l’Islam est en augmentation et atteint les 30% (2).

Ainsi, l’enjeu religieux semble être de taille (3) non pas pour s’attacher exclusivement aux biens d’ici bas, mais de se rapprocher de Dieu. Les religions monothéistes ne sont pas remises en question, mais plutôt les comportements de l’homme contemporain ; ces attitudes entrent en contradiction manifeste avec les exigences objectives de l’évolution sociale. Cette contradiction engendre la nécessité d’un regroupement des valeurs de société ; l’impact de l’Islam sur une société, que les différents colonialismes ont mis en déclin est omniprésent ; par contre, l’Occident, fort et conquérant, s’est libéré de l’impact du catholicisme ; il est en crise par une dépréciation des valeurs qui ne recouvrent plus aucune réalité.

Pourtant, l’individu en tant que tel possède une valeur propre : celle du musulman par l’Islam, celle de l’Occidental par les lois démocratiques de la société. Pour les deux protagonistes, « liberté, justice, égalité » ne sont pas des formules creuses ; ce sont en fait des valeurs sûres qui assurent ainsi une montée ininterrompue de la vie. Telles sont les convergences sociales profondes qui unissent les deux mondes ; face à cette unité se cachent des difficultés : tout tend à prouver ici que ce ne sont pas de vagues ni superficielles concordances qui risquent d’être verbales et subjectives, ou pas assez convaincantes pour contrecarrer l’opinion de J. Attali qui affirme que : « Les hommes se battront pour des valeurs, chaque fois qu’ils les partageront »(4). Même s’il y a divergence de dogmes, c’est en cernant la réalité sociale que la convergence des valeurs de société sera possible pour lutter contre un fléau mondial : la pauvreté ; pour la présentation de l’environnement, l’eau, pour donner la possibilité à l’individu de participer positivement aux affaires et à la gestion de la société : éducation et traduction.

1- La pauvreté

Le Coran et 1’Evangile mettent en garde le riche qui se sert de sa richesse comme forteresse pour se protéger : il ne met pas sa fortune au secours des pauvres et des misérables. Chez lui, point d’amour ni de sacrifice prônés par Jésus Christ comme modèle de vie ; comme exemple d’un homme humble et charitable qui partageait son pain avec son prochain. Pourtant, le catholicisme avait promu au XIXe siècle une réforme des structures économiques et sociales dans l’esprit de l’Evangile où ont été consignées la vie et les paroles de Jésus Christ : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mathieu, 22,37-40). En effet, la loi du Christ est celle de l’amour et du partage pour Dieu car « Dieu est amour », enseigne Saint Jean (Epitre 1, 4-9).

Cependant, les sociétés occidentales contemporaines, absorbées par leur matérialisme et leur égoïsme, ont effacé de leur mémoire collective ce symbole. M. Arkoun dit dans ce sens : « L’enseignement religieux chrétien, comme celui du Coran, interdit l’usure et condamne l’enrichissement continu, égoïste et personnel, ainsi que la concentration des richesses dans les mains de quelques-uns aux dépens de larges couches de la population. L’enseignement chrétien idéal défend les pauvres, prêche la sobriété, etc. Mais ensuite, qu’est-il advenu dans la réalité ? Le capitalisme émancipateur puis dominateur et les luttes de classes exacerbées en ces oppositions idéologiques qui déchirent le monde d’aujourd’hui » (5)

Le riche, en Islam, vient en aide au pauvre par l’obligation d’accomplir le troisième pilier de cette religion : la zakat ; il est certes vrai que cet acte n’éradique pas la pauvreté, mais il est un maillon constructif dans le tissu économique et social. Les biens acquis doivent servir à aider les pauvres, il est dit d’Abu Lahab, ennemi acharné de l’Islam : « Sa fortune et ce qu’il a acquis ne lui servent à rien ; il va supporter l’ardeur du feu flamboyant » (Coran 111,2,3) ; la pauvreté est une tare : le musulman demande à Dieu de l’en préserver et d’en préserver ses proches et ses amis pour sauvegarder la dignité humaine ; la pauvreté est alignée à l’incroyance, ‘‘kufr’’. Il est certes facile de conseiller au chômeur de travailler ; pourtant, il se bat pour trouver du travail pour vivre dignement et avoir son ‘‘kasb’’, comme le signale Ibn Khaldoun, faisant la différence entre le ‘‘rizk’’ dont « l’utilité tourne au bénéfice de l’homme, alors que le ‘‘kasb’’ est la possession acquise par le travail ».(6)

Il est certes facile de donner de son ‘‘kasb’’ et de jeûner pour se mettre dans le même état de souffrance que le pauvre, par la privation et la faim, mais cela n’est que momentané. Malgré tout, le jeûne, aussi bien chez les musulmans que les chrétiens, au-delà de son symbole religieux, appelle à plus de l’humilité, à changer de comportement, à dépasser son égoïsme ne serait-ce qu’un mois pour les musulmans et quarante jours pour les chrétiens. Donc, le jeûne et la zakat mobilisent les forces vives de la société pour construire avec harmonie et vaincre la pauvreté ; il faudrait les accomplir avec le cœur car le Christ, par exemple, dénonce « l’hypocrisie de ceux qui ne jeûnent qu’extérieurement » (Mathieu 6,16,17). Jeûne et aumône sont donc des valeurs religieuses qui ne peuvent que consolider l’élan de solidarité des riches vers les pauvres. Cette solidarité est une valeur de société apparente à travers les associations et les restos du cœur.

2- La protection de l’environnement

Tout le monde aujourd’hui souhaiterait préserver l’environnement, même si chez les économistes et les politiques le mobile n’est pas réellement religieux, force est de rappeler que le respect de la nature est présent dans les deux religions qui louent les bienfaits de l’eau, bénédiction pour l’homme : toutes les deux signalent l’eau comme source de vie ; élément présent dans la nature. Pour les chrétiens, elle est de l’eau bénite, pour les musulmans, l’eau purificatrice qu’ils utilisent 5 fois par jour pour leurs ablutions. Elle purifie le cœur du chrétien et du musulman, car le cœur joue pour eux un point de convergence (7), même si les croyances dogmatiques divergent.

L’Islam a donné une grande valeur à l’eau qui fait revivre ce qui était asséché tant et si bien que les musulmans ont voué une grande importance à son encontre, ce qui explique les progrès techniques comme les machines à pomper l’eau, les moulins à eau, les travaux hydrauliques pour construire fontaines et élévateurs d’eau. Aujourd’hui, le problème de l’eau est mondial ; il touche même l’Occident, celui-ci doit prêter main forte à ceux qui en sont privés pour sauvegarder la réserve d’eau dans le globe et la distribuer un peu plus équitablement.

3- Participation aux affaires de la société par l’éducation et la traduction

Il est indéniable qu’un analphabète ne peut participer à la gestion de la société ; il ne pourra accéder à cette gestion que par l’école. L’Occident a compris l’enjeu ; l’école y est obligatoire avec l’application de méthodes modernes d’enseignement des langues et des sciences. La démocratisation a bouleversé la société : elle est un domaine d’expérience devenant une piste de changement radical issu d’un consensus imbriqué dans le social ; l’école donne les chances à tout le monde. Isocrate ne proclamait-il pas que « Ce n’est pas la naissance mais bien l’éducation qui faisait l’hellène » ; l’école éduque ; elle assure un continuum dans la parcours linguistique de l’individu ; elle structure son langage sur des bases solides ; ne dit-on pas que celui qui maîtrise sa langue maîtrise le monde, donc il peut gérer la société ; peut établir des passerelles entre l’Orient et l’Occident grâce à la traduction.

En fait, toutes les civilisations s’enrichissent des apports des uns et des autres ; elles élargissent leurs horizons en transposant les idées d’un texte vers l’autre. Par l’interprétation de ce que pense l’autre, dans sa langue, l’individu s’ouvre au monde des autres et devient plus tolérant. Il se renouvelle constamment, ne dit-on pas dans l’Evangile : « Il faut que vous naissiez de nouveau ». L’Islam a toujours été ouvert à la traduction ; ce qui ne fut pas le cas pour l’Occident qui a connu de violentes discussions sur la traduction de la Bible de l’hébreu au latin. Ce fut l’époque des belles infidèles qui a duré jusqu’à nos jours avec Henri Meschonnic. Mais, la ‘‘Beit el hikma’’ de Bagdad d’hier a été supplantée aujourd’hui par des écoles de traduction, de renommée mondiale, telles celles de Paris, Genève et Montréal.

Il y a un gouffre important entre Orient et Occident qui théorise, cherche et renouvelle la traduction qui, en fait, est axée sur l’harmonie des valeurs de société ; d’où une demande urgente d’échanges et de coopération.

La traduction pourrait effacer les mythes et les préjugés qui entourent l’Islam en Occident ; elle mènerait une action informative éclairante qui irait à l’encontre des médias dans leurs positions négatives envers le port du voile. Certes, le monde occidental se sent agressé par la présence de l’Islam chez lui ; il ne réagit pas comme l’Amérique qui, à travers John Bowen, anthropologue et spécialiste de l’Islam, défend un des piliers de la convergence des valeurs de société(8) qui n’est autre que la liberté individuelle. L’Occident s’inquiète face à l’Islam ; cette attitude a été attisée par les médias en France pendant tout l’été 2009. Ces médias jugent, inventorient, font l’état des lieux (9) et raillent(10), en prenant comme cibles préférées voile, femme, divorce, minarets... pour mieux discréditer l’Islam et créer une crispation des deux côtés (11).

L’Occident démocratique s’affole, il aspire à la paix religieuse chez lui ; il soumet les questions sur l’Islam, comme en Suisse, par exemple, à un débat national, pour trouver ce qui permet de réunir et de se construire (12). Telle est l’ambiance générale en Occident, présentée par les médias de 2009. Pourtant, des forces de toutes parts se lèvent pour ériger un dialogue entre Islam et Occident, pour lutter contre l’injustice sociale et l’oppression, et pour promouvoir un échange égal entre les systèmes de valeurs de l’Islam et ceux de l’Occident. En Islam, le prophète Mohammed (Que Allah le bénisse et le salue) a institué des règles de vie qui ont structuré le champ social. Ce qui veut dire selon Maxim Rodinson, « si on appliquait vraiment l’Islam, ont toujours pensé les musulmans, on aurait les structures d’une société parfaite. Par contre, dans le christianisme par exemple, on pense que si les gouvernants avaient une conduite chrétienne, ils faciliteraient, humaniseraient la vie de tous, mais cela ne transformerait pas forcément les structures sociales. »

Conclusion

Quoi qu’il en soit, la convergence des valeurs de société n’est réalisable que si on cessait de mettre une religion, l’Islam, face à une région qui signifie au XXIe siècle un ensemble puissant, industrialisé, moderne, avancé, créateur, entrepreneur, conquérant, dominateur, riche et matérialiste. Cependant, l’Islam est sans compromission avec l’Occident ; la convergence n’est possible que si on mettait en avant les qualités et le mérite de l’être humain, en respectant ses croyances et ses convictions avec l’aide d’un raisonnement lucide et serein. Bien entendu, elle ne se réalisera qu’en s’attelant au bien-être des populations, par la préservation de leur santé, leur environnement, et par leur implication dans la gestion de la société par l’éducation et la sécurité.

Finalement, il apparaît que l’Islam et l’Occident peuvent être deux partenaires précieux tant qu’ils mettront à contribution les valeurs de leurs sociétés respectives afin que leurs objectifs convergent pour le bien de l’humanité. La solution est dans le dialogue basé sur la traduction des langues pour défendre et respecter le multiculturalisme ; pour promouvoir la situation de l’homme moderne dans le monde. Si l’Islam et l’Occident vivent pleinement leurs propres valeurs, ils peuvent réellement s’ouvrir aux valeurs de l’autre et communier en y mettant tout leur cœur, à la recherche de la vérité. C’est pourquoi cette intervention s’est bornée à cerner trois aspects infimes de ces valeurs dont le propre est de rester actuelles et proches de l’individu. Il serait important que s’instaure un dialogue entre les deux parties.

N. H : Maître de conférence, Université d’Alger

Note :

l- Ibn Khaldoun, La Muqaddima, extraits, g Labica, traduction revue par J. Bencheikh, ed Hachette, Paris, 1965,P28

2- Attali, J .Dictionnaire du XXe, Paris, Fayard, 1998,p278

3-Benachenou, Abdelatif, El Watan 23 septembre 2009, P22

4- Attali, J . Dictionnaire du XXe, Paris, Fayard, 1998,P 84

5-Arkoun, M, Bormans, M, Arosio : Islam religion et société, Paris, éd du Cerf 1982 p 81

6- Arnaldez, Roger : Trois messages pour un seul Dieu, Albin Michel, Paris, 1983,p 50

7- La Muqaddima p123

8- Arnaldez, Roger : Trois messages pour un seul Dieu, P62

9- Le Monde 28 juillet 2009

10- Le Monde 30 juillet 2009, p1et 5

11- Le Monde 1 août 2009, p1 et 15

12- Le Monde 2-3 août 2009, et 17 septembre p10

13- Le Monde 7 août 2009, p8

Bibliographie :

1-Arkoun, Mohammed. Borrmans, Maurice. Arosio,Mario : L’Islam religion et société, les ed du Cerf, Paris 1982 167 pages

2- Arnaldez, Roger : Trois messages pour un seul Dieu Albin Michel, Paris, 1983, 267p

3-Ben El Haffaf, Abderrahmane : Introduction à l’étude de l’Islam, Alger 1927

4-Benbaali, Djamel : L’Islam et l’Occident face à la crise mondiale, ENAL. Alger, éditions témoignage chrétien Paris 1984.38 7p

5-Chebel Malek et Clark Malcom : L’Islam pour les nuls, philosophie religion et spiritualié, First édi, Paris 2008

6-CherifMustapha, Jean Sur : Jacques Bercque : Orient- Occident, Alger, ANEP2004

7-Dinet E, Benbrahim Slimane : L’Orient vu de l’Occident Alger 2007

8-Lelong, Michel : Les papes de l’Islam, éditions alphée, Monaco 2009

 

Par Hafiz Nadia

Source : http://www.elwatan.com

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