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 Siège de Tlemcen : Une résistance de plus de huit ans

13/11/2007

 

Tlemcen - Histoire du long siège de la cité au XVIe siècle

Une résistance de plus de huit ans

 

La ville de Sidi Boumediène est assiégée et enserrée par une seconde muraille, attaquée quotidiennement par des engins lourds, des catapultes. La durée et lÂ’intensité de ce siège est un cas unique dans lÂ’histoire de lÂ’humanité. Et les Mérinides finissent par se rendre à cette évidence ; Tlemcen ne capitulera pas en dépit des indicibles souffrances endurées.

Nous sommes à une époque où toute la force économique et commerciale du monde méditerranéen repose sur lÂ’axe caravanier Transsaharien qui ravitaille en or les opulentes cités du Maghreb et de lÂ’Espagne. Dans cette dynamique d’échanges, Tlemcen se pose comme une place forte. Cet axe routier vital ne perdra de sa vigueur stratégique que deux siècles plus tard, à partir du XVIe siècle avec lÂ’ouverture des voies maritimes sur le nouveau monde quand lÂ’or des Amériques supplantera celui de lÂ’Afrique. Dans ces débuts du XIVe siècle, les cités maghrébines de Fez à Tunis aussi riches quÂ’elles soient, présentent toutes la même vulnérabilité. Elles fondent leur stabilité du moment sur des coalitions incertaines des tribus soumises de gré ou de force, toujours aux aguets de nouvelles alliances avec une force adverse et en fonction des intérêts du moment. LÂ’ambitieux Youssef Ibn Yacoub, héritier de la dynastie Mérinide, projetait l’écrasement de Tlemcen, seule issue pour reculer les bornes de son empire et sÂ’emparer du monopole sur la route de lÂ’or. Les prétextes à lÂ’affrontement final se cumulaient depuis la chute de Sidjilmassa, reconquise par les Mérinides en septembre 1274. Lors du saccage de la ville, plusieurs membres de la famille de Yaghmoracen ont été tués. Le point culminant du conflit sera marqué par le siège de Tlemcen entre avril 1299 et juillet 1307. Les manœuvres du sultan mérinide ont été simples mais efficaces. En 1295, il isole Tlemcen de toutes ses villes satellites. Il livre au pillage Oujda et fait plier à sa cause des tribus, en particulier les Toudjin, les Ouled Slama et les Beni Iltem. LÂ’année suivante, il fait une tentative contre Tlemcen et sÂ’aperçoit, au bout de trois mois, que la prise de la ville nÂ’est pas une entreprise facile. Alors, il décide de relever Oujda de ses ruines pour en faire une place forte, laissant la direction des travaux à lÂ’un de ses frères. A la suite dÂ’une trahison de gouverneur, comme de coutume à cette époque, la ville de Nédroma tombe entre les mains des Mérinides. L’événement survient pendant quÂ’Othmane Yaghmoracen tentait de reprendre ses anciennes concessions investies par les Mérinides. Les contingents laissés dans Tlemcen n’étaient pas de taille à assurer la défense dÂ’une ville isolée du gros de son armée. Les remparts qui survivent encore de nos jours malgré le saccage des investisseurs immobiliers constituent un excellent bouclier. Et cÂ’est le moment que choisit Youssef Ibn Yacoub pour foncer sur la citadelle. Yaghmoracen apprend la nouvelle à temps. A marche forcée, il arrive sous les murs de la ville à quelques heures devant les premiers détachements mérinides. Sur les remparts, les défenseurs évaluent du regard lÂ’intensité des combats à venir. Nous sommes au deuxième jour du mois de Chaâbane 698 (6 mai 1299). A partir de cette date, Tlemcen passera neuf Ramadhan sous le blocus, sans le moindre secours et sans nouvelle du monde extérieur. Tandis que la ville est coupée du monde, lÂ’armée mérinide occupe tout lÂ’espace du Maghreb central. L’étendard de Youssef Ibn Yacoub flotte désormais sur les principales villes dÂ’Algérie : Oran, Mazouna, Tiaret, Miliana, Cherchell, Ténès, Médéa et toutes les places fortes du Titteri.

Une muraille autour de la ville

Jamais aucune cité au monde nÂ’aura connu une aussi longue solitude. Le sultan mérinide fit construire autour de la ville une ceinture de maçonnerie avec les ouvertures pour laisser passer ses attaquants. Un peu plus loin, il fit bâtir la nouvelle ville dÂ’El Mansourah où il établit ses quartiers. LÂ’historien Ibn Khaldoun qui consacre à cette partie un long chapitre de sa volumineuse Histoire des Berbères nous dit que tout au long de ces huit années de siège, il ne laissera pas passer une seule journée sans ordonner une attaque contre Tlemcen. LÂ’historien a eu accès à des témoins directs. Du ciel tombaient les projectiles lancés par les engins de bombardement incessants. Jamais une population nÂ’a connu une souffrance aussi longue et jamais aucune cité nÂ’aura porté une résistance aussi opiniâtre et le courage physique à un tel niveau de détermination. A la cinquième année du siège, (1304), Othmane Yaghmoracen meurt. L’événement donne à la tragédie de la ville une dimension de gravité exceptionnelle, car lÂ’homme incarnait toute la détermination face à un ennemi résolu à en découdre. Ibn Khaldoun raconte le témoignage de Brahim Abdelli, lÂ’homme quÂ’il considère comme son professeur. « Othmane, fils de Yaghmoracen, mourut au bain. Il venait dÂ’en éprouver lÂ’influence affaiblissante et, voulant se désaltérer, il se fit apporter une tasse de lait aigre. Il sÂ’endormit et rendit son dernier soupir Â». Les gens de la maison ont pensé à un suicide pour éviter le spectacle du blasphème que réservent les Mérinides à sa ville, à la population et à sa famille. La reine qui est la fille du sultan de Tunis fit venir ses deux enfants et ferma toutes les portes du Mechouar. Les Cheikhs réunis en urgence désignent Ibn Ziane, le fils aîné, successeur au trône. Pour marquer lÂ’avènement du nouveau sultan, les Beni Abd El Wad firent une sortie meurtrière contre un ennemi perplexe devant tant de courage et de sens du sacrifice. Cernée depuis cinq ans, Tlemcen prend lÂ’initiative des attaques et les Mérinides commencent à douter de leurs capacités à réduire cette forteresse où les youyous fusent de toutes les maisons ! Mais dans la ville, les souffrances dues notamment aux carences alimentaires se faisaient gravement sentir. Ibn Khaldoun relate des épisodes macabres dÂ’anthropophagie. Il donne les détails précis des prix des denrées alimentaires qui comprennent désormais les animaux de compagnie et les moineaux et les bêtes morts de maladie. On arrache les toitures des maisons pour le bois de chauffe. CÂ’est vraisemblablement au cours de cette funeste période que disparaîtra à jamais un des quatre exemplaires du Coran rédigé par Othman Ibn Affane, troisième Khalife. Ce livre était conservé à Tlemcen depuis juin 1248. Il est passé des mains du khalife Omeyyade de Cordoue à Fez pour finir à Tlemcen. Tandis que la mort plane sur la cité de Sidi Boumediène et la désolation envahit les cœurs, le sultan mérinide Youssof Ibn Yacoub parvient au sommet de sa gloire. La nouvelle ville de Mansourah devient le nouveau siège des Mérinides. Des ambassadeurs et des négociants de tout le monde musulman y viennent, attirés par la prospérité qui y règne cherchant aussi lÂ’amitié de ce fougueux sultan aux ambitions sans mesure. Il reçoit des délégations de Bougie et de Tunis. Même les souverains dÂ’Egypte et de Syrie reconnaissent sa puissance montante lui envoient de riches présents. En huit ans, la nouvelle ville a pris un essor considérable.

Les dames implorent la mort

Voyant venir la fin proche, la garnison des Abd El Wad décide une ultime sortie sur les champs de bataille pour mourir les armes à la main. Ibn Ziane Yaghmoracen conduit personnellement la prière de lÂ’istichÂ’had. En ce mercredi matin de juillet 1307, le sultan appela le gardien des magasins de blé pour évaluer le stock alimentaire. Pas plus de deux jours. Le sultan demanda alors de ne pas divulguer cette nouvelle. Seul Abou Hammou, le frère du sultan en est informé. Pendant les entretiens, une dame du palais se présente à Yaghmoracen avec un message dÂ’une teneur dramatique intense. Les femmes vous disent quÂ’elles souhaitent la mort pour ne pas tomber dans la honte de la captivité. Abou Hammou ému se tourne vers son frère et lui dit quÂ’ils nÂ’y avaient pas dÂ’alternative. Il faut les exécuter. Le sultan réfléchit un moment et dit : attendons encore trois jours. Peut-être quÂ’après tant de malheur, Dieu nous viendra à lÂ’aide. Ce terme passé, dit-il à son frère, tu mettras à exécution cette décision. Abou Hammou voulait, au contraire, en finir sur-le-champ. Mais il respectera la décision de son frère aîné. Dans trois jours, toutes les femmes de noble extraction passeront au fil de l’épée et tout homme valide mourra les armes à la main dans un ultime affrontement. Et après, le sort de Tlemcen sera entre les mains de Dieu. Dans la même journée de mercredi, Mansourah se réveille dans la même ambiance de sérénité. Youssef Ibn Yacoub, couché sur le dos, attendait que sa barbe rougisse par la teinture de henné. Un eunuque nommé Saâda entre dans sa chambre armé dÂ’un poignard. Il se jeta sur le monarque et lui porta plusieurs coups dans lÂ’abdomen. Youssef Ibn Yacoub meurt vidé de son sang. LÂ’attentat aura des répercussions historiques et la fin du calvaire des Tlemceniens.

Une délivrance miraculeuse

Au même moment à Tlemcen, Othmane s’était isolé dans une des chambres du Mechouar. Il est avec Ibn El Hadjaff, lÂ’administrateur des stocks alimentaires. Celui-ci raconte : « Le factionnaire qui était à la porte me fait signe en disant ; Annoncez quÂ’un messager, venu du camp Mérinide, se tient au seuil du palais. Je ne pus lui répondre que par un geste. Mais le bruit de ce mouvement suffit à faire sursauter le sultan. Je lui dis la nouvelle et fis enter le messager. LÂ’homme sÂ’arrêta devant le prince et lui adressa ces paroles ; Youssof Ibn Yacoub vient de mourir à lÂ’instant même et je vous apporte une communication de la part de son petit-fils, Abou Thabet. Le sultan fit convoquer son frère et les chefs Abdel Oued pour leur faire du message. C’était une de ces faveurs extraordinaires que Dieu accorde quelques fois aux mortels. Â» La mort soudaine du souverain mérinide le 13 mai 1307 est accueillie comme un miracle. L’événement allait ouvrir la voie à une lutte de succession qui profitera en particulier à la capitale zianide, « perle du Maghreb Â». Pour marquer cette mémorable date, la monnaie du royaume portera cette significative mention souvenir ; « Combien est proche le secours de Dieu Â» (ma akraba fardj Allah). En avril 1308, Bouziane Yaghmoracen obtient des officiers Mérinide la capitulation de toutes les places fortes tombées sous leur contrôle. Toutes les tribus passées à lÂ’ennemi devront fuir vers les zones arides ou accepter le châtiment imposé aux vaincus. Mansourah élevée à la gloire des Mérinides sera rayée de la carte. Seules les ruines du minaret de la mosquée demeurent jusqu’à nos jours comme les témoins dÂ’une ville fantôme qui a vécu le temps dÂ’un épisode de tourmente. Cette guerre a coûté la vie à 120 000 personnes à Tlemcen selon lÂ’historien de la ville Yahya Ibn Khaldoun, frère de lÂ’auteur de LÂ’Histoire des Berbères.

Rachid Lourdjane

 

 

Catégorie : HISTOIRE D'ALGERIE

 De Gaulle et la double face de son droit régalien

4/11/2007

 

De Gaulle et la double face de son droit régalien  

Par Zahia El-M. Gonon

« Il faut craindre chaque jour les heures de lÂ’aube... Â» Madeleine Riffaut (LÂ’Humanité, lundi 1er août 1960)

La première semaine de juillet 1960, l’ensemble des titres à la une des quotidiens et hebdomadaires français commentaient ou déploraient l’échec des pourparlers de Melun.

Le monde entier et les Français partisans dÂ’une paix immédiate avec lÂ’Algérie découvrent, consternés, les incohérences de la démarche gaullienne qui consiste à faire semblant de tendre la main vers la paix en avançant dÂ’un pas, pour reculer de deux. Alors et surtout quÂ’il nÂ’a pas lÂ’alibi de ses prédécesseurs d’être à la tête dÂ’un gouvernement faible. Le gouvernement provisoire de la République algérienne sÂ’apprête à en tirer les conséquences, après débat interne entre les différents courants en présence, alors que sur la scène internationale, des chefs dÂ’Etat, de plus en plus nombreux, prenant acte de la duplicité de la partie française, déclarent expressément leur soutien à la légitimité des revendications des Algériens. LÂ’analyse du déroulement des faits et du contexte entraîne, inévitablement, la correction, textes législatifs et documents à lÂ’appui, des falsifications ayant pour but de dresser, par des occultations et à lÂ’aide de références parcellaires, un portrait flatteur de de Gaulle. Seul lÂ’accès sans restrictions aux archives publiques, ayant trait à cette période, mettrait un terme à leur exploitation spéculative. La délégation algérienne devait être reçue comme vaincue, venant gagner une paix honorable, à défaut dÂ’avoir gagné la guerre, selon le scénario préparé par les négociateurs français. Les services dÂ’action psychologique de lÂ’armée, les fameux 5es bureaux, inondèrent simultanément la population de tracts lÂ’invitant à se rendre, elle aussi, puisque ses représentants capitulaient à Melun : énième incohérence, puisque la population était réputée acquise à la France, dÂ’après les rapports de ces mêmes 5es bureaux. Pour prendre un avantage avant la rencontre fixée pour juin, du 23 février au 5 avril, cinq têtes sont tombées au Fort Montluc à Lyon, dont deux fois en double exécution. Une trêve est observée ensuite. Ulcéré de nÂ’avoir pu rapporter la preuve de sa prétendue victoire sur le terrain par la reddition des leaders algériens, de Gaulle va entretenir lÂ’illusion en rappelant envers et contre tous quÂ’il lui reste le sinistre droit régalien, hérité du second Empire, le maniement de la guillotine. Le 8 juillet, Mokrani Mohamed passe sous le couperet à Dijon ; suivi par Taper Boukhemis, le lendemain à Lyon et par Guelma Mohamed le 27 juillet à La Santé, à Paris. Le 28 juillet, la presse reproduit une pétition contre les exécutions dÂ’Algériens signée par cent avocats des barreaux de Paris, Lyon, Marseille. Le 25 juillet, après un simulacre dÂ’entrevue avec un avocat commis dÂ’office, il refuse le recours en grâce du jeune Lakhlifi Abderrahmane, 19 ans tout juste révolus, condamné à mort le 12 janvier de la même année par le TPFA de Lyon, dans des conditions honteuses pour la justice française, selon les témoignages et comptes rendus dÂ’audience des journalistes présents : les inculpés privés de leurs défenseurs sont expulsés du box et la sentence est rendue en lÂ’absence de plaidoiries. Une mobilisation, demandant de surseoir à lÂ’exécution, démarre à lÂ’initiative de ténors de la vie politique, intellectuelle, artistique : Aragon, Jean-Paul Sartre, François Mauriac, Pablo Picasso, Marcel Carné, Simone de Beauvoir, Georges Arnaud, Me. Henri Torrès, Jean et Pierre Prévert, Joseph Kessel, Pierre Laroche, André Stil, Elsa Triolet, Claude Roy. Ils sont rejoints par des acteurs de renom : Serge Reggiani, Danièle Delorme, Yves Robert, Raymond Bussières, Annette Poivre, René Pigaut. Ils en appellent à lÂ’intervention du pape, de Hammarskjöld, Eisenhower, Khrouchtchev, Elisabeth II, Nehru, Bourguiba, Mohammad V, Sékou Touré, du BIT, du CICR. Une deuxième vague de protestataires lui adresse directement un appel signé dÂ’enseignants universitaires, dÂ’officiers de la Légion dÂ’honneur, des avocats de Lyon appuyés par leur bâtonnier, des responsables syndicalistes, des présidents du Mouvement pour la Paix, du Secours populaire, des associations de prisonniers de guerre et de résistants, demandant que tous les Algériens soient graciés. Les quotidiens datés de dimanche-lundi 31 juillet-1er août annoncent, à la une, lÂ’exécution de Abderrahmane Lakhlifi, le samedi 30 à lÂ’aube. Dans un bref communiqué en guise de réponse aux multiples interventions, de Gaulle prétend quÂ’il a été fait application de la loi et rappelle que cette affaire est de la compétence exclusive de la justice française. Si Le monde sÂ’en tient à un article des plus conventionnels, lÂ’hebdomadaire LÂ’Express du 4 août va répliquer à cette affirmation inexacte en détaillant et dénonçant les conditions dÂ’arrestation, dÂ’interrogatoire, de condamnations et dÂ’exécution du jeune martyr. Cela lui vaudra d’être saisi à Alger. Dans le réquisitoire, ce patriote était accusé de « participation à une organisation formée dans le but de préparer ou de commettre des crimes contre les personnes et les propriétés et de soustraire à lÂ’autorité de la France une partie des territoires sur lesquels cette activité sÂ’exerce Â». Ce qui se traduit en langage décodé par membre du Front de libération nationale. Dans un rapport très prudent, le médecin légiste officiel constate « 45 jours après, sur son corps des lésions qui ressemblent à des cicatrices de brûlures et qui peuvent parfaitement avoir été provoquées par le passage de courant électrique Â». On lui refusa lÂ’assistance de lÂ’avocat algérien quÂ’il avait choisi et qui nÂ’avait pas non plus été reçu à lÂ’Elysée pour plaider le recours en grâce ; un avocat commis dÂ’office ayant été convoqué à sa place. La nouvelle sÂ’est répandue le matin même dans les maquis. LÂ’ALN, dans une embuscade, intercepte un convoi de lÂ’armée française dans les falaises de Djebel Chenoua, le dimanche. Le monde titre en première page du mardi 2 août : « Près de cinq mille hommes traquent les rebelles dans le massif du Chenoua, déclaré zone interdite. Â» Et, le lendemain : « La bande rebelle ne serait forte que dÂ’une trentaine dÂ’hommes. Â» Dans les mêmes éditions, on peut lire : « Un obus piégé explose dans le train Alger-Oran Â», mais aussi « LÂ’objecteur de conscience H. C... est condamné à deux ans de prison pour son second refus dÂ’obéissance Â» ou encore, « Un champion de ski, mobilisé, tue accidentellement un de ses camarades. Â» Des tracts appelant les jeunes gens à lÂ’insoumission sont distribués à Paris ; lÂ’hebdomadaire Témoignage Chrétien est poursuivi pour provocation des militaires à la désobéissance. Parfois, un petit encart publicitaire invite à participer à la « Tombola du soldat Â». Qui doutait encore de lÂ’issue du conflit ? Ce qui nÂ’empêche pas, dans les colonnes voisines, M. P. Delouvrier, délégué général du gouvernement, de déclarer : « Actuellement se fonde en Algérie une entreprise industrielle tous les deux jours Â» et le « Bulletin dÂ’information du ministère des armées Â» de constater les progrès de la pacification et dÂ’annoncer une nouvelle direction de lÂ’information avec des méthodes rénovées et des moyens renforcés. Le samedi 6 août, Miloud Bougandoura et Abdelkader Makhlouf sont accompagnés à l’échafaud par lÂ’hymne national chanté par leurs compagnons du couloir de la mort de Fort Monluc : De Gaulle, dans ce cas aussi, va user dÂ’un procédé inconnu du Code de procédure pénale qui consiste à convoquer un avocat commis dÂ’office pour présenter le recours en grâce, une fois la date de lÂ’exécution fixée. Lundi 29 août, LÂ’Humanité, dans un encadré bordé de noir, fait part de la double exécution de Mohamed Tirouche et Ali Seddiki, le samedi 27 à 5h 5, dans la cour de La Santé. Me. A. Benabdallah, avocat algérien du barreau de Paris, empêché par de multiples stratagèmes administratifs dÂ’assurer la défense, alerte le Comité international de la Croix-Rouge sur le sort de dix-sept autres condamnés à mort dans les mêmes conditions. Sans doute pour signaler son retour de vacances, de Gaulle accroche à nouveau, à son palmarès, la tête de Mohamed Benzouzou, le 26 septembre. Salah Dehlil suivra, en janvier 1961. Les exécutions simultanées dans les prisons dÂ’Algérie, dont certaines quadruples, comme à Oran, le lundi le 1er août, ne figurent pas dans cette étude qui est consacrée aux Algériens condamnés, exécutés dans les prisons de France : soit seize chouhada, en l’état de nos investigations à ce jour, du 23 février 1960 au 31 janvier 1961. Difficile de ne pas parler de soif inextinguible... ou de rage. Les calculs qui sous-tendent sa dernière « ruse Â» prêteraient à rire par leur simplisme si elle ne sÂ’appuyait sur un recours effréné à la guillotine. De Gaulle nourrissait lÂ’illusion de réunir une « table ronde Â» avec des « commissions d’élus Â» qui seraient opposées à toute forme dÂ’Etat algérien et surtout, sans les exilés de Rabat, Tunis, le Caire, Pékin... Selon ses proches, il introduisait, maintes fois, ses entretiens avec ses conseillers, par « mon grand ami Bao Daï Â». Apparemment, il en cherchait un pour lÂ’Algérie ; et puis, en désespoir de cause, pourquoi ne pas tenter de la démanteler, en enclaves géographiques et... ethniques, à savoir détacher le Sahara, garder un comptoir maritime qui serait peuplé dÂ’Européens et de Français de souche nord-africaine, selon le vieux rêve de Georges Bidault dÂ’une province française de lÂ’Oranie. J.-J. Servan-Schreiber, dans son éditorial du 4 août, qualifia cette politique de machiavélisme de sous-préfecture. DÂ’ailleurs, les journalistes français, qui ne sont pas adeptes inconditionnels de la peine capitale, verront leur cas traité par la refonte de la Loi de 1881, sur la liberté de la presse, inscrite au programme de la rentrée parlementaire. A Tunis, le GPRA, au grand complet, n’était pas en vacances et débat en audience publique devant un parterre dÂ’observateurs et de journalistes accrédités de lÂ’adaptation de sa stratégie face à un de Gaulle qui venait de dévoiler, à la face du monde, la manoeuvre cachée derrière son offre de pourparlers : à défaut dÂ’une victoire par les armes, sauver sa vanité d’être le maître du jeu... et de la guillotine, en essayant de rouler tout le monde, toujours selon Servan-Schreiber. L’échec des pourparlers de Melun va induire une nouvelle redistribution de la diplomatie de l’état major FLN/ALN dont les leaders font désormais les pages de couverture de magazines internationaux prestigieux. Ils réactivent quelques dossiers mis en attente pendant les préparatifs pour la rencontre. Dans la foulée, lÂ’Algérie dépose auprès du gouvernement de la confédération helvétique une demande officielle de ratification des Conventions de Genève. En fait, dès le 10 décembre 1958, nouvellement promu président du Conseil des ministres, il édicte le « décret fixant le mode et lieu dÂ’exécution des peines capitales prononcées par les juridictions militaires dÂ’Algérie Â». Ce décret signé avec P. Guillaumat, ministre des Armées et M. Debré, garde des Sceaux, reconduit le décret n° 56-269 du 17 mars 19S6 signé par G. Mollet, M. Bourgès-Maunoury, F. Mitterrand et R. Lacoste en y ajoutant, en son article 4 bis, que les condamnations à la peine de mort « reçoivent effet au lieu où le tribunal a prononcé son jugement Â». Il prévoit donc dès son arrivée par putsch militaire du 13 mai 1958, faut-il le rappeler, lÂ’augmentation du nombre des prisons où lÂ’on devra guillotiner. La messe est dite avant dÂ’avoir été prononcée. Il ne répugnera pas, non plus, et couvrira le recours à des procédés dits non conventionnels. En particulier, les Détachements opérationnels de protection (DOP), composés dÂ’officiers du SDECE, étaient chargés des interrogatoires des prisonniers et suspects. Ils nÂ’ont été dissous que le 31 août 1961 et leurs personnels répartis au sein dÂ’autres formations, sans interdiction aucune de poursuivre leurs méthodes. Le discours fallacieux en faveur de la paix nÂ’est destiné, en priorité, qu’à abuser lÂ’opinion des Français, de plus en plus nombreux à demander le rapatriement sans plus tarder du contingent. Il convient de rectifier et dénoncer les versions retouchées sÂ’appuyant sur des connaissances tronquées, au mépris de la réalité établie par des documents banalement accessibles, comme le Journal officiel ou les articles de presse. A titre dÂ’exemples· de falsifications grossières, vérifiables par tout un chacun, les déclarations de plusieurs intervenants, publiées dans les « Actes du colloque, 29-30 novembre 2001, Palais du Luxembourg : de Gaulle et la Justice Â». On y relève page 44, sous signature J. Delarue : « JÂ’ai dans mes archives la photocopie de la liste, de la main du bourreau dÂ’Alger, des exécutions auxquelles il a procédé en un an, de 1957 au printemps 1958, 142. CÂ’est un des cas où on trouve des quadruples exécutions ce qui en France était exceptionnellement rare (des triples, de nombreuses doubles). Après lÂ’arrivée du général au pouvoir, il nÂ’y a plus eu que deux exécutions à Alger, cÂ’est dire combien, il était sensible à ce problème Â». Sans commentaires. Plus bas, lÂ’ancien ministre de la Justice, J. Foyer, persiste et signe : « Dans cette période, le plus grand nombre dÂ’exécutions capitales a eu lieu alors que le quatrième président de la République était garde des Sceaux. Â» Nous signalons que les archives concernant les condamnations à mort sont répertoriées à la Direction des affaires criminelles et des grâces à son ministère. Il est vrai que les approximations ne nécessitent pas de vérifications. A son actif, ce garde des Sceaux du gouvernement Pompidou, dÂ’avril11962 à avril 1967, a raconté dans ses mémoires, publiées en 2006, comment il a usé de subterfuges pour éviter les condamnations à mort des chefs OAS et reclassé, avec avancement, les commissaires du gouvernement des TPFA ayant requis et obtenu des têtes dÂ’Algériens, au Conseil dÂ’Etat, à la cour de cassation et à la Chancellerie. Il y fait, aussi, étalage des précautions prises lors de la rédaction des lois dÂ’amnistie afin d’éviter que les membres du FLN nÂ’en bénéficient. Pourquoi ? Ils en avaient besoin ? A. Peyrefitte, autre garde des Sceaux, a révélé que « la guillotine fonctionnait si souvent quÂ’elle marchait mal et que les exécutions devenaient aléatoires. Le ministère de la Justice étant pauvre, F. Mitterrand demande à son collègue Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense, dÂ’en fabriquer une autre, ce qui fut fait à lÂ’arsenal de Toulon, et de la lui livrer gratuitement Â». Il oublie de signaler que de Gaulle sÂ’en était servi à pleines mains. A remarquer quÂ’aucun des deux nÂ’a émis la moindre observation sur lÂ’institution dont ils ont occupé le poste au sommet et qui avait rendu les arrêts de mort. Le sang des Algériens, après avoir été répandu sans modération, alimente aujourdÂ’hui les spéculations franco-françaises des deux partis rivaux qui se disputent en mentant quelques bulletins de vote et un rôle présentable devant lÂ’histoire : sauvegarder la stature dÂ’un de Gaulle pour les uns, réhabiliter la gauche mitterrandienne pour les autres. Mais les deux camps restent complices in solidum sur un point, comme jadis sur les exécutions : maintenir les archives barricadées derrière un arsenal de lois, décrets et circulaires tous exécutifs et partis confondus, pour continuer à soustraire la vérité à leurs concitoyens. La Circulaire du 13 avril 2001, dernier texte en date, édictée par un chef de gouvernent socialiste, pour théoriquement faciliter lÂ’accès aux archives publiques en relation avec la guerre dÂ’Algérie est un tissu de dispositions discriminatoires, en cascade, introduisant plus de restrictions que les textes antérieurs. En particulier, elle établit une censure préalable pour apprécier le sérieux de la demande, en sÂ’assurant le cas échéant des capacités et de la motivation (ou motivations ?) de la personne dont elle émane. Pour un aperçu sur lÂ’exigence de capacités, il semble tout à fait pertinent de signaler le cas dÂ’espèce de Mme A. Freyssinier qui intervient justement à ce colloque, sous lÂ’intitulé « LÂ’exercice du droit de grâce, par le général de Gaulle Â» (p. 287 et ss). Après une introduction érudite, citant Sénèque dans le texte, elle traite des condamnations à la peine capitale de 1959 à 1969. On cherche désespérément la moindre allusion aux arrêts rendus par les TPFA et naturellement aux recours en grâce des Algériens. Selon cette latiniste, néanmoins nantie dÂ’une mémoire spongiforme, « sur cent quarante-six condamnations prononcées par les cours dÂ’assisses, douze ont été exécutées, soit une proportion de peines commuées s’élevant à 91,7% Â». On relève au premier abord la confusion sur la compétence de la juridiction, appelée en langage savant, la compétence ratione materiae, puisque les Pouvoirs spéciaux dessaisissaient, selon la matière, les Cours dÂ’assises au profit des TPFA. Par contre, elle connaît lÂ’existence du Haut tribunal militaire qui a condamné les trois légionnaires des « commandos Delta Â», cités par elle et Bastien-Thiry, lÂ’auteur de lÂ’attentat contre le général, passés par les armes tous les quatre. Se pose, alors, une question : Qui sont les huit autres exécutés ? Et, pourquoi seulement huit ? Alors que les quotidiens français publient, en juillet-août 1960, le nombre de huit pour Montluc, La Santé et Dijon. Il y eut cinq autres, de février à avril 1960 et deux, en septembre 1960 et janvier 1961, soit quinze, en France, en moins dÂ’une année (sous réserve de la liste des guillotinés dans les autres centres de détention, telle la prison des Baumettes, à Marseille). Et, toujours sur les mêmes quotidiens, onze guillotinés, entre août et octobre, à Oran, Tlemcen, Orléansville, Mostaghanem, Tizi-Ouzou, Médéa, Alger ; en application, bien sûr, du décret n° 58-1201 pris le 10 décembre 1958. Cette omission serait anecdotique si elle n’était quÂ’individuelle. Or aucun intervenant sur les vingt-cinq présents nÂ’a évoqué lÂ’affolement de lÂ’instrument sanglant à lÂ’usage de sa diplomatie, ni mentionné lÂ’inspiration vichyste de la création, des tribunaux permanents des forces armées dont il avait étendu les attributions. A savoir, la Loi du 14 août 1941, complétée par celle du 7 septembre, à lÂ’initiative de Pierre Pucheu, créa les sections spéciales, habilitées à juger en violation des principes de non-rétroactivité des lois et de lÂ’exception de minorité, et sans instruction, tut comme les TPFA, instaurés une dizaine dÂ’années seulement après la fin de Vichy, par le décret n053-1261 du 22 décembre 1953. Soit, un an avant le premier coup de feu du 1er Novembre 1954. Pucheu le paya de sa vie après un procès retentissant en 1944, et ironie de lÂ’histoire, à Alger. Mais il est vrai que ses victimes, envoyées à l’échafaud, étaient de meilleur teint que les Algériens. Néanmoins, ce colloque a le mérite d’être représentatif dÂ’une exploitation partisane qui consiste à procéder à un tri sélectif des données, pour les besoins dÂ’une cause. De plus, il se tenait à la Chambre haute du Parlement qui venait de voter la Loi de 1999, par laquelle il confessait, enfin, avoir menti à ceux quÂ’il était censé représenter. Ces arguments constituent des motifs surabondants pour justifier les revendications dÂ’accès libre, sans restrictions, aux archives ayant trait à la présence française en Algérie, dans lÂ’intérêt de la manifestation de la vérité. Seule cette mesure salutaire mettrait un terme aux spéculations en permettant une analyse contradictoire. Qui peut soutenir rationnellement, que des faits révolus depuis un demi-siècle exposeraient la sûreté de lÂ’Etat ou la défense nationale ? LÂ’institution exorbitante, par la circulaire du 13 avril 2001, dÂ’un pouvoir discrétionnaire en faveur dÂ’une personnalité qui apprécierait, en préalable, les qualités du demandeur, sur critères occultes, sinon à la tête du client, nÂ’apporte nullement une garantie dÂ’objectivité, et encore moins une garantie de capacités, comme le prouvent les exemples rapportés ci-dessus. Il sera bien difficile de faire plus approximatif et plus tendancieux. Chahid Abderrahmane Lakhlifi était le benjamin du couloir de la mort du Fort Montluc. Il nÂ’est resté persuadé jusqu’à lÂ’arrivée de ses bourreaux que lÂ’absence de preuves dans le dossier dÂ’accusation et son jeune âge infléchiraient la sentence. Il a laissé une lettre a son père et sa mère où il exprimait son amour pour sa patrie quÂ’il rêvait de voir libérée et leur demandait de lÂ’excuser pour la peine quÂ’il leur fait. Son exécution prédéterminée avait suscite autant dÂ’indignation, parce que c’était emblématique des procédés coutumiers dÂ’une justice de la honte qui sÂ’adonnait à la pratique du meurtre légal depuis la tombée de la nuit coloniale sur lÂ’Algérie. Derrière les murailles des forts, la guillotine était un instrument, de vengeance et dÂ’appoint entre les mains dÂ’un Guy Mollet et dÂ’un de Gaulle qui nÂ’en finissaient pas « d’écraser le FLN par tous les moyens Â». Il nÂ’est pas question, bien sûr, d’énumérer, ici, « tous les moyens Â». Signalons, tout de même, la promulgation du Règlement de discipline générale des armées qui proscrit la torture, en date du... 1er octobre 1966. Dommage, quÂ’il ne lÂ’ait promulgué plus tôt ! Enfin, ne pas omettre de rappeler que ces actes irrévocables ont été exécutés, trois ans durant, sous le ministère du réputé très humaniste et pieux Garde des sceaux, Edmond Michelet. Reconnaissons quÂ’il finit par démissionner... à la veille du 17 octobre 1961. A la mémoire de tous les jeunes Abderrahmane, enfantés par la génération d’élite du 1er Novembre 1954, qui ont écrit de leur sang la Geste algérienne, cette contribution reconnaissante pour la libération de la patrie, en hommage à leur courage viriliste émancipateur.
- Paris, le 21 octobre 2007

Sources :

• Actualité de l’émigation n° 106-1987 : « Couloir de la mort Â», par Mustapha Boudina (CCA).

• Tract Front de libération nationale - Fédération de France, 20 septembre 1960.

• El Moudjahid n° 71/14 octobre 1960 (Centre culturel algérien).

• EL Djeich, n° 508, novembre 2005.

• La documentation française (microfilm) : Le Monde /28 juil-8 août 1960 ; LÂ’Humanité/juil- août 1960 ; LÂ’Express/juil-août 1960.

• Jorf. (Lois et décrets) 12 dec. 1958 (p. 11173) et 19 mars 1956 (pp. 2656,2657) ; décret n° 53-1261,23 dec.1953 (pp. 11478,11479).

• Les archives en France. Rapport au Premier ministre. Guy Braibant (La documentation française, 1996).

• Actes Colloque-Palais du Luxembourg /29-30 novembre 2001 : « De Gaulle et la justice (éditions Cujas, avril 2003).

 

 

Extrait du site : http://www.elwatan.com   

 

Catégorie : HISTOIRE D'ALGERIE

 La France a-t-elle empoisonné l'émir Abdelkader

16/10/2007

 

La France a-t-elle empoisonné l'Emir Abdelkader ?

par Elhadj Abdelhamid: Médecin

L'étude de l'hypothèse médicale du toxicologue suédois Sten Fofshufvud, émise en 1961 grâce aux méthodes d'analyse impliquant la pharmacothésaurismose sur l'empoisonnement à l'arsenic de l'empereur Napoléon par l'Angleterre pendant sa détention à Sainte-Hélène après sa défaite et son abdication à Waterloo, hypothèse officiellement réfutée en raison probable de son caractère politiquement incorrect dans le contexte de la «construction de l'Europe» et qualifiée de romanesque, m'impose, déformation professionnelle oblige peut-être, associée à des événements troublants relevés par la lecture de l'histoire de la détention de l'Emir en France, d'évoquer un sort semblable possible réservé à cet autre illustre captif de l'Histoire.

Et, curieux parallèle de celle-ci, les deux grands hommes partagent également le rapatriement de leurs cendres respectives vers le pays natal. De plus, les affaires récentes du «polonium russe» et des dioxines du Président ukrainien remettent au goût du jour l'histoire du politique et du poison comme moyen d'alternance du pouvoir, si efficace depuis l'Antiquité. Il est indéniable que l'Emir Abdelkader, libre, captif ou même mort, gêne la France. Son prestige a conquis les quatre coins de l'univers. De l'Amérique au Caucase, il n'y a pas aujourd'hui un lieu, une ville, une rue, un buste sur une place qui ne se souvienne de l'illustre Algérien. Même Paris, capitale de l'Empire qui l'a combattu, s'incline à son tour et immortalise son souvenir.

L'Emir était un savant (âlem), un poète, et «son génie organisateur ne le cédait en rien à ses capacités diplomatiques et militaires» (Charles-André Julien).

Ses Traités sont restés aussi célèbres que ses batailles et même sa reddition négociée, concertée au sein de sa smala, qui ne sacrifie rien à la gloire d'un chef algérien qui a consommé, en dix-sept années de guerre, cent vingt (120) généraux français, quatre princes et seize (16) ministres de la Guerre, est un acte empreint de sérénité morale et de réalisme politique épargnant à son peuple des souffrances supplémentaires évitables, «enfumades de tribus entières» et «terres brûlées», apanage peu glorieux mais efficace de généraux en mal de stratégie.

Au lendemain de la signature du Traité de la Tafna, à l'Emir qui réclame le retour de Tlemcen comme le stipulait l'accord, sinon »la paix ne sera qu'un trêve», le général Bugeaud ne défie pas Abdelkader dans une bataille frontale déclarée ni dans un duel chevaleresque, mais répond ainsi d'une promesse qui ne grandit pas le militaire: «Aussi longtemps que durera la trêve, je ne détruirai pas les moissons»! N'est-il pas navrant, pour l'art militaire, de constater que des officiers passent des années entières à apprendre dans les grandes écoles ce que le criquet fait naturellement: détruire les moissons ! L'Emir est noble (sharif), descendant du Prophète mais son combat est pur de tout fanatisme religieux et sert une grande cause, la liberté de son peuple; il est d'une grande loyauté et d'un grand humanisme, comme le témoignent ses égards dûs aux prisonniers de guerre et sa défense des chrétiens d'Orient durant son exil. Sa spiritualité profonde empreinte de tolérance est d'une étonnante modernité et initie le dialogue des religions et des civilisations. Mais la France faillit à ses engagements envers l'illustre «ennemi intime» qui négocie une reddition militaire contre un exil au Moyen-Orient, convoitise, déjà, des ambitions impériales de la France, l'Angleterre, la Russie face à la décadence ottomane amorcée. Au Fort Lamalgue à Toulon, l'Emir subit un «emprisonnement cruel et déloyal «qui émeut Lamartine qui propose une «demeure salubre», le château de Pau. L'Emir, qui avait déclaré à Bugeaud après le Traité de la Tafna: «Nous avons une religion qui nous oblige à tenir notre parole; je n'ai jamais trahi la mienne !», s'offusque profondément du manquement français et redoute le pire d'un ennemi déloyal.

Abdelkader, même captif, s'avère un hôte encombrant de la France et même son exil au Moyen-Orient, s'il venait à être exaucé, pourrait «déstabiliser la région» au profit de la Couronne d'Angleterre qui courtise l'Emir et le verrait bien en Sultan des Arabes, lui un descendant du Prophète et brave guerrier, pour l'opposer aux Ottomans et devancer la France.

En Afrique du Nord, avant sa reddition, Abdelkader entraîne le roi du Maroc, conquis par les éclatants succès de l'Algérien, vers une alliance «maghrébine» contre la France; mais le bombardement de Tanger entame l'esprit fraternel du souverain qui révise son engagement et pourchasse l'Emir vers la frontière à portée des goumiers de Lamoricière. Abdelkader observe alors une halte, en territoire marocain, près de la frontière, dans l'attente, dit une légende, d'une frégate anglaise chargée de l'extirper de l'étau franco-marocain; elle ne viendra pas, autrement, peut-être, le destin de l'Algérie aurait pris une direction différente.

 La France connaît des remous importants contemporains de la captivité de l'Emir; la République s'installe... L'Empire, le Second, est restauré... La malédiction de «l'oiseau d'Afrique» semble punir la trahison du Duc d'Aumale et de Lamoricière. Mais la crainte de la France est autrement plus «stratégique» et moins mystique; Tocqueville, en 1841, en définit la réalité: «Il est à craindre qu'Abdelkader ne soit en train de fonder chez les Arabes un pouvoir plus centralisé, plus fort, plus expérimenté, plus régulier que tous ceux qui se sont succédé depuis des siècles dans cette partie du monde. Il faut donc s'efforcer de ne pas le laisser achever ce redoutable travail». Des évènements intrigants vont conforter l'idée que la France décide de se débarrasser insidieusement d'Abdelkader pendant sa détention: une mortalité effarante de l'entourage de l'Emir à Pau puis à Amboise, surtout relative à une population fragile transplantée (enfants en bas âge) et des troubles de santé affectant électivement des femmes autorisent la présomption d'un empoisonnement (à l'arsenic ?) de L'Emir Abdelkader qui ne devrait son salut qu'à des facteurs et des antécédents personnels: l'austérité des moeurs (hygiène de vie rigoureuse) et sa résistance physique exceptionnelle. Le séjour relativement bref au château de Pau, six mois, est émaillé d'événements douloureux à répétition suspecte pour les hôtes captifs, soucis de santé graves, mort d'enfants en bas âge...; les conditions de l'habitat (l'ensoleillement du château, les longs travaux de restauration antérieurs à l'arrivée de l'Emir, l'alimentation en eau potable et le réseau d'évacuation fraîchement aménagés) ne sauraient être mis en cause !

Le 30 avril 1848: Zineb, une petite fille de deux mois est morte à quatre heures du matin. Le 1 mai: Abdallah Abdelkader, dix-huit mois, fils de l'Emir, meurt à trois heures du matin, plongeant le père dans un profond chagrin et une grande «méditation». Le 12 mai 1848: la mère d'Abdelkader tombe subitement malade; la gravité de son état oblige l'Emir à rester à son chevet et annuler les audiences prévues. Le 20 mai: l'épouse est à son tour gravement malade; les religieuses de la congrégation des Soeurs de la Charité, appelées à la rescousse, car elle refuse énergiquement la visite d'un médecin, évoquent le diagnostic d'une «affection qui pourrait provenir d'un séjour prolongé dans un milieu où l'air

(?) est vicié (!); la présomption de l'intoxication, l'empoisonnement est légitime, en dehors de tout symptôme, fièvre ou autre qui aurait certainement attiré l'attention, de nature à évoquer une origine infectieuse. Le 21 juillet: Mohamed, huit mois, est mort à dix-sept heures. Le 11 août: Rihane, six ans, fille du frère aîné de l'Emir, décède dans un tableau de »convulsions»; dans ce cas aussi, l'absence de la fièvre, symptôme manifeste et banal qui ne peut être méconnu et qui n'est pas relevé, peut écarter une étiologie infectieuse (méningite... ). Le 7 octobre: Khadidja, dix-huit mois, fille de l'Emir, décède au château à dix-huit heures... etc.

L'Emir Abdelkader, la cible probable, n'a probablement dû son salut, comme annoncé plus haut, qu'à l'austérité rigoureuse de ses moeurs et sa résistance physique extraordinaire dont témoigne un contemporain, Gouvion: «l'austérité des moeurs de l'Emir n'avait d'égale que sa bravoure», «souvent, une poignée de blé grillé ou de figues était son unique nourriture, pendant de longues journées, au milieu de courses sans repos et de combat sans trêve», «ce n'est pas une seule fois qu'on l'a vu faire soixante lieues dans la nuit, ou rester glaive à la main soixante-douze heures sans mettre pied à terre».

 

 

Source : http://www.lequotidien-oran.com    

 

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 Le 5 juillet 1962 : l'ultime combat de l'OAS

15/10/2007

 

Le 5 juillet 1962 : l'ultime combat de l'OAS

par Ait Benali Boubekeur

Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) a décidé de célébrer la fin du joug colonial, dans tout le territoire algérien, le 5 juillet 1962. Cette date a été choisie effectivement de façon symbolique pour boucler 132 ans de domination française. Et pourtant le vote s'est déroulé le 1er juillet 1962 où la participation a été remarquablement élevée. En effet, pour sortir définitivement du giron colonial, les Algériens ont voté oui à 91,23% par rapport aux inscrits et 99,72% par rapport aux votants. Le général De Gaulle a reconnu officiellement l'indépendance de l'Algérie le 3 juillet.

Le 5 juillet, comme prévu, la fête s'est déroulée dans l'allégresse partout en Algérie hormis la ville d'Oran. Ce qui a terni, en effet, cette journée c'étaient les événements survenus à Oran où l'organisation de l'armée secrète (OAS) a décidé de marquer cette journée par une ultime fusillade, sans doute de trop. Par conséquent les Oranais ont assisté à une journée cauchemardesque contrairement à leurs concitoyens qui ont manifesté leur exaltation pour la fin de l'occupation dans l'hilarité, et ce, à travers les quatre coins du pays.

 Pour apporter quelques éléments pouvant aider à comprendre ce qui s'est passé ce jour-là, un bref retour en arrière est primordial. En effet, plusieurs hypothèses ont été avancées par les historiens des deux rives de la Méditerranée pour illustrer cette affaire. Celle qui semble correspondre au contexte de l'époque est celle de B.Stora, car elle résume l'état d'esprit des pieds-noirs à la veille de l'indépendance algérienne, il écrit à ce propos : « il semble impensable à la majorité de la population européenne de quitter leur pays natal, de concevoir une indépendance sous l'égide du FLN «. L'OAS n'a pas lésiné sur les moyens, aidée en cela par les pieds-noirs, pour parvenir à ses objectifs, notamment le regroupement de la population européenne dans une plate forme territoriale. L'idée en tout cas n'était pas née ex nihilo mais lors de la conférence de presse du général de Gaulle du 11 avril 1961 où la partition a été évoquée. Selon Xavier Yacono : « pour la première fois, de Gaulle élevait, de façon ferme, la menace de regroupement des populations qui resteraient fidèle à la France «.

 La majorité des pieds-noirs avait par ailleurs la détermination inébranlable de livrer le combat jusqu'à l'ultime moment pour sauver l'Algérie française, notamment dans les grandes métropoles telles que Alger et plus spécifiquement Oran.

 La violence des ultras avait franchi maintes fois le rubican lors des derniers mois de la présence française a été sans doute déterminante lors de la célébration de l'indépendance. L'historienne Michèle Villanueva n'essaye-t-elle pas d'expliquer l'événement en disant : « le 5 juillet ne serait-il pas le contrecoup des mois terribles que la population algérienne venait de vivre ? ».

 Cependant, depuis les accords du cessez-le-feu, l'OAS n'a pas cessé de perpétrer des attentats dans le but de rééditer le basculement de l'armée française en sa faveur comme ce fut le cas le 13 mai 1958. A cet effet, la ville d'Oran a été considérée, par les ultras, la plus à même de relever ce défi. La raison invoquée était qu'Oran, par le nombre d'habitants français majoritaires dans la ville, il était plus facile d'atteindre l'objectif consistant à retourner le rapport de forces en leur faveur dans un délai succinct. Le général commandant la région oranaise, Joseph Katz, estime que l'OAS par sa politique de terre brûlée, ses assassinats, aurait pu déclencher une riposte des Algériens, obligeant les troupes françaises à intervenir pour protéger les Européens, et empêchant la mise en application sur le terrain du cessez-le-feu. Bien que le général Katz soit considéré l'ennemi numéro un des pieds-noirs, il n'en demeure pas moins qu'il était le plus dur dans le combat qui l'opposait aux Algériens, au début de la révolution, avant qu'il soit rappelé en France en 1958 pour ne pas avoir soutenu les événements du 13 mai. Il a expliqué dans son livre le plan qu'il avait mis en place, en 1957, pour en finir rapidement avec la rébellion algérienne le plus tôt possible. Il a proposé ensuite au général Salan (chef des armées à ce moment-là) d'étendre ce plan anti-guérilla pour, dit-il, écraser ceux qui voulaient bouter les Français d'Algérie. En revanche, dans ses fonctions du maintien de l'ordre à Oran face aux éléments de l'OAS, il a toujours recommandé à ses officiers de mener leur mission d'une façon diamétralement opposée à celle qu'ils avaient déjà employées jusque-là. Il l'avoue implicitement quand il écrit : « si nous faisions ce qui nous est imputé, l'ordre serait rétabli en 48 heures à Oran. N'ayant pas en face de nous des ennemis, mais des Français trompés et abusés, nous ne pouvons, nous ne voulons régler les problèmes par la force des armes ».

 Cependant, à partir du cessez-le-feu, et profitant de l'étau desserré, les quartiers européens étaient difficilement contrôlables par l'armée française qui ne voulait pas verser le sang français. De l'autre côté, l'ALN ne trouvait aucun mal à contrôler les siens suivant l'engagement d'arrêt des combats qu'elle a signé. Cette situation a créé un climat de violence inouïe des ultras. Du coup, les Algériens vivaient continûment sous l'épée de Damoclès des exactions de ceux-là.

 Le responsable de la sécurité de la ville, le général Katz, admet que les bévues des ultras allaient crescendo du cessez-le-feu jusqu'à l'indépendance de l'Algérie. Il affirme que : « d'innocentes victimes continuent à tomber dans la proportion d'un Européen pour cent Arabes ; parmi les victimes nombre de femmes et d'enfants «. Néanmoins, ce chiffre n'est apparemment pas partagé par d'autres historiens à l'instar de B.Stora qui affirme qu'au mois de mai, à Oran, « quotidiennement, de 10 à 50 Algériens sont abattus par l' OAS. Certains musulmans quittent Oran pour rejoindre leurs familles dans les villages ou villes n'ayant pas une forte population européenne «. Quant à ceux qui étaient contraints de rester, la violence à laquelle ils étaient exposés n'épargnait ni femme, ni enfant. En parlant des Algériennes qui servaient dans les familles françaises comme Fatmas, le général Katz , confirme que celles qui osaient se rendre dans les quartiers européens le payaient de leur vie. Ainsi, ajoute-t-il « nombre d'entre elles n'en reviennent plus. On trouve leurs cadavres allongés au bord des trottoirs «. Le 15 mai, le chiffre de 15 femmes abattues a été enregistré pour la seule ville d'Oran.

 Dans la dernière ligne droite pour parvenir à l'indépendance, le FLN a essayé tant bien que mal de retenir les Algériens qui voulaient venger les leurs. La difficulté était immense car il s'agissait de convaincre les gens de supporter les violences quotidiennes des ultras.

 En fait, à des obus de mortier qui tombaient sur les quartiers algériens, où pour la seule journée du 26 mai, l'OAS a causé plus de 30 morts et une centaine de blessés, le FLN a organisé, selon Jean Monneret, des rapts en fonction d'un objectif simple : combattre l'OAS. D'ailleurs, le proverbe français ne dit-il pas que : « tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise ».

 Quant à d'autres bévues commises par d'autres Algériens, à vrai dire ceux que l'on nomme les maquisards de la vingt cinquième heure, le Général Katz l'explique comme suit : « Depuis le cessez-le-feu 126 FSNA(français de souche nord- africaine) ont déserté leurs unités en emportant armes et bagages. Ce qui est plus grave, c'est qu'ils ne rejoignent pas tous l'ALN et beaucoup vont grossir les bandes incontrôlables qui se livrent à des exactions de toutes sortes ».

 Au fur et à mesure que la date du référendum approchait, et que les chances du basculement de l'armée en faveur de l'OAS s'amenuisaient, les ultras n'avaient qu'une chose en tête : casser l'économie algérienne. Au cours des différentes émissions radio pirates de l'OAS, la consigne de tout détruire était maintes fois donnée : « s'il faut quitter l'Algérie on la laissera dans l'état où les premiers colons l'ont trouvée en 1830 ». Jusqu' à la fin du mois de juin la destruction de toutes les infrastructures a été poursuivie avec le plus grand acharnement. En fait, tout ce qui est nécessaire et vital pour le pays : bâtiments et édifices publics, installations industrielles et portuaires et réseaux de communication.

 Le 22 juin, par exemple, c'était au tour du palais de justice que les commandos OAS ont remis le feu après qu'il a résisté aux flammes la première fois. Dans la soirée c'était l'Hôtel de ville qui a été la proie des flammes. Même la bibliothèque n'a pas échappé au feu. La journée du 24 juin a battu tous les records selon le général Katz : « De tous les quartiers jaillissent des panaches de fumée et des flammes, prélude à l'explosion des réservoirs de mazout du port qui, le lendemain, plongera la ville dans une semi-obscurité ».

 Enfin, malgré le calme relatif observé les deux derniers jours du mois de juin suite à la création d'un comité de réconciliation, personne ne croyait, en son for intérieur, à un apaisement définitif de la situation vécue les mois précédents. C'est ainsi que le capitaine de l'ALN, Djelloul Nemmiche dit Bakhti a interdit, le 2 juillet, toute manifestation dans le centre ville avant le 5 juillet afin que les conditions soient réunies et que la fête se déroule sans anicroche.

 Dès les premières heures de la matinée du 5 juillet, les Algériens se sont donnés rendez-vous pour manifester dans l'allégresse l'indépendance durement acquise. Aux environs de midi, des coups de feu sont tirés sur des Algériens qui voulaient hisser le drapeau algérien à la place d'armes. Cette fusillade a été sans doute celle de trop car la riposte ne s'est pas fait attendre non plus. Le bilan de la journée est lourd en vie humaine. En effet, pour brève qu'ait été la riposte( environ 30 minutes d'après le général Katz) à laquelle a participé des ATO (auxiliaires temporaires occasionnels) et même des civils algériens, le nombre de morts était tout de même important. Il y avait 25 morts parmi les Français (46 selon Fouad Soufi) et plus de 80 Algériens. Ainsi la colonisation s'est achevée comme elle avait commencé en 1830, c'est-à-dire dans le sang.


Sources:

Joseph Katz: «Honneur d'un général».

Xavier Yacono: «De Gaulle et le FLN».

Fouad Soufi: «La guerre d'Algérie dans la mémoire et l'imaginaire».

Le Nouvel Observateur: février-mars 2002.

 

 

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 Le colonialisme positif, nouveau leimotiv de la mondialisation

11/10/2007

 

Le Colonialisme positif,nouveau leitmotiv de la mondialisation

 

Par Djaffar Lamani

Ancien Officier De LÂ’aln -Wilaya 3

 

1re Partie

 

Les grandes puissances du monde nous ont habitués à la politique des deux poids, deux mesures, à leur démocratie à géométrie variable. Elles sont aujourd’hui en passe de se surpasser et vider de leur substance les valeurs de liberté, d’indépendance, d’autodétermination. La dernière et nouvelle trouvaille est que le Colonialisme est devenu «positif» pour les peuples et les pays qui ont souffert des affres de cette pratique impérialiste durant des siècles et qui ont tiré de ces occupations des bienfaits.

 

Pour ce qui concerne l’Algérie, les bienfaits de cette occupation seraient alors légion, puisque colonisée durant plus de 130 années. La moisson considérable de ces bienfaits durant ce siècle et demi pour notre pays, ne devrait échapper ni au citoyen du pays «civilisateur», ni au citoyen du pays «civilisé» et ne devrait aucunement être ignorée.

 Il serait alors dû, en conséquence, par reconnaissance pour ce pays, par devoir de mémoire, pour lÂ’Histoire, de rappeler quelques-uns de ces actes civilisateurs,constructeurs, humains et humanistes dont a été gratifié notre pays, durant cette période de colonisation. Bienfaits que seule lÂ’ingratitude dÂ’Algériens bornés chercherait à faire sortir définitivement des mémoires.

 A fortiori,la France au cours de ces 130 années dÂ’occupation, nÂ’avait procédé ni à des massacres, ni planifié dÂ’exterminations, elle nÂ’a pas soumis les Arabes a du racisme, elle ne les a pas transformés en esclaves. Ils étaient traités sur le même pied d’égalité que les Européens. Elle nÂ’a pas spolié ces indigènes de leurs richesses matérielles, elle nÂ’a aucunement entrepris et planifié leur déculturation.

 Alors ces ingrats, quÂ’ils soient de milieux scientifique, politique ou de simplescitoyens feraient alors, dans ce cas, lÂ’apologie de la haine entre Français et Algériens car ils prétendent le contraire et évoquent de nombreux évènements ignorés ou inconnus des jeunesses des deux pays, de lÂ’Algérie comme celle de laFrance.

 Hamdane Khodja a écrit en 1833, dans son livre «Le Miroir» (chap 3, intitulé: «Détails circonstanciés sur tout ce qui sÂ’est passé lors de lÂ’entrée du Maréchal Bourmont à Alger, détails dont une partie nÂ’est sans doute pas connue en France» «ce nÂ’est pas le moment d’éveiller de la haine par des petitesses et détails personnels, je préfère donc généraliser les faits et me rapprocher ainsi davantage du véritable langage dÂ’historien», et il ajoute: «puisse la postérité profiter de quelques-uns de mes récits».

 

 Nous ne pouvons mieux trouver dans le passé, meilleure introduction à nos propos concernant justement cette Histoire de cette Colonisation .

 Dans quel état se trouvait lÂ’Algérie au XVIIIe et XIXe siècles et lors de lÂ’occupation?

 Les Bugeaud,St Arnaud eux-mêmes, autres officiers français, écrivains et savants, ont témoigné de la vitalité, de la force de la population ainsi que de la prospérité de lÂ’Algérie que la France entreprit, comme tout le monde le sait,de systématiquement détruire au profit de la colonisation de peuplement.

 Le Maréchal Bugeaud décrivait ainsi lÂ’Algérie: «La paysannerie était riche et vigoureuse.Les Arabes sont tous des guerriers. Il nÂ’en est pas un seul qui ne sache parfaitement monter à cheval. Tous ont un cheval et un fusil, tous font laguerre, depuis le vieillard de quatre-vingts ans jusqu’à lÂ’enfant de quinze ans».

 Et il ajoute pour justifier ses destructions: «LÂ’existence de cette nation vigoureuse, si bien préparée pour la guerre, si supérieure, à ce point de vue, aux masses européennes que nous pourrions introduire dans le pays, nous imposelÂ’obligation absolue d’établir devant elle, à côte dÂ’elle, la population la plus vigoureuse possible».

 Ecoutons Bugeaud, Saint Arnaud et dÂ’autres parler de leurs destructions massives du pays: «Plus de cinquante beaux villages, bâtis en pierres et couverts de tuiles ont été pillés et détruits. Nos soldats y ont fait un butin considérable. Nous ne pouvions songer, au milieu du combat à couper les arbres. LÂ’ouvrage,dÂ’ailleurs, serait au-dessus de nos forces. Vingt mille hommes armés de haches ne couperaient pas, en six mois, les oliviers et les figuiers qui couvrent le beau panorama que nous avons sous nos pieds». (Bugeaud. Mai 1844, Oued Ysser).

 De son côté,Saint Arnaud témoigne de la prospérité du pays: «Tu mÂ’as laissé chez les Brazes, je les ai brûlés et dévastés Me voici chez les Suidgads, même répétition en grand: cÂ’est un vrai grenier dÂ’abondance». (Saint Arnaud,Ouarsenis 1842)

 Bien antérieurement, vers 1790 le savant français De Paradis apporta ce témoignage:«Alger donne son nom à toute la Régence. Elle est le siège du gouvernement et le centre de forces de lÂ’Etat. Il nÂ’a jamais existé dÂ’Etat plus économe des fonds publics que le gouvernement dÂ’Alger. Le trésor de lÂ’Etat est ménagé avec un scrupule inconcevable. Le commerce extérieur algérien était prospère. On pouvait l’évaluer à 10 millions-or. Les navires algériens sillonnaient la Méditerranée. LÂ’Etat algérien importait les marbres taillés dÂ’Italie, les glaces de Venise, les verreries de Bohême, les pendules dÂ’Angleterre. Il exportait du blé, de lÂ’orge, du bétail, des tapis».

 De même que  le général Valaze constatait en 1834 que presque tous les Arabes savent lire etécrire. Dans chaque village il y a deux écoles. En fait en ne comptait pas moins de deux mille écoles sur l’étendue du territoire algérien. Il existait plusieurs universités: Alger, Constantine, Mazouna, Tlemcen, Oran. Ce peuple algérien vigoureux ne pouvait vivre que dans un pays riche. Enfin, il nÂ’est pas utile de rappeler en la matière que cÂ’est grâce à sa prospérité que lÂ’Etat  algérien devint créancier de la France. (Histoire de lÂ’Afrique du Nord parCharles Andrée Julien).

 Examinons ce que les Français ont fait de cette population vigoureuse et cultivée, de ce grand grenier: une décimation systématique

 Hamdane Khodja qui était percepteur dÂ’impôts a indiqué que cette population était de 10 millions d’âmes. Voilà l’évaluation faite par Bugeaud, 15 années après lÂ’occupation, au cours dÂ’une intervention faite devant la chambre des Pairs, le 24 janvier 1845, il déclarait: «nous nÂ’avons pas fait de statistiques exactes,ce nÂ’est pas aisé, ce nÂ’est même pas aisé en France mais dÂ’après nos aperçus nous croyons quÂ’il y a sous notre domination environ quatre millions dÂ’Arabes.

 Il convient de faire remarquer quÂ’en 1845, une bonne partie de la population avait déjà été anéantie par quinze années dÂ’une guerre particulièrement meurtrière.

 Un autre document, établi en 1852 par les bureaux arabes, évalue le chiffre de la population à deux millions cinq cent mille habitants: ce qui nous permet de constater quÂ’en moins dÂ’une décennie la moitié de la population restante a été exterminée.

 Dans ce cadre, rappelons ce que dit un autre Français en matière de cette politique de peuplement: Alfred Sauvy. Celui-ci évoque le problème algérien dans lÂ’hypothèse où le peuplement français aurait réussi à submerger le peuple algérien: En1830, écrit-il, la France entreprend une conquête conforme à lÂ’esprit de son temps, tout en ayant perdu la vitalité démographique qui correspond à cet impérialisme de l’époque. Si elle avait gardé, comme lÂ’Angleterre ou lÂ’Allemagne, la natalité traditionnelle, la pression démographique aurait déversé un flot massif en Afrique du Nord, de sorte quÂ’il y aurait aujourdÂ’hui en Algérie, au moins sept à huit millions de Français contre trois millions de musulmans. Cette évocation nÂ’est pas un regret, mais une explication. Nous nÂ’avons jamais su mettre en accord notre politique et notre démographie.

Si la France avait eu une forte natalité, il est fort possible, en effet, que le grand rêve de Bugeaud et de Prévost-Paradol se fut réalisé. Le crime colonial aurait été sans doute, comme en Amérique du Nord, comme en Australie, un «crime parfait».

 En outre à cette date, les régions les plus peuplées dÂ’Algérie celles que lÂ’on appelle aujourdÂ’hui la Grande Kabylie, la Petite Kabylie ainsi que la région du Sud algérien, nÂ’avaient pas encore été soumises à la domination française. Elles nÂ’entraient donc pas en compte dans l’évaluation de Bugeaud. Voyons lÂ’avis«indigène». Hamdane Khodja, admirateur du pays des lumières rapporte la barbarie subie par les Algériens dès lÂ’occupation, avant d’être obligé,dépossédé de tous ses biens, craignant pour sa vie, de sÂ’exiler en 1836, ruiné,au moment où on maltraitait sa famille à Alger, à Istanbul non avant dÂ’avoir tenté longuement auparavant, pendant six années, dÂ’interpeller la conscience de la France et des Français sur les actes et faits révoltants de lÂ’occupation, de la colonisation, nous laissant une description saisissante des actes dÂ’horreur que la France ne cessera jamais dÂ’exécuter en vue de vider le pays de ses habitants.

 Donnons tout de suite la parole au «Miroir» qui, il y a plus dÂ’un siècle faisait déjà, pour nous, une introduction aux propos que nous entamons ici, aujourdÂ’hui,concernant lÂ’histoire de cette colonisation. Il nous donnera lÂ’image de ce que la France nÂ’a cessé de faire jusqu’à 130 ans après, il est dit: «...LÂ’accomplissement de tant de faits arbitraires mÂ’oblige à les faire connaître,afin que lÂ’histoire en prenne acte et pour montrer à la postérité comment on entendait la civilisation au XIXè siècle. On nous opprimait à Alger et si nous osons élever la voix contre ce système dÂ’oppression, on nous exile... Est-il donc au pouvoir des hommes de forcer au silence? Pourquoi les Français ne nous gouvernent-ils pas selon leurs institutions? Pourquoi nÂ’usent-ils pas de modération et nÂ’agissent-ils pas selon les lois de la justice, sÂ’ils veulent régner en paix sur nous? Sans doute, il nous eut été plus agréable de tenir un autre langage, de parler de leurs bienfaits et leur adresser des paroles de reconnaissance, loin de là, nous sommes obligés de citer des faits qui deviennent accusateurs. Nous ne répétons, et nous ne représentons ici que les tableaux horribles de tout ce qui se passe, et encore ne sommes-nous que de faibles échos pour les reproduire» (chapitre 10, suite de lÂ’administration du Général Clauzel, et de ses campagnes de Médéa et de Blida)

 Près dÂ’un siècle plus tard, un autre indigène de surcroît francophone, nourri des valeurs et progrès de la France et officier St Cyrien de lÂ’armée française, dut se rendre à l’évidence, après avoir attiré lÂ’attention des plus hautes autorités de lÂ’Etat comme celle de libéraux français, sur la misère, lÂ’injustice,lÂ’ignorance dans lesquelles était maintenue la population algérienne,dépossédée, exploitée, quÂ’aucun bienfait ne pouvait venir de ce pays colonisateur fardé de lÂ’auréole de la révolution 1797. Il sÂ’agit de lÂ’Emir Khaled. Il dut sÂ’exiler, à son tour comme Hamdane Khodja. Et malgré cela, il est poursuivi jusqu’à l’étranger par les tribunaux consulaires à Alexandrie et condamné à cinq mois de prison.

 Les Algériens intellectuels ou hommes politiques, bien que leurs revendications nÂ’aient jamais, en général, dépassé le stade de la demande dÂ’assimilation,furent persécutés, exilés, déportés. A lÂ’inverse, cette attitude modérée qui aurait permis dÂ’ancrer mieux la France en Algérie, n’était-elle pas un bienfait des indigènes en direction de la France

 Pour le colonisateur, il nÂ’y avait que le vide, le néant quÂ’il sÂ’est attelé à créer pour installer les nouveaux arrivants et les colons de tout acabit pour se maintenir dans ce pays. Son armée nÂ’a pas été de main morte.

 Rovigo en écho à la déclaration du pape dÂ’alors, lors de lÂ’invasion de lÂ’Algérie, en1830, par la France qui lÂ’a qualifiée déjà dÂ’effet civilisateur, a donné le feu vert à ses hordes sanguinaires par cet ordre: «Comme on ne les civilisera pas,il faut les refouler au loin. Comme les bêtes féroces qui abandonnent le voisinage des lieux habités, il faut quÂ’ils reculent jusquÂ’au désert devant la marche progressive de nos établissements et quÂ’ils soient rejetés pour toujours, dans les sables du désert (général de Rovigo)

 Alors les massacres, génocides et exterminations prirent le pas et se poursuivront jusquÂ’en 1962. Parmi ces grands faits dÂ’armes bienfaiteurs, nous en citerons ceux décrits entre autres par les St Arnaud, Rovigo, Montagnac et dÂ’autres soldats ou personnages français qui ont laissé leur témoignage. Le général Saint Arnaud, celui que Victor Hugo appela «Saint Arnaud, le chacal», raconte lui-même ces grands exploits:

 Le pillage exercé dÂ’abord par les soldats, s’étendit ensuite aux officiers et, quand on évacua Constantine, il sÂ’est trouvé, comme toujours, que la part la plus riche et la plus abondante était échouée à la tête de lÂ’armée et aux officiers de l’état major. (1837).

 Nous resterons jusqu’à la fin de juin à nous battre dans la province dÂ’Oran et à ruiner toutes les villes, toutes les possessions de lÂ’Emir. Partout, il trouvera lÂ’armée française, la flamme à la main (1841).

 

Le pays des Béni-Menacer est superbe et l’un des plus riches que j’ai vus en Afrique. Les villages et les habitations sont très rapprochés. Nous avons tout brûlé, tout détruit. Oh! la guerre! La guerre! Que de femmes et d’enfants, réfugiés dans les neiges de l’Atlas, y sont morts de froid et de misère! Il n’y a pas dans l’armée plus de cinq tués et quarante blessés (1842).

 Deux belles armées se donnent la main fraternellement au milieu de lÂ’Afrique: lÂ’une partie de Mostaganem le 14, lÂ’autre de Blida le 22, rasant, brûlant, chassant tout devant elles (1842). On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres, des combats: peu ou pas (1842).

 Donnons la parole, en 1841, à un autre officier, le colonel de Montagnac qui sÂ’est illustré comme coupeur de têtes:

«Vive Lamoricière!... Nous nous sommes établis au centre du pays, brûlant, tuant, saccageant tout. Quelques tribus résistent encore,mais nous les traquons de tous côtés pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux (1842). Je lui fis couper la tête et le poignet gauche et j’arrivai au camp avec la tête piquée au bout d’une baïonnette et son poignet accroché à la baguette d’un fusil. On les envoya au général Baraguay d’Hilliers qui campait près de là et qui fut enchanté. Tous les bons militaires que j’ai l’honneur de commander sont prévenus par moi-même que s’il leur arrive de m’emmener un Arabe vivant, ils recevront une volée de coups de plat de sabre.

 Voilà mon brave ami comment il faut faire la guerre aux Arabes. Tuer tous les hommes jusqu’à quinze ans, prendre toutes les femmes et tous les enfants, en charger les bâtiments, les envoyer aux Iles Marquises ou ailleurs. En un mot anéantir tout ce qui ne rampe pas à nos pieds comme des chiens. (Montagnac lettre dÂ’un soldat. 1843).

 Nous commencerons par les enfumades du Dahra, une des pages «glorieuses» de la conquête de lÂ’Algérie. Il sÂ’agit de lÂ’extermination des Ouled Riah, ordonnée par Bugeaud et exécutée par Pélissier, ce qui a pu donner des idées aux nazis pour les chambres à gaz et plus tard aux militaires français pour les chais à vin:

«Orléansville, le 11 juin 1845, ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sebahs! Fumez-les à outrance comme des renards».

C’est le texte du message de Bugeaud à son subordonné.

 Le 19 juin,Pélissier exécuta lÂ’ordre reçu.

 Un soldat témoin de ce crime horrible commis sur un ennemi vaincu et sans défense, en fait le récit précis: «Quelle plume saurait rendre ce tableau? Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes français occupé à entretenir un feu infernal! Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants, et des animaux; le craquement des rochers calcinés s’écroulant, et les continuelles détonations des armes!

 Le matin quand on chercha à dégager lÂ’entrée des cavernes un hideux spectacle frappa les yeux des assaillants

 JÂ’ai visité les trois grottes, voilà ce que jÂ’ai vu.

 A lÂ’entrée gisaient des boeufs, des ânes, des moutons: leur instinct les avait conduits à lÂ’entrée de la grotte pour respirer lÂ’air qui manquait à lÂ’intérieur. Parmi ces animaux et entassés sous eux, on trouvait des hommes morts. Le genou à terre,la main crispée sur la corne dÂ’un boeuf. Devant lui était une femme tenant un enfant, son enfant, dans les bras. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié ainsi que la femme et lÂ’enfant. Les grottes sont immenses, on a compté sept cent soixante cadavres».

 Dans la région de Ténès lÂ’historien Gautier rapporta en ces termes le récit fait par Saint Arnaud lui-même.

 Â«Saint Arnaud a fait son possible pour quÂ’aucune de ses victimes n’échappât. Il mura mille cinq cents indigènes, parmi lesquelles beaucoup de femmes et dÂ’enfants».

 

 

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